Conseil Général du Puy-de-Dôme. Session du 27 mars 2012. Intervention de politique générale de Serge Lesbre au nom du Groupe de la Gauche Solidaire
Monsieur le Président ,
Chers collègues,
Je ne voudrais pas commencer cette intervention sans dire que notre groupe de la Gauche solidaire à une pensée émue pour Ludovic Lucot, notre camarade décédé, et qu’elle s’associe pleinement au chagrin de sa famille et de ses proches.
Par ailleurs, et bien que cela ne soit pas l’usage dans cette Assemblée, je vais poursuivre par une sorte de confidence intime. Cet hiver alors que le thermomètre cousinait chaque nuit autour de moins 10 à moins 20 degrés, j’ai vu, comme vous sans doute, au journal de 20 heures à la télé une femme qui, bien qu’ayant un emploi régulier, se disait trop mal payée pour arriver à se loger.
Le reportage nous la montrait en train de s’emmitoufler dans sa voiture pour y passer la nuit. Une travailleuse pauvre, parmi tant d’autres, me direz vous. Certes.
Sauf qu’à un certain moment elle s’est écriée au milieu d’une soudaine crise de larmes : « J’ai froid ! » Puis, elle a répété cette phrase plusieurs fois, d’une façon si poignante, si désespérée que c’en était déchirant ! Eh bien, je vous l’avoue, à cet instant précis je n’ai pu m’empêcher de pleurer…
C’était insoutenable !
Comme furent insoutenables quelques jours plus tard les larmes des ouvrières de Lejaby craignant de perdre leur emploi.
Comme sont insoutenables ces images de familles nombreuses vivant à 6 ou 7 dans une seule pièce délabrée.
Et tant d’autres situations toutes aussi tragiques les unes que les autres dans notre Département du Puy-de-Dôme comme dans l’ensemble du pays.
Que de pauvres gens partout autour de nous ! Que de souffrances !
Ces images me hantent !
Je repense alors à certains chapitres de Victor Hugo, d’Emile Zola ou de Charles Dickens décrivant les misères de leur XIXème siècle finissant. Je repense à Faulkner ou à Steinbeck témoignant de la grande crise économique de 1929 aux Etats-Unis.
Sommes-nous revenus à de semblables époques ?
Et, si c’est le cas, que convient-il de faire ?
Arrivé à ce point de mon intervention, je vous propose alors un retour en arrière et, pour l’introduire, je vous livre une première citation :
« Le Parti socialiste est un parti de révolution. Il ne propose pas seulement d’atténuer ; de réformer les abus de la société actuelle…Il veut transformer toute la propriété capitaliste en propriété sociale »
Qui donc s’exprimait ainsi ? Marx ? Lénine ? Rosa Luxembourg ? Léon Blum ? Eh bien non, mes chers collègues ! Il s’agit d’un texte manuscrit de Jean Jaurès, écrit en 1908 à l’occasion du Congrès de la SFIO de Toulouse.
Je soumets maintenant à votre réflexion une seconde citation : quel bolchevik hystérique a pu déclarer, je cite : « Celui qui ne consent pas à la rupture avec la société capitaliste, celui-là même ne peut être adhérent du Parti Socialiste » Trotski ? Staline ? Guy Mollet ?... Vous n’y êtes pas : il s’agit de François Mitterrand lors du Congrès socialiste d’Epinay en 1971, afin sans doute d’assurer sa mainmise sur le Parti.
Or, depuis, la fracture sociale entre riches et pauvres n’a jamais cessé de s’approfondir d’une façon dramatique.
Une infime minorité d’oligarques affiche aujourd’hui des revenus indécents, qui sont une insulte permanente à la souffrance du plus grand nombre.
Et puisque nous en sommes au chapitre des gros sous, dont il est souvent question ces temps-ci, je vous propose mes chers collègues, d’y regarder de plus près,.
Aujourd’hui comme hier, sachez-le, il n’y a pas trente-six façons de s’enrichir. Si l’on excepte le grand banditisme, le star-system, les jeux de hasard ou la spéculation financière - les uns et les autres soumis aux aléas que l’on devine - quel est la meilleure manière pour accumuler de l’argent ?
En vérité, depuis la plus haute Antiquité, la plus profitable et la plus répandue d’entre elles est celle qui permet au plus fort de faire travailler le plus faible pour son propre compte. C’est à dire, au sens strict du terme : de pratiquer ce que Marx appelait « l’exploitation de l’homme par l’homme ».
Ringarde cette expression, penseront sans doute les plus anciens d’entre vous ou quelques bobos aseptisés.
Peu importe : ringard ou pas ce concept désigne clairement un processus qui, depuis la nuit des temps n’a jamais cessé d’exister.
Faut-il préciser aux béotiens que l’ « exploitation de l’homme par l’homme » est l’ action mise en oeuvre par tout employeur ( de la plus petite entreprise artisanale ou boutiquière jusqu’aux gigantesques multinationales ), quand il achète au meilleur coût, la force de travail d’un autre homme (« le prolétaire » comme l’appelait Marx), ou d’une façon encore plus fructueuse, celle d’une femme, voire d’un enfant, tous contraints de se vendre dès lors qu’ils n’ont pas d’autres solutions pour survivre. Et ceci en toute légalité naturellement
Afin d’illustrer le propos, je vous livre une anecdote :
Récemment, un ouvrier mécanicien travaillant dans un garage réputé me questionnait ainsi : « Trouvez-vous normal que mon patron facture à ses clients l’heure de main d’œuvre à 60 -70 € tandis qu’il ne me paye celle-ci que 7 ou 8 € !…». En réfléchissant de cette manière, cet ouvrier décrivait d’une façon sommaire et sans le savoir bien entendu, le mécanisme fondamental de « l’extraction de la plus-value », qui demeure l’objectif principal de l’exploitation de l’homme par l’homme, un procédé également décortiqué très scientifiquement par Karl Marx, cent ans auparavant.
Et en effet, mes chers collègues, l’appropriation privée d’une telle plus-value illégitime sur chaque travailleur(euse), demeure, aujourd’hui comme hier, la seule façon de s’enrichir en toute légalité. Ce que Marx appelait « l’accumulation primitive du capital ».
C’est grâce à elle que, petits ruisseaux faisant les grandes rivières, la patronne de l’Oréal peut gagner 2 millions d’Euros par jour et que des P.D.G. en arrivent à se verser des salaires 1500 fois supérieurs à ceux d’un smicard. Le tout sans grands risques, exceptées ici où là quelques émeutes ou révolutions de la misère que le génie du capitalisme (voire, à défaut, ses chiens de garde institutionnels et autres affidés médiatiques) auront tôt fait de mâter, de criminaliser ou de tourner à leur profit.
Pour toutes ces raisons, on est donc en droit d’affirmer qu’en France comme dans le monde entier, la lutte des classes est loin d’avoir disparu, bien qu’elle ait parfois changé de forme, il est vrai. Et ceci malgré le silence des grands médias qui s’ingénient de temps à autre à occulter les manifestations les moins spectaculaires de son expression physique, derrière des écrans de fumée pipeules, quelques faits divers salaces ou des infos sociétales propres à distraire le populo.
L’objectif étant de masquer le fait que les intérêts vitaux d’une minorité d’extracteurs de plus-value divergent radicalement de ceux de l’immense majorité dont ils exploitent le travail.
Car si par malheur pour l’oligarchie qui nous gouverne, les intérêts réels du plus grand nombre venaient à se traduire dans l’expression du suffrage universel ou dans la rue les bouleversements que cela produirait seraient alors des plus dommageables pour le petit nombre des possédants.
Du coup, mes chers collègues, tout bien analysé, à une époque, la nôtre dans laquelle il est parfois difficile de distinguer nettement la frontière qui départage la Gauche de la Droite politique - c'est-à-dire de trier le bon grain de l’ivraie en quelque sorte -, l’exploitation de l’homme par l’homme n’est-elle pas le discriminant essentiel en la matière ?
Et si oui, ne pourrait-on pas fort logiquement énoncer qu’est de Droite toute personne qui considère comme parfaitement légitime la perception de la dite plus-value ; tandis que serait réputé de Gauche celui qui veut l’abolir ou, pour le moins, la rééquilibrer en faveur de ceux qui la subissent ? A chacun d’y réfléchir.
Quoi qu’il en soit, c’est bien là, au fond, que se situe le débat actuel sur la juste répartition des fruits de la croissance, via le niveau des salaires ou des traitements de fonctionnaires d’une part et, de l’autre, les arbitrages à mettre en œuvre en matière de fiscalité.
Qu’on se le dise !
Outre le scandale que provoquent les inégalités de toutes sortes, dans notre Puy-de-Dôme comme ailleurs, une autre préoccupation majeure de nos concitoyens, nous le savons, demeure l’emploi.
Ne pas en trouver ou en être privé, est souvent vécu par ceux qui en sont les victimes comme une véritable brutalité sociale, doublée d’une injustice majeure.
Mais de telles frustrations, ajoutées à l’angoisse d’un avenir perçu comme anxiogène, développent parfois chez nos concitoyens, un sentiment d’insécurité, qui peut se traduire par des pulsions de replis identitaires et des poussées d’intolérances tendant à stigmatiser ce qui est différent de soi. Avec toutes les tentations en faveur de l’extrême droite que cela suppose.
Or, derrière son masque de pseudo contestataire du système et sa formidable démagogie populiste, l’extrême droite, restera toujours le chien de garde de la grande bourgeoisie. Au point que, lorsque tout va au plus mal pour elle, les nervis néo-fascistes deviennent systématiquement les ultimes remparts d’un capitalisme déconsidéré.
il nous faut en convaincre les pauvres gens abusés et leur montrer qu’il n’y a pas d’exemple historique dans lequel les expériences fascistes ne se soient pas soldées par d’épouvantables catastrophes économiques, sociales et humaines pour les milieux populaires.
C’est pourquoi nous combattrons cette vermine jusqu’à notre dernier souffle.
C’est pourquoi, aussi, il est indispensable de mettre en œuvre un maximum de soins palliatifs (l’expression qui est hélas la mieux adaptée à la situation ), en direction des personnes et des entreprises touchées par la crise que nous subissons.
Et notre Assemblée départementale s’y emploie du mieux qu’elle peut, en fonction de ses moyens, en assumant de la sorte au maximum le rôle de bouclier social qu’elle revendique,
Mais il est tout aussi nécessaire, chers collègues, d’être convaincus que pour être vraiment efficace en la matière, il faut s’attaquer aux causes structurelles du chômage de masse en replaçant celui-ci dans son contexte global, c'est-à-dire dans celui de la mondialisation financière qui vampirise la planète.
Il en résulte pour notre pays, une désindustrialisation galopante, de massives délocalisations d’entreprises, la disparition de milliers d’emplois, la précarité professionnelle, un appauvrissement général, une inquiétante désespérance sociale et de graves difficultés budgétaires pour les collectivités locales.
Aussi à l’ordre du jour des personnes de bonne volonté, doit figurer non seulement l’indignation, mais tout autant l’appel à la résistance et à la mobilisation pour que les choses changent vraiment.
Or qu’en est-il actuellement ?
Depuis deux décennies, face à la dictature des marchés, c'est-à-dire face à la spéculation internationale, les gouvernements européens, qu’ils soient de « Droite » ou de la « Gauche » libérale ont partout fait la preuve de leur impuissance.
Trop souvent même, au prétexte de dettes à rembourser, ils ont rajouté de la crise à la crise en faisant payer par l’ensemble de leurs concitoyens, la cupidité des oligarchies transnationales. Et le pouvoir sarkozyste y a largement pris sa part.
Partout les gens n’en peuvent plus.
Or, pour sortir d’un tel marasme les propositions de la Droite, tout comme celles d’un improbable centrisme ectoplasmique ou d’une Gauche sociale-libérale, avant tout soucieuse de mettre en place un accompagnement « progressiste » de la crise, ne répondent plus à la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Face au chaos qui menace, une simple alternance politique pompeusement appelée « changement » - mais vivement souhaitable cependant - ne suffira pas à résoudre les problèmes qui nous assaillent. A l’évidence, une véritable alternative aux règles du jeu politique actuel est indispensable. Il les faut changer radicalement.
Pour cela un vaste rassemblement populaire est nécessaire, dont le « Front de Gauche » se veut l’une des prémices, sur la base d’un programme partagé qui place « l’humain avant tout » .
Dans notre système actuel, les élections présidentielles et législatives constituent un moment privilégié pour accentuer une dynamique prometteuse qui déplace d’impressionnantes foules lors de chaque meeting.
Plus de 100.000 personnes, par exemple à La Bastille pour écouter Jean Luc Mélenchon, vous rendez-vous compte !
Mais voter dans un mois en faveur du candidat du Front de Gauche au premier tour de l’élection présidentielle, ainsi que le fera notre groupe de la « Gauche solidaire » puis, au second tour, pour le représentant de la Gauche le mieux placé, n’est qu’un étape.
En effet, si son élection est nécessaire, elle est loin d’être suffisante. Une forte mobilisation populaire sera ensuite indispensable pour peser sur l’orientation de son programme, pour engager de véritables réformes et veiller à ce que les engagements pris soient tenus.
Comme en juin 1936, à l’époque du Front Populaire.
Se souvient-on en effet qu’en ce temps-là les acquis sociaux de la période ne figuraient pas dans le programme électoral des socialistes et des radicaux !
Ce sont les grèves de Mai-Juin qui les ont imposées au Gouvernement de Léon Blum !
Oui, mes chers collègues, vous l’avez compris, nous sommes en campagne électorale !
Oui, pas question pour nous donc de jouer les faux-culs !
Oui, nous assumons notre appel à voter Mélenchon en toute clarté !
C’est pourquoi, comme cela s’est réalisé en 1936 et en 1945, nous vous convions à rejoindre le processus de « Révolution citoyenne » qui est en marche et dont le « Front de gauche » se veut le fer de lance.
Afin notamment de :
Partager les richesses,
Lutter pour le plein emploi,
Etablir une planification écologique,
Instaurer une VIème République laïque, sociale et solidaire,
Promouvoir une Europe démocratique et pacifique,
Initier une mondialisation guidée par la coopération entre les peuples
Bref, pour tout dire , afin de prôner une insurrection civique en faveur de l’humain d’abord !
Car, mes chers collègues, à n’en pas douter demain le fond de l’air sera rouge !
Je vous remercie.
Quel est le point commun entre Benoît Joseph Labre, « vagabond évangélique » du XVIIIe siècle, et le philosophe Alain Badiou ? A priori, aucun... sauf pour Sébastien Lapaque.
À admirer, sans l’imiter
L’Église catholique portait jadis sur les autels des saints qu’elle suggérait d’admirer sans les imiter. Ainsi Benoît Joseph Labre, le Pouilleux de Dieu, refusé par tous les ordres religieux de son temps, poussé sur les routes par amour du Seigneur, qui avait fait vœu de ne jamais se laver par mortification. Il plaisait à ce splendide vagabond évangélique d’être sale, couvert de vermine, qu’on lui jetât des pierres à l’entrée des villages, qu’on lui crachât au visage et qu’on le méprisât afin d’être un époux parfait de la Très Sainte Pauvreté.
Porteur d’une croyance intacte et indiscutable, comme saint François d’Assise avant lui, Benoît naquit le 26 mars 1748, à Amettes, en plein pays picard ; membre du tiers ordre franciscain, il mourut le 16 avril 1783 à Rome. Un matin, quelqu’un releva le Saint Maculé sur le parvis de l’église Notre-Dame-des-Monts. Un boucher le fit porter dans son lit. À la première heure de la nuit, Benoît rendit l’âme après avoir murmuré : « Peu, peu… ».
Le lendemain, « les mêmes garnements qui avaient accablé Benoît de détritus et des pires injures, s’élancèrent soudain dans la rue avec tous les gosses du quartier et se payèrent une fête inaccoutumée en criant aux environs : “ Le saint est mort. Le saint est mort ! ”.»
J’ai découvert ces détails sur la vie de Benoît Joseph Labre et sur sa canonisation spontanée par les enfants romains dans le livre qu’André Dhôtel lui a consacré. Dhôtel est tout sauf un hagiographe. Il n’écrit pas une vie de saint, il cisèle un poème. Benoît, pour lui, est d’abord le porteur d’une vérité nouvelle, comme le sera Rimbaud, son cousin d’Ardenne et d’errance. André Dhôtel ne raconte pas Benoît, il le voit. « Il y avait en Benoît un enfantillage désespéré, qui toujours désarmait les gens et les faisait sourire, car en dépit de tout il gardait son air aimable. »
Pire que prévu
À admirer, sans l’imiter… Pardon pour ce court-circuit, mais c’est à cette formule que je songeais en lisant le septième volume des Circonstances d’Alain Badiou, Sarkozy : pire que prévu. Les autres : prévoir le pire.
Le philosophe y explique pourquoi il se refuse d’aller voter dans quelques semaines pour chasser du pouvoir le César inculte qui nous accable :
« Il est absolument vain, à mon avis, si vous partagez le désir d’inventer une politique d’émancipation capable de faire pièce au monde tel qu’il est, de chercher des raisons politique de voter. Il n’en existe aucune. Bien sûr, on peut désirer personnellement une humiliation publique de Sarkozy. Sa politique et sa manière d’être, la quantité prodigieuse de lois scélérates, de déclarations ouvertement racistes et de projets antipopulaires à l’origine desquels il se trouve, induisent chez beaucoup, et chez moi, une sorte de hargne psychologique. […] Faut-il pour autant se faire l’agent électoral et politique de ceux qui incarnent l’autre version du pire, celle qui vous fait avaler la même potion avec de douces paroles consolatrices et vous administre le somnifère des vaines espérances ? »
À cette question Badiou répond par la négative. J’admire son sel, son style et sa rage magnifique qui confine à l’enfantillage désespéré, mais je ne veux pas l’imiter.
Par tous les moyens, légaux y compris
À l’origine des préventions d’Alain Badiou contre le vote, il y a le souvenir de « la foule des nigauds qui défilaient en masse en 1981 du côté de la Bastille » et qui, à force de tout tolérer, a fini par tout accepter : la rigueur, la dérégulation financière, le racisme d’État, etc.
Dans Rêverie de gauche, Régis Debray ne refoule pas ce mauvais rêve. Mais il n’est dupe de rien. De la Grande Liquidation des années 1981-1983, il a naguère donné un tableau éclatant dans Loués soient nos seigneurs (Gallimard, 1996). Dans le livre qu’il lance comme une grenade défensive au milieu de la campagne électorale, sa tristesse a cependant le don de se doubler d’une lucidité responsable.
Soutien critique de la relève qui se propose, Régis Debray n’a pas la folie de croire que la politique du pire préparera des lendemains qui chantent. Un bref inventaire des maux faits pendant cinq années au corps mystique de la France (tradition républicaine, laïcité, respect des œuvres de l’esprit, absence de préjugés raciaux), lui suffira pour prendre le chemin des urnes au mois de mai. « Le refus de l’humiliation par tous les moyens, légaux y compris, fait partie des droits de l’homme et du citoyen. »
Selon sa tradition et son préjugé, chacun est libre de rêver des héros de Quarante-Huit, de la prise du Palais d’Hiver, du 18-Juin 1940 ou de l’Opération Résurrection. En attendant, il faut éteindre l’incendie.
http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Le-Bloc-notes/eteindre-l%E2%80%99incendie-/Default-43-3620.xhtml

http://www.lesarkophage.com/f/index.php
Éditorial du Hors série N°3 - Désobéir sous la gauche? (actuellement en kiosques)
Nous désobéissons depuis 2007 pour que Nicolas Sarkozy ne puisse jamais être réélu. Nous avons désobéi sous la droite et nous continuerons au besoin, mais nous désobéirons aussi sous la gauche. Nous désobéirons sous la gauche pour l’inciter à développer des politiques émancipatrices, nous désobéirons sous la gauche pour qu’elle retrouve les chemins des milieux populaires, nous désobéirons sous la gauche car rien ne sera jamais possible sans que le peuple ne fasse largement sécession par rapport au système économique et social dominant. Nous désobéirons sous la gauche car nous devons expérimenter mille alternatives, nous désobéirons sous la gauche pour qu’elle nous donne les moyens de changer la vie. Nous avons déjà des maires désobéissants, des parlementaires désobéissants… Pourquoi pas demain des ministres désobéissants, c’est-à-dire choisissant de se placer aux côtés de ceux qui rêvent un autre monde, de ceux qui multiplient les pas de côté, l’un après l’autre, jusqu’à l’ivresse. Nous sommes convaincus que rien de bonne se fera sans l’intervention citoyenne, nous attendons donc de la gauche qu’elle reconnaisse enfin aux individus et aux collectifs le droit d’expérimenter, de construire des alternatives en dehors des chemins balisés et cloutés. Nous espérons donc que sous la gauche nous pourrons désobéir dans de bien meilleures conditions. La gauche doit renouer avec son geste de 1981, qui avait permis, trop modestement certes, mais permis tout de même de développer la créativité populaire, l’expression démocratique (avec les lois Auroux sur les droits des salariés, la décentralisation, les radios libres, etc.). Nous désobéirons aussi sous la gauche car c’est la seule façon de rendre à la politique sa dimension vivante, d’en finir avec les politiques hors-sol, bref de faire renaître le peuple : les chemins de la désobéissance sont non seulement ceux de l’émancipation continue, mais ceux d’un surcroît de démocratie et donc d’un retour au politique des exclus de la parole. Désobéir, c’est rendre visible ce que le système rend invisible, c’est rendre audible ce que les médias rendent inaudible, c’est rendre sensible ce que le capitalisme insensibilise. Nous savons déjà que les logiques du système économique imposeront au gouvernement des poli- tiques antipopulaires, nous savons aussi que les gouvernants n’auront de cesse de vouloir faire rentrer les gens dans ce système, alors que ce n’est ni possible ni même souhaitable… Les exclus sont à leur place dans ce système. Il nous revient de les laisser s’auto-émanciper. Nous devons désobéir pour que la gauche soit capable de faire bouger les lignes, pour lui permettre de redevenir une gauche maquisarde, buissonnière, mais qui fasse cependant école. Nous devons désobéir pour prou- ver qu’il est possible de vivre mieux en refusant ce qui nous tue. Nous attendons beaucoup de la gauche puisque nous espérons qu’elle aura l’intelligence de rouvrir le champ des possibles, de permettre de nouvelles territorialisations du peuple. Nous sommes optimistes, malgré les dérives droitières des gauches, car nous ne partons pas de rien, mais des multiples formes de désobéissance déjà développées sous la droite… et la gauche. Nous savons pouvoir compter sur des forces poli- tiques, sociales, culturelles aptes à entendre et pourquoi pas à susciter de nouvelles désobéissances et de libérer de nouveaux terrains.
Nous en avons la preuve avec les communes qui refusent déjà d’être absorbées par d’autres, avec les arrêtés anti-expulsion, avec les parrainages républicains d’enfants sans-papiers, avec le refus du SMA (Service minimum d’accueil), avec la décision « illégale » de pavoiser des bâtiments publics avec le drapeau palestinien, avec l’instauration de la gratuité, etc. Nous en avons la preuve avec des formes de désobéissance qui sont en même temps des actes d’institutions comme l’inauguration de sa propre « chambre d’agriculture » par le collectif Démocratie pour le pays basque, comme l’exigence d’un statut de lanceurs d’alertes avec la fondation Sciences citoyennes, comme la volonté de réaliser des audits populaires des dettes publiques contre les injonctions des banques et des agences de notation. Poser des actes de désobéissance, c’est dire que l’insurrection des consciences ne suffit pas, que nous devons œuvrer à l’insurrection des existences, que nous devons frayer les chemins d’un socialisme à la fois antiproductiviste, anticapitaliste et amoureux du Bien Vivre. Poser des actes de désobéissance, c’est affirmer, face à un monde toujours plus complexe, que l’expertise des usagers vaut bien celle des spécialistes, c’est pourquoi nous disons, avec le Comité des Démocrates Déchaînés, qu’il nous faut désobéir pour davantage de démocratie. Nous devons entendre cette soif de démocratie dont ont témoigné le début des printemps arabes et les mouvements des Indignés, renouant avec l’exigence d’une démocratie réelle. Ce combat contre la démocratie fantôme doit permettre de reprendre la main politiquement, mais aussi socialement, culturellement, anthropologiquement en nous mettant en situation d’entendre le peuple ; de percevoir toutes les alternatives proto-éco-socialistes qui existent déjà, de voir que nous sommes déjà nombreux à vivre en dehors des contraintes du « toujours plus », en objecteurs de croissance, en amoureux du Bien Vivre, en adeptes d’une société postcroissance, d’une société post-extractiviste, postcapitaliste.
Notre désobéissance n’est donc pas le combat de la dernière chance. Ce n’est pas le choix désespéré de ceux qui se sauraient battus d’avance. Bien au contraire : la désobéissance, c’est la confiance dans la puissance des millions de gens ordinaires. Dès 1906, Gandhi évoquait ce choix : « Une nation de 350 millions de personnes n’a pas besoin du poignard de l’assassin, elle n’a pas besoin de la coupe de poison, elle n’a pas besoin de l’épée, de la lance ou de la balle de fusil. Elle a seulement besoin de vouloir ce qu’elle veut et d’être capable de dire “Non”, et cette nation apprend aujourd’hui à dire “Non”. » Un des slogans du RIB (Riposte contre les inégalités bancaires) n’est-il pas :« Ils ont le chiffre. Ayons le nombre »? Cette politique vivante est une façon de rompre avec certains schémas du passé qui opposaient l’avant-garde et la masse, le sérieux et la fête, le combat et la joie. La désobéissance, c’est refuser de remettre à plus tard ce qui peut être construit dès maintenant, c’est chanter au présent plutôt que d’attendre des lendemains qui chantent, c’est vouloir plus de démocratie politique, mais c’est savoir aussi que la démocratie réelle ne consiste pas seulement à mettre un bulletin de vote dans une urne. Désobéir sous la gauche, ce sera agir pour constituer une masse critique d’expériences, de petits bouts de socialisme gourmand, de socialisme de la décroissance, jusqu’à ce que notre révolution pacifique finisse par cristalliser. ■
Paul Ariés

JE SUIS SOLIDAIRE DU PEUPLE GREC, MAIS JE NE SIGNERAI PAS LA PÉTITION DE L’HUMANITÉ !
[cf sous l'article de J. Nikonoff, le texte de cette pétition]
Jacques Nikonoff est porte-parole du M’PEP et ancien président d’Attac. Derniers ouvrages publiés :
- « Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire » (Mille et une nuits, 2011).
- « La confrontation. Argumentaire anti-FN » (Le Temps des Cerises, 2012).
Le massacre social et démocratique qui frappe la Grèce, provoqué par les oligarques de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), mais aussi par les dirigeants des pays concernés, suscite, à juste titre, une vague de réprobation en France. Les appels à la « solidarité » avec le peuple grec se multiplient. Il faut encore les amplifier. Et se demander comment faire pour qu’ils soient vraiment efficaces. Tel n’est pas le cas de la pétition intitulée « Solidarité avec la résistance grecque » lancée par le journal L’Humanité du 13 février 2012. Face à l’exacerbation de la crise de l’euro, et à l’intensité maximale et dramatique qu’elle connaît en Grèce, une grande partie de la gauche française et européenne est tout simplement perdue.
Une gauche déboussolée
La gauche, face à cette situation, tente à juste titre de réagir et d’exprimer sa solidarité avec le peuple grec. Mais ses initiatives et ses analyses sonnent creux, car elle reste engluée dans le mythe européen et s’avère incapable d’offrir la moindre perspective unificatrice aux mobilisations à l’échelle européenne.
Le symbole le plus visible de cette dérive est la pétition lancée par le journal L’Humanité du 13 février 2012, intitulée « Solidarité avec la résistance grecque ».
- Premier problème : il est écrit « Il faut un véritable plan de solidarité avec la Grèce. C’est aussi la seule voie du salut pour l’euro et les partenaires européens d’Athènes ».
Mais non ! Ce dont ont besoin les Grecs, c’est l’annulation de leur dette ! Comme les Espagnols, les Portugais… et les Français ! L’Humanité n’évoque même pas la revendication principale qui devrait unifier les mouvements sociaux européens : l’exigence de l’annulation de la dette. En outre, L’Humanité veut le « salut » de l’euro ! C’est le monde à l’envers ! Combien de fois faudra-t-il répéter que l’euro est le vecteur de la libéralisation des marchés financiers, au service d’une politique monétaire faite pour eux, et qu’il a été conçu dans ce seul objectif. Il faut démanteler l’euro au plus vite et permettre aux différents pays concernés de recouvrer leur souveraineté monétaire tout en recherchant les moyens de mettre en place une monnaie commune et non plus unique. Pourquoi ce changement d’orientation de L’Humanité par rapport au rôle éminent joué par le journal en 1992 lors de la bataille contre le traité de Maastricht ?
- Deuxième problème : il est écrit « La Banque centrale européenne (BCE) doit aider à relancer la croissance et l’emploi en Grèce et partout ailleurs, en finançant – au taux auquel elle prête aux banques, c’est-à-dire 1%, voire moins – les États et leurs services publics, en leur permettant ainsi de sortir de leurs dépendances des marchés financiers et de leurs taux d’intérêts usuraires ».
Mais non ! Si, un jour, la BCE prêtait directement aux États, ce serait un moindre mal. Mais ce jour n’arrivera pas, c’est rigoureusement impossible ! C’est faire preuve d’une profonde méconnaissance de la réalité politique européenne – et surtout allemande - et des mécanismes monétaires de la BCE pour imaginer une telle possibilité.
Rappelons, encore une fois, ce qui devrait apparaître comme des évidences à des hommes et femmes de gauche :
- La politique monétaire est le principal instrument au service de la politique macroéconomique décidée par un gouvernement. Elle permet d’ajuster le taux de change vis-à-vis des autres monnaies ; de fixer le prix de l’argent par ses taux d’intérêts aux banques ; de jouer un rôle de préteur « en dernier ressort » stabilisant ainsi le système bancaire ; d’accorder des avances et des prêts au Trésor avec ou sans intérêt… Dans les mains d’une gauche transformatrice, l’utilisation de cet instrument fera des ravages dans le capitalisme, en particulier pour financer la mutation écologique du mode de production et pour démanteler les marchés financiers. C’est pourquoi les classes dirigeantes ont ôté la politique monétaire du champ politique en rendant les Banques centrales « indépendantes ». Elles ne sont pas disposées à lâcher cet aspect essentiel de leur système de domination. Dans le cadre du rapport des forces actuel au sein de l’Union européenne, une modification de la politique monétaire de la BCE n’a tout simplement aucun sens. Il faudrait qu’une grande majorité des États-membres soient à gauche, et d’une gauche libérée du mythe européen. Nous en sommes loin. À moins que L’Humanité croie qu’il soit possible de concevoir une politique monétaire commune entre pays de gauche et pays de droite ?
- Pour changer de politique monétaire, il faut l’accord unanime des 27 pays composant l’Union européenne pour modifier le traité de Lisbonne. Cela n’arrivera pas à court terme. Or, les luttes sociales, si elles ont besoin de perspectives s’inscrivant dans la durée, ont aussi besoin de solutions immédiates. Revendiquer que la BCE prête aux États n’est pas une revendication immédiate. Les revendications dont la satisfaction est conditionnée par l’accord d’autres pays sont des impasses dans lesquelles les travailleurs sont entraînés.
- Troisième problème : il est écrit « La construction européenne ne survivra pas à cette fuite en avant ».
Incroyable ! L’Humanité, après avoir pris la défense de l’euro, prend maintenant la défense de la « construction » européenne ! Faut-il encore rappeler que la « construction » dont il est question est celle du capitalisme européen ? Que cette « union » est celle des classes dirigeantes européennes et non celle des peuples ? Et que le meilleur moyen de faire preuve de solidarité est de s’engager vers son démantèlement ? Il n’est pas possible de modifier l’Union européenne de l’intérieur, c’est comme si on voulait changer l’OTAN de l’intérieur. Pour unir les peuples, il faut détruire le système de domination et d’aliénation qui les emprisonne, et bâtir une véritable union des peuples et des nations, débarrassée de l’eurolibéralisme.
- Quatrième problème : il est écrit « Le Fonds européen de stabilité financière mis en place par l’UE doit être transformé en un fonds européen de développement social et écologique et dévoué à cette optique ».
Mais non ! Autant demander aux capitalistes de cesser d’être capitalistes ! Il n’existe aucun rapport de force, à l’échelle européenne, pour imposer une telle mesure qui fait office de vœux pieux. C’est décourager les travailleurs que de leur faire croire qu’une telle perspective est possible. Imaginons ce que donnerait la même revendication, mais transposée aux trois autres piliers de l’ordre néolibéral mondial. Ainsi nous pourrions demander au FMI de ne plus être le FMI et de supprimer les paradis fiscaux, d’interdire la spéculation, etc. Pendant que nous y sommes, nous demanderions à l’OMC de mettre un terme au libre-échange. Et à l’OTAN de se dissoudre…
- Cinquième problème : il est écrit « la recapitalisation des banques ou leur nationalisation ».
Mais non ! Recapitaliser des banques ou les nationaliser, ce n’est pas pareil ! Faut-il en conclure que L’Humanité n’est pas favorable à la nationalisation de TOUTES les banques, même après le désastre auquel elles nous ont conduits ?
- Sixième problème : il est écrit que cette recapitalisation des banques ou leur nationalisation « doit être conditionnée à une politique sélective du crédit ».
Ces objectifs sont minuscules, incapables de provoquer une rupture décisive dans le système capitaliste ! Bien sûr, la sélectivité du crédit est une très bonne chose. Mais à elle seule cela ne suffit pas. Il faut aussi :
- L’encadrement du crédit.
- Le contrôle des changes et des mouvements de capitaux.
- La fermeture définitive du marché obligataire.
- L’obligation faite aux banques et compagnies d’assurance d’acheter des titres d’État.
- …
Cette pétition provoque un immense sentiment de tristesse. Elle ne propose aucune perspective unificatrice des revendications et des luttes à l’échelle européenne. Elle ne propose rien, sinon des mots d’ordre creux et défensifs comme « résister ». Elle traduit l’état de délabrement idéologique d’une grande partie de la gauche, son impuissance, ses contorsions pathétiques pour donner l’impression qu’elle fait quelque chose.
La vraie solidarité avec le peuple Grec devrait montrer une voie commune pour tous les peuples européens : abattre l’ordre eurolibéral, avancer vers le démantèlement de l’Union européenne, dans l’immédiat annuler les dettes, sortir, partout, de l’euro et de l’Union européenne pour relancer l’emploi, l’activité économique, la protection sociale… Et ceci ne peut s’envisager qu’à l’échelle nationale !
C’est Aleka Papariga, secrétaire générale du Parti communiste grec qui a raison : « Le détachement de la Grèce de l’Union européenne et l’annulation unilatérale de la dette. Voilà la solution, tout le reste est un drame pour les travailleurs ».
Jacques Nikonoff
Article source: http://www.m-pep.org/spip.php?article2516
Le texte de la pétition de l'Humanité:
Le Peuple grec est en situation de légitime défense. On tente de lui imposer des politiques d'austérité insupportables. Les plans successifs échafaudés à Bruxelles ou par le conseil européen et présentés à intervalles de plus en plus réguliers comme le seul moyen de le « sauver » du surendettement et de « sauver » l'euro, sont à chaque fois en échec. En se soumettant toujours davantage au diktat des marchés financiers on ne traite pas le malade. On le tue. Poursuivre dans cette voie est aussi insensé que dangereux. L'austérité, fait mal aux peuples européens, elle frappe aussi l'Europe de plein fouet. Il faut un véritable plan de solidarité avec la Grèce. C'est aussi la seule voie du salut pour l'euro et les partenaires européens d'Athènes. La Banque Centrale Européenne (BCE) doit aider à relancer la croissance et l'emploi en Grèce et partout ailleurs, en finançant - au taux auquel elle prête aux banques à 1% voire moins -, les Etats et leurs services publics, en leur permettant ainsi de sortir de leurs dépendances des marchés financiers et de leurs taux d'intérêt usuraires. Partout aujourd'hui la croissance décline. Une nouvelle récession menace la zone euro. La démocratie est piétinée. Des gouvernements non élus, comme celui d'Athènes, sont désignés, des aréopages bureaucratiques dictent leur loi aux assemblées élues. Des décisions autoritaires sont prises pour forcer les résistances populaires contre l'écrasement des salaires et des protections sociales. La construction européenne ne survivra pas à cette fuite en avant. Les peuples en lutte contre l'austérité ont raison. Ils ont besoin de toute notre solidarité. Nous appuyons l'idée avancée par des économistes, des acteurs du mouvement social et des forces de gauche pour que, par le rachat de titres de dette publique à l'émission, la BCE finance directement les Etats et leurs services publics. Ce serait là le seul moyen de casser les ressorts de la spéculation contre les dettes publiques. Les différents partenaires de la zone euro doivent pouvoir user du pouvoir de la BCE de créer de l'argent pour financer les immenses besoins de notre temps (sociaux, écologiques, énergétiques, sanitaires etc) et répondre enfin présent à la nécessaire solidarité européenne. Elles ne sont pas inflationnistes puisqu'elles impulsent une productivité supérieure et écologique et des créations de richesses nouvelles dans toute la zone euro. Le Fonds Européen de Stabilité Financière mis en place par l'UE doit être transformé en un fonds européen de développement social et écologique et dévoué à cette optique. Et la recapitalisation des banques ou leur nationalisation doit être conditionnée à une autre politique du crédit au service de ces objectifs. L'Europe est à un tournant. Elle ne peut sortir de la crise que si elle s'émancipe de la dictature des marchés financiers et se rend capable d'une promotion sociale, démocratique et écologique partagée.
1) L’Etat-nation connaît aujourd’hui, au moins dans les pays occidentaux, un évident déclin historique. Il avait représenté la forme politique privilégiée à l’époque de la modernité, et sa mise en place, associée à la création d’un grand marché national et d’un espace juridique unifié, avait été déterminante dans la vie des peuples. Mais nous sommes précisément sortis de la modernité pour entrer dans la postmodernité. Comme datecharnière, on peut retenir la rupture historique des années 1989-91, qui a vu la désagrégation du système soviétique et la réunification de l’Europe au travers de celle de l’Allemagne, mettant ainsi fin au court XXe siècle (il avait commencé en 1917) et à un après-guerre caractérisé par la division binaire du monde héritée du système de Yalta. Forme typique de la modernité, l’Etat-nation a été victime d’un autre phénomène moderne : l’individualisme. Pendant longtemps, l’Etat avait déterminé par l’intermédiaire de la loi, conçue comme l’expression de la volonté générale, des contenus d’existence touchant aussi bien la vie publique que la vie privée. Aujourd’hui, plus personne n’attend de lui qu’il définisse des normes de vie ou dise ce qui est moralement bon ou mauvais. La société est devenue complexe, plurielle et éclatée. Dès lors, l’Etat n’est plus producteur de social : les nouvelles formes de socialité qui apparaissent se forment spontanément et en dehors de lui. En même temps, face aux défis et aux problématiques qui s’imposent désormais à l’échelle planétaire, l’Etat-nation a vu sa marge de manoeuvre se restreindre constamment. Le seul rôle qu’il conserve est d’assurer l’ordre et la sécurité intérieures et de garantir les contrats que les sociétaires passent entre eux. Il n’y parvient qu’imparfaitement, compte tenu des lenteurs bureaucratiques et du poids de la technostructure.
2) L’immigration est un phénomène de déracinement forcé dont l’origine a été la volonté du patronat de faire appel à des travailleurs étrangers pour faire pression à la baisse sur les salaires. Aujourd’hui, l’immigration est
devenue une véritable immigration de peuplement, qui touche toutes les nations industrialisés d’une façon irréversible. Face aux populations issues de l’immigration, les pays ont adopté des attitudes différentes. L’approche
que vous décrivez comme « typiquement libérale » me semble en réalité caractériser l’attitude propre à une classe politique française marquée de longue date par l’esprit jacobin. Dans cette approche, l’existence de communautés différentes n’est jamais prise en compte, et l’intégration est posée comme synonyme d’assimilation des seuls individus. Les différences culturelles ou religieuses sont dans le meilleur des cas tolérées à condition de rester confinées dans la sphère privée, sans « visibilité » sociale. On voit aujourd’hui tous les jours qu’une telle approche, typiquement « moderne » elle aussi (elle s’est révélée dans le passé efficace pour lutter contre les particularismes régionaux), est vouée à l’échec à une époque où les communautés veulent que leur identité soit également reconnue dans la sphère publique, c’est-à-dire reconnue politiquement. Il est bien entendu difficile de raisonner comme si les immigrés formaient un bloc homogène. Cependant, leur présence a déjà suffisamment contribué à la transformation de la société pour qu’on puisse estimer que cette évolution se poursuivra. Je pense pour ma part que la faillite du modèle individualiste-assimilationniste apparaîtra pleinement dans l’avenir. L’Etat-nation sera contraint, même en France, de prendre en compte la réalité du fait communautaire et d’adopter sous une forme ou
une autre une « politique de la reconnaissance » (Charles Taylor) allant au-delà des seuls individus.
3) C’est à mon avis une grave erreur de pratiquer l’amalgame entre l’immigration (et les pathologies sociales auquelles elle peut donner lieu) et l’islam, puis entre l’islam et l’islamisme, et enfin entre l’islamisme et le néo-terrorisme global. Il ne faut pas oublier que tous les immigrés ne sont pas musulmans, que le monde islamique est traversé de courants religieux, politiques et idéologiques extrêmement hétérogènes, et enfin que le monde arabe proprement dit ne sera peut-être pas toujours le centre de gravité de l’umma (le plus grand pays musulman du monde est déjà l’Indonésie). Le fondamentalisme islamique touche aujourd’hui un certain nombre de jeunes immigrés, socialement rejetés et privés d’identité, parce qu’il leur donne des repères qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Beaucoup d’autres sont plutôt séduits par les mirages de la société de consommation, ce dont il n’y a pas forcément lieu de se féliciter. J’ai par ailleurs l’impression que ce qu’on appelle aujourd’hui « fondamentalisme musulman » — thématique qui nourrit bien des fantasmes et qui est de toute évidence instrumentalisée par l’hyperpuissance américaine, laquelle était depuis la fin de l’Union soviétique à la recherche d’un « diable » de rechange — est un
phénomène politique beaucoup plus qu’un phénomène religieux. Disons plus exactement que les revendications qu’il formule sont des revendications politiques qui s’expriment dans un langage religieux. Cela n’est d’ailleurs pas le seul fait des musulmans. Il y a aussi un fondamentalisme libéral et un monothéisme du marché ! En prétendant
justifier sa politique militaire agressive, en Irak ou ailleurs, par la nécessité d’entreprendre une « croisade » au nom de l’Occident, George W. Bush parle exactement le même langage qu’Oussama Ben Laden quand il prétend mener une « guerre sainte » : dans un cas comme dans l’autre, il n’y a pas de place pour des tiers (« Qui n’est pas avec nous est contre nous »). La meilleure façon de lutter contre le terrorisme islamique sans tomber dans l’ethnocentrisme ou l’unilatéralisme est d’intervenir, non sur les conséquences, mais sur les causes, en cherchant à régler les problèmes politiques non résolus qu’il exploite à son profit.
4) L’Etat-nation est en effet aujourd’hui doublement débordé, par le haut comme par le bas. Il est à la fois trop grand pour répondre à l’attente quotidienne des citoyens (d’où la crise de la représentation, la montée de
l’abstention et le discrédit grandissant de la nouvelle classe politicomédiatique) et trop petit pour faire face à lui seul aux nouvelle problématiques planétaires : crise écologique, toute-puissance des marchés financiers, dérégulation généralisée de toutes les formes d’emprise du capital, etc. De surcroît, l’époque postmoderne est une
époque où, du fait notamment de la globalisation de la technologie et de l’information, les frontières nationales ne garantissent plus rien, à commencer par l’identité des cultures et des peuples. Dans ces conditions, il est tout à fait normal de voir les régions reprendre de l’importance et les particularismes régionaux retrouver une nouvelle vigueur. Je pense qu’il n’y a rien de contradictoire entre ce regain des autonomismes ou des régionalismes et la construction européenne, du moins si l’on considère, comme c’est mon cas, que celle-ci implique l’application du principe de
subsidiarité à tous les niveaux. Le problème d’une éventuelle coopération entre les communautés régionales et les « nouvelles communautés », dont les communautés immigrées ne sont qu’un exemple, est d’une nature différente. La difficulté tient au fait que les premières sont des communautés enracinées, tandis que les secondes sont déracinées. Une coopération n’est cependant pas impossible, mais il y faudra du temps.
5) A mes yeux, l’Europe devrait en effet se construire à partir de la base, à partir de cette dimension locale où l’exercice de la démocratie directe permet aux citoyens de participer à la vie publique en décidant le plus
possible par eux-mêmes de ce qui les concerne. La construction européenne, en d’autres termes, devrait passer par la fédération des petits pays et la fédéralisation des grands. L’une des caractéristiques du fédéralisme est l’attention qu’il porte aux contextes particuliers. Ses principes généraux sont donc toujours susceptibles d’adaptation aux particularités locales. Je ne vois donc pas du tout pourquoi le fédéralisme serait inapplicable dans un contexte africain. Je vois même deux très bonnes raisons de penser le contraire. La première est que l’Afrique est une région du monde dans laquelle les appartenances ethniques continuent à jouer un rôle sociopolitique très important (d’autant qu’elles sont souvent exacerbées par le caractère artificiel des frontières héritées de la colonisation). Or, le fédéralisme est par définition un système beaucoup plus capable de faire coexister des populations différentes qu’un Etat centralisé. Dans la mesure même où il cherche à les fédérer, le fédéralisme n’a pas de mal à reconnaître la personnalité de toutes ses composantes et à leur attribuer une large autonomie, tandis
que l’Etat « fort » ne tire sa puissance souveraine que de leur négation ou de leur suppression. La deuxième raison est que la plupart des pays africains sont des pays pauvres, et que l’on ne peut remédier durablement à cette pauvreté qu’en donnant la priorité aux cultures vivrières et au développement des marchés locaux, alors que les Etats centralisés ont immanquablement tendance à homogénéiser leur production et à se spécialiser pour favoriser leurs exportations — conformément à la théorie libérale des avantages comparatifs —, avec pour conséquences
l’appauvrissement des campagnes, l’urbanisation sauvage et la vulnérabilité de l’économie par rapport aux variations des cours mondiaux.
6) Les Etats-Unis d’Europe ne sont malheureusement pas encore pour demain, et je crains que les Etats-Unis d’Afrique ne soient même pas pour après-demain. Cela dit, je suis bien entendu favorable à une étroite
coopération entre l’Europe et l’Afrique, à condition qu’elle se dégage des ornières du néocolonialisme. Mais je crois surtout qu’une telle coopération exige de rompre avec la conception dominante du « développement »
aujourd’hui véhiculée par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Cette conception est elle-même implicitement néocolonialiste dans la mesure où elle pose en principe que le destin de tous les peuples est de parcourir, à marche plus ou moins forcée, les « étapes » d’un développement analogue à celui qu’ont connu les pays occidentaux, avec en arrière-plan l’idée que le modèle dont tous doivent s’inspirer est le modèle américain. Je crois au contraire que c’est à chaque grande région du monde de définir par elle-même son « modèle », afin
que la globalisation ne se traduise pas par l’homogénéisation planétaire, l’éradication des cultures populaires et la disparition des modes de vie différenciés, mais par une meilleure coopération entre de grands ensembles continentaux dans un monde multipolaire.
7) Cette conception libérale de la politique est à la fois nuisible et irréaliste. Les Africains sont peut-être aujourd’hui ceux qui le savent encore le mieux : l’individu en soi n’existe tout simplement pas. L’identité de chacun d’entre nous est indissociable de nos appartenances et de nos relations, qu’elles soient héritées ou choisies. Même l’identité la plus personnelle ne se construit que dans un rapport à l’autre et possède par là une dimension communautaire et sociale. Le problème des théoriciens libéraux est précisément qu’ils n’ont jamais voulu reconnaître que l’homme est avant tout un être politique et social. Tenir les communautés comme contingentes et non constitutives de notre être, envisager une société dans laquelle on pourrait faire comme si ces communautés
n’existaient pas, revient à bafouer le sens commun et à nier la réalité.
8) Je suis tout à fait hostile à la thématique du « choc des civilisations » théorisée par Samuel Huntington — et popularisée par tous ceux qui répètent ce slogan sans même avoir lu son livre ! J’y suis hostile, non par irénisme — au sein d’un monde globalisé, les frictions culturelles sont bien entendu toujours possibles —, mais parce que les « civilisations » ne sont pas des blocs unitaires homogènes et qu’on ne voit pas par quel miracle elles pourraient brusquement se transformer en acteurs principaux des relations internationales. La thèse de Huntington est en revanche de nature à nourrir et légitimer l’islamophobie, en même temps qu’à asseoir l’idée d’une « solidarité occidentale » qui s’exercerait essentiellement au profit des Etats-Unis d’Amérique. C’est peut-être la raison profonde pour laquelle son auteur l’a inventée.
Alain de Benoist, Afrique du Sud, 2004
Pour ma part, je suis irréductiblement pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, en tout temps et en toutes circontances.
Rien ni personne ne doit pouvoir mettre en cause leur souveraineté.
Cette position de principe me conduit à me prononcer contre toute organisation de type étatique de type "régional" susceptible de remettre en cause cette souveraineté.
Au demeurant, nous sommes entrés dans une nouvelle étape dans les relations internationales, l'étape de la mondialisation.
Bien évidemment, je suis contre toute mondialisation de type capitaliste qui vise à imposer aux peuples les concurrences et les exploitations des grandes entreprises capitalistes et ce qui leur est lié, comme toute forme d'Etat mondial par exemple. Ou même "régional", européen par exemple.
Les peuples du monde, à l'époque de la mondialisation, doivent avoir le droit de tisser entre eux, à la carte et selon leurs souhaits, les relations de solidarité et d'échanges en tous domaines, contre toutes les dominations quelles qu'elles soient et contre toutes les organisations étatiques qui les incarnent.
J'ai déjà eu l'occasion de dire mon accord avec les préconisations de Marx pour la libération des peuples:
- Abolition du salariat,
- Appropriation sociale ( que je ne confonds pas avec l'étatisation-nationalisation),
- Dépérissement de l'Etat, et donc des Etats.
Marx se prononçait pour l'association, aujourd'hui on parlerait plutôt d'autogestion.
La réflexion sur le couple "association-autogestion" doit permettre d'avancer sur les formes à trouver pour le développement des coopérations, échanges et solidarités entre tous les peuples du monde.
Michel Peyret
Tout en défendant l'école publique, Pierre BOURDIEU, le sociologue français, n'a pas cessé de rappeler qu'elle remplissait une fonction conservatrice. De même, selon Noam CHOMSKY, linguiste et dissident américain de réputation mondiale, l'école reproduit l'ordre social et les rapports de domination dans la mesure où elle privilégie des principes qui sont les valeurs de la classe dominante, c'est-à-dire l'intelligence, la priorité à la langue écrite sur l'oral. On apprend à l'école à se comporter d'une certaine façon, obéissante et passive. Ceux qui ne se plient pas sont rejetés; si vous faites quelque chose qui contrevient aux règles du système, vous courez le risque d'être viré. Pourtant, 99% des intellectuels et des journalistes n'en sont absolument pas conscients. Ils ont intégré la culture ambiante et y vivent. Sans doute ces considérations chomskyennes valent-elles surtout sur la scène éducative nord-américaine. Mais oserait-on affirmer qu'il n'en est pas de même chez nous, en Belgique, en Europe? Même si, comme le fait Anne MORELLI, dans son livre "Principes élémentaires de propagande de guerre", on peut espérer que les mensonges d'hier engendrent davantage de doute et d'esprit critique.
Dans le même ordre d'idées, je m'en voudrais de ne pas signaler la parution récente d'un très bon numéro de "Etudes Marxistes" sur "la marchandisation scolaire" et l'enseignement en Europe. Ce numéro contient, entre autres, un manifeste pour un enseignement supérieur démocratique, gratuit, ouvert au peuple et à son service, et internationaliste. L'avenir de l'enseignement en général reste à écrire, mais ce numéro d' "Etudes Marxistes" a raison de montrer que les Etats sont en réalité de mèche avec les marchés et placent l'école et la formation au service des entreprises. Cette collusion Etat-économie de marché, qui semble bien être caractéristique des pays occidentaux, y compris des Etats-Unis, a comme conséquence la consolidation des profits pour les grandes entreprises et la socialisation des pertes au détriment des populations. Ce numéro d' "Etudes Marxistes" montre que l'esprit critique n'a pas disparu chez nous.
Le sujet que je souhaite développer quelque peu est "changer les mentalités par l'éducation à la paix". Cela me rappelle les paroles d'Einstein: "If you want peace, educate for peace". Ce qui caractérise le travail spécifiquement humain, c'est l'émergence d'un projet, la création d'un modèle qui devient la loi de l'action. Le réel n'est pas un donné, mais une tâche à accomplir.
Les mutations du XXe siècle exigent de repenser de manière radicale les problèmes de l'éducation, à la fois celui du contenu de l'enseignement et des structures du système de formation. Des réformes ont été proposées, tant en Belgique qu'en France, mais à aucun moment n'a été posé le problème fondamental: celui des finalités de la formation, qui pourtant pouvaient seules permettre d'en orienter à la fois le contenu et les structures. Ici aussi, le déterminisme l'a emporté sur la transcendance.
Le déterminisme éducatif, depuis des siècles, a consisté à faire de l'éducation une méthode de reproduction de l'ordre établi. Actuellement, les médias aidant, cela explique que bien des travailleurs s'adaptent au système social, s'y soumettent et obéissent.
Le système éducatif actuel exige, non plus telle ou telle réforme, mais une mutation radicale. Il ne peut plus avoir comme objet d' adapter l'homme au désordre mondial, mais, au contraire du déterminisme, de donner à l'homme les moyens de le transcender, d'inventer une conception nouvelle de l'homme, de la société, du monde. Nous y voilà: l'éducation ne peut plus être reflet, mais projet. En ces temps dangereux de guerres et d'éventuels conflits nucléaires, ce projet est urgent et doit être un projet de paix. En fait, à tous les niveaux, de l'apprentissage de la lecture à l'enseignement de la philosophie à l'université, la fonction première du système éducatif est d'intégrer l'individu au désordre établi, avec l'avoir et le pouvoir d'un côté, et de l'autre, l'acceptation résignée de "c'est ainsi, il faut s'y adapter, c'est-à-dire s'y soumettre".
Comment en sortir? Comment construire la paix, ou, en tout cas, la préparer?
Le système où nous sommes, qui a comme axiome dominant, l'argent, ne durera pas éternellement. Nous ignorons la façon dont il finira : elle pourrait être terrifiante. Il convient pourtant de préparer ce qui prendra le relais. Cette préparation est d'ailleurs déjà en route : grâce aux ONG, aux réunions, aux recherches, le changement a commencé. Ce qui manque, c'est peut-être l'unité de ces efforts dispersés, la vue d'ensemble. Même si l'on court le risque de l'échec, de la déception, il faut les dépasser et accepter l'épreuve de la désillusion. Sans cependant s'y résigner: dans ce travail se trouve véritablement la demeure de l'homme.
La fin des guerres, la fin de l'esprit guerrier - c'est-à-dire conquérir, tuer, dominer, asservir, exploiter - ne signifie pas la fin des combats. Il faut continuer à se battre et donc être les plus forts. Mais la force dont nous avons besoin ne s'appuie pas sur les armes, y compris les armes de l'argent. Ce doit être une force d'humanité, beaucoup plus grande que celle des amateurs de guerre.
Ce combat contre les pouvoirs et les intérêts en place est difficile et sera sans doute de longue haleine. Il nous attirera la haine de ces milieux-là. Mais, même à long terme, cette action, jusque dans ses échecs, suffit à justifier l'existence.
Résister donc, et en particulier résister culturellement à la machine techno-économique. Le Monde Diplomatique de ce mois-ci, sous la signature de Roger LESGARD, ancien président de la Ligue de l'enseignement à Paris, m'inspire quelques considérations supplémentaires : c'est par là que je terminerai. Cette machine techno-économique est censée représenter l'efficacité, la performance, la logique financière et consumériste. Elle tend à tout absorber, même la culture, c'est une machine vorace qui déborde les domaines de l'économique et du technique, et repose, tout autant que le système éducatif et sans doute, en partie, à cause de lui, sur le conformisme et la docilité des hommes, sur la réduction d'une société inégalitaire en un simple agrégat d'individus. Elle exerce son action par l'entremise des technologies de l'information et de la communication - de la télévision à Internet - qui sont censées préparer une société de l'accès au savoir, de la transparence et de la démocratie.
Devant cette invasion, il faut redonner à la culture et à ses dimensions un contenu vigoureux. Dans le cadre de cet article et par souci de brièveté, je ne retiendrai que deux de ces dimensions, qui ont un rapport direct avec le travail de notre groupe (B1).
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l'apprentissage et l'exercice de la pensée critique, pour lesquels l'importance de l'enseignement est indéniable. C'est là, entre autres, que s'acquièrent et s'échangent les savoirs, que se recherche la vérité et que se prépare la création artistique.
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le rapport à l'autre, au différent, construction permanente de soi, par et avec l'autre, mais aussi face à cet autre.
Cette deuxième dimension serait de prendre la culture comme facteur de rapprochement, compréhensif et solidaire, entre les êtres humains, contre le repli ethnique, le repli sur soi, le rejet de l'autre et de sa culture au lieu d'établir un dialogue des cultures, contre aussi la ségrégation sociale, la discrimination, le racisme.
Résister à la machine techno-économique se fera par notre capacité, préparée par un système éducatif amélioré, à nous ouvrir à l'autre, à le reconnaître comme une part de nous-même. En d'autres termes, à répondre aussi positivement que possible à la question que posait le philosophe français CASTORIADIS: "Un homme et une société peuvent-ils se construire sans s'opposer à l'Autre, sans le rejeter et sans finalement le haïr?" Une réponse positive à cette question est créatrice de paix personnelle et de paix mondiale.
Edgar ANDRE
01.12.2000
Quelques définitions:
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Déterminisme: doctrine philosophique suivant laquelle tous les événements, et en particulier les actions humaines, sont liés et déterminés par la chaîne des événements antérieurs.
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Positivisme (cf Auguste COMTE): doctrine qui se réclame de la seule connaissance des faits, de l'expérience scientifique.
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Symbole: ce qui représente autre chose en vertu d'une correspondance analogique (exemple: la colombe, symbole de la paix).
«Nous sommes dans un «narco Etat» et il y a un désordre établi au Honduras. Les gouvernements ont perdu leur autorité durant les dernières décennies, l'Etat du Honduras est devenu presque insignifiant au point de disparaître complètement», a déclaré Mgr Luis Alfonso Santos, quelques heures après avoir quitté la tutelle de l'Église catholique dans l'ouest du Honduras.
Le prélat a déclaré que le Honduras est déjà un "narco Etat". Cette expression a été fournie dans le cadre des réflexions sur sa vie sacerdotale, l'Eglise et le pays face aux défis de la réalité hondurienne.
Mgr Santos a servi en tant que chef spirituel des catholiques de l'ouest du Honduras comme évêque de Copan depuis 1984, où les foules l'ont suivi et où il a été tour à tour son fidèle guide, son conducteur dans la foi et professant avec eux une doctrine d'amour, de justice et d'équité. Défenseur des pauvres, ce rôle n'a pas cessé d'être controversé, car il a eu souvent des positions personnelles bordées sur sa mission sacerdotale. L’évêque est connu pour ses critiques acerbes à l’égard du gouvernement de son pays. Il considère que son éventuelle élection serait garante d’un gouvernement de transition.
En 2009, un coup d'Etat avait évincé le président Manuel Zelaya et un gouvernement intérimaire soutenu par l'armée qui avait organisé des élections à la fin 2009 avaient conduit à l'élection de Profirio Lobo Sosa. Si les évêques du Honduras essayèrent de prendre une position médiane dans le conflit, l'archevêque Santos ne voulut pas se taire et fit une déclaration lors de la conférence épiscopale où il dénonça "le coup d'Etat, comme le résultat de l'injuste répartition des richesses qui amène au Honduras de profondes inégalités dans la nourriture, le travail, l'éducation, la santé et la participation civique."
Fort de caractère, Luis Alfonso Santos, connu comme l '"évêque rouge", un terme qui rappelle le Brésilien Helder Camara, décédé à 90 ans, à Pernambuco, après une vie entière conduite dans la défense droits humains et un pionnier de la théologie de la libération. D'autres ont aussi mélangé l'"évêque rouge" au Comité des Mouvements sociaux du Honduras et à ses sympathies au parti libéral de Manuel Zelaya, un sujet qu’il n'a jamais nié.
Mais à 75ans, Mgr Santos a l'esprit d'un prêtre nouvellement ordonné, avec un désir de continuer à servir sur des plates-formes alternatives, y compris la possibilité de se présenter à la présidence du Honduras, durant les élections générales de 2014, une chanson qui comme il le dit : est soumise à l'autorisation du pape Benoît XVI. Cela signifierait que, pour un temps au moins, il devra démissionner de son poste d’évêque.
Intéressant de voir cet homme de conviction se présenter pour que les choses changent au Honduras, un évêque qui lui refuse de se taire quand l’injustice fait face à ses yeux. Une leçon que devraient apprendre beaucoup de ses collègues.
Le Noël de la culture et le Noël de la foi
Ce qui n’était que parole de visionnaires est maintenant réalité
par Oscar Fortin Tribune libre de Vigile Il ne fait aucun doute que le NOËL de la culture a le vent dans les voiles et domine toutes les célébrations tant religieuses que commerciales qui s’y rattachent. C’est le temps des cadeaux, des célébrations entre parents, amis (es), compagnons et compagnes de travail. C’est le temps du sapin qui règne au plus bel endroit de la maison, brillant de toutes ses lumières, arborant ses boules et ses glaçons aux multiples couleurs, couvrant de tout son éclat cette crèche avec ses personnages mythiques et les nombreux cadeaux que le Père Noël a commencé à y déposer.
Tout cela se passe dans l’ambiance de ces chants qui résonnaient dans nos églises et dans nos soirées familiales de l’époque. Qu’il suffise de penser, entre autres, au Noël blanc, à Douce nuit, à Mon beau sapin, à ce mémorable Minuit chrétien que les plus belles voix paroissiales faisaient résonner dans les églises, au Petit papa noël, ou encore, aux Anges dans nos campagne, au Gloire à Dieu au plus haut des cieux et à combien d’autres.
C’est évidemment la grande fête pour les enfants. Pour eux, c’est la fête annuelle des cadeaux. Pour une fois, ils peuvent écrire, avec l’aide de maman et de papa, une carte au grand bienfaiteur qu’est le Père Noël, lui signalant les cadeaux de leurs rêves. La tâche lui sera d’autant plus facile que papa et maman entreprendront la grande course de magasinage du temps des fêtes, faisant sonner, au grand plaisir des commerçants, le tiroir caisse qui marquera chacun de ces cadeaux du sceau de l’argent requis pour tous ces achats surprises.
Le tableau ne serait pas complet si nous n’y ajoutions ces repas, préparés avec toutes les attentions du monde : tourtières, dindes, pâtés à la viande, pâtisseries aux multiple crémages etc. Les familles se rencontreront, les amis se feront des surprises. Le vin et quelques spiritueux couleront à plein, donnant ainsi, l’espace d’un instant, l’euphorie d’un bonheur parfait.
Un héritage de chrétienté, passablement marquée par des cultures anciennes et maintenant assaisonnée à la modernité de sociétés de consommation, couvre, comme un écran de fumée, le véritable message du Noël de la foi.
QU’EN EST-IL DONC DU NOËL DE LA FOI ?
Il s’agit d’un changement radical de paradigme qui apporte au monde une manière toute différente de voir et de comprendre non seulement la relation de l’humanité avec Dieu mais également les relations des humains entre eux. Le Noël de la foi sonne le glas des croyances religieuses qui portent sur l’existence de divinités que les traditions et les cultures ont façonnées de manière à cautionner des lois et des morales servant bien les forces dominantes des sociétés.
Cette image du Dieu lointain, trônant de toute sa puissance sur le monde comme le sont les rois et les maitres du monde est à jamais renversée par celle d’un Dieu, n’ayant rien de royal et encore moins de cette puissance que lui attribuent les diverses croyances. Le Noël de la foi nous révèle une divinité qui s’identifie à ce qu’il y a de plus humble de la terre. Une divinité qui n’a rien du lustre des grands et des puissants. Le Dieu de la foi est celui qui entre dans notre humanité par la porte des humbles, des oubliés et laissés pour compte. Il devient un de nous, tout ce qu’il y a de plus proche. La divinité devient véritablement humanité, Emmanuel, Dieu avec nous.
Ce n’est pas pour rien que le roi Hérode, ce symbole de la domination des grands et des puissants, n’a pas vu d’un bon œil que le messie promis par les prophètes pour faire régner Israël sur tous les peuples de la terre se présente dans des conditions aussi pitoyables et étrangères au paradigme du monde auquel il s’identifie. Deux paradigmes de la compréhension du monde qui sont tout à l’opposé l’un de l’autre.
QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI ?
Celui qui s’est fait l’un de nous a été renvoyé au plus haut des cieux, permettant ainsi aux religions et aux royautés de retrouver leur place et leurs fonctions de choix. Les premières continuent de nous parler d’un Dieu tout puissant, modelé aux besoins des forces dominantes de nos sociétés et les seconds continuent de consolider l’ordre sur lequel ils font régner leurs propres lois.
Toutefois, au delà des institutions et des doctrines qui les inspirent, il y a les peuples et tout ce qui s’en dégagent dans les confrontations auxquelles ils sont soumis par les pouvoirs de domination et de conquête. Ces peuples, par la voix de ses pauvres et de ceux et celles qui s’en solidarisent font entendre l’espérance incontournable du paradigme nouveau, celui-là même inauguré en la personne de Jésus de Nazareth, il y a de cela un peu plus de 2000 ans. Voilà la bonne nouvelle de libération, annoncées aux peuples soumis aux lois des plus forts et des plus opprimants.
Ce paradigme rappelle aux autorités des églises et à celles des grands et puissants de ce monde que l’humanité, celle en qui peut se reconnaître l’image de son auteur, n’a rien à voir avec le paradigme de l’autorité dont elles s’enveloppent et des pouvoirs dont elles usent. Ce nouveau paradigme fait du plus grand le plus petit et du plus petit le plus grand. Le maitre n’est plus celui qui domine et commande, mais celui qui sert et écoute. Les pauvres et laissés pour compte seront élevés et les riches et puissants seront abaissés. Dieu n’est plus un inconnu, mais un Père que l’on peut voir et reconnaître dans la figure emblématique de Jésus de Nazareth. Ce dernier n’a rien à voir avec les conglomérats industriels militaires, avec l’hypocrisie et les mensonges qui couvrent la cupidité et les ambitions de domination. Son Israël est l’humanité entière, laquelle est complètement étrangère au sionisme ainsi qu’à tous ceux et celles qui s’en font les promoteurs et promotrices.
Le Noël de la foi est une espérance pour les humbles de la terre et pour toutes les personnes de bonne volonté. Il est un appel à poursuivre les voies qui consolident les œuvres de justice, de vérité, de compassion, de solidarité et d’amour. Son horizon est l’humanité entière, non pas pour se l’assujettir, mais pour la libérer et la combler de plénitude.
Les Hérode d’aujourd’hui, tout comme ceux d’hier et d’avant hier, poursuivent ce Jésus de Nazareth qui ne cesse de se manifester au travers de ces millions d’hommes et de femmes qui refusent le paradigme des rois et des oligarchies, croyant plutôt à celui en qui toute personne humaine a non seulement tous les droits à l’existence et au bonheur, mais en disposent véritablement.
Si le Noël de la culture nous fait vivre, l’espace d’un instant, l’euphorie de la joie et du bonheur retrouvés entre nous, il ne saurait, toutefois, nous faire oublier le Noël de la foi qui nous rappelle le paradigme qui conduit inévitablement au véritable bonheur.
Celui qui est le plus petit parmi vous tous, c’est celui-là qui est grand, Lc. 9, 46
Ce que vous faites au plus petit des miens c’est à moi que vous le faites, Mt. 25, 40
Qui me voit, voit le Père, Jn. 14,9
Oscar Fortin
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Les erreurs de frappe du réel
Les vraies richesses sont celles de la nature. C’est moins leur acquisition que l’usage qui est l’objet de la science économique. Aristote
Il y a vingt cinq siècles, Aristote établissait une distinction entre deux usages de la monnaie : inventée pour faciliter les échanges, comme moyen intercalé entre deux marchandises propres à satisfaire des besoins humains, la monnaie peut aussi servir de point de départ et d’arrivée d’une autre sorte d’échange. Dans ce cas, elle devient une fin en soi : j’investis mon argent de sorte que plus d’argent me revienne. Et dans ce cas, les besoins humains deviennent des moyens d’enrichissement, si bien qu’Aristote excluait cette circulation monétaire de l’économie, les seules “vraies richesses” étant pour lui “celles de la nature” (dans une société esclavagiste le rôle du travail ne peut apparaître dans la formation de la valeur) : “C’est moins leur acquisition que l’usage qui est l’objet de la science économique” . Formidable découverte : tout enrichissement par voie monétaire se retourne contre l’économie (“réelle”, dit-on aujourd’hui) et tourne le dos à la satisfaction des besoins humains.
Vingt-cinq siècles plus tard, un bruit qui court sur une banque, une faute de frappe d’une “agence de notation”, une déclaration sur l’état d’un pays, et voilà des salaires réduits, des usines qui ferment, des gouvernements qui tombent, des services publics que l’on démantèle. L’époque est vertigineuse : ce n’est plus la finance mais quelques mots sur la finance qui brisent des millions de vies. Et loin d’entraîner un débat sur les moyens de casser cette logique mortifère, ce gâchis matériel et humain devient aussitôt un argument de campagne électorale : chaque candidat est sommé de dire comment il compte obéir aux exigences des agences de notations et aux organismes financiers qui en énumèrent les exigences.
C’est ainsi que ceux-là mêmes qui dissertaient sur la finance comme moteur essentiel de l’économie découvraient il y a trois ans que cette finance jouait contre « l’économie réelle », ce qui constitue un aveu que les marchés financiers organisent bien une “économie irréelle” dont ils font le principe même de l’organisation du réel. Aristote, Rousseau et Marx avec lui, nous demanderaient s’ils étaient parmi nous, par quel prodige un peuple qui a son appareil productif et son savoir-faire, ses besoins et ses moyens, peut en quelques jours être déclaré en faillite et condamné à plus de pauvreté pour le plus grand nombre.
En 1967, dans un livre à relire et méditer, La société du spectacle, Guy Debord écrivaient quelques phrases qui résonnent fort aujourd’hui :
Le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis.
Il parlait d’une “évidente dégradation de l’être en avoir” et d’un “glissement généralisé de l’avoir au paraître”. “Le spectacle est le gardien de ce sommeil” et à sa racine on trouve “la spécialisation du pouvoir”. C’est fait : la vie est désormais soumise à des signes, des mots, des images au travers desquels les humains sont soumis à certaines formes de domination économique et politique.
Le symbole restera dans l’histoire : la Grèce et l’Italie viennent de se voir imposer deux dirigeants issus de la même institution financière américaine (Goldman Sachs) qui n’a pas peu joué dans la crise financière mondiale, dont ils sont chargés de faire payer les conséquences à leurs peuples. C’est un métier : des organisations internationales aussi discrètes qu’importantes forment à ce genre de tâches politiques, et ce n’est pas par hasard si les deux dirigeants grec et italiens sont membres de la “Commission trilatérale” et du ” Club Bilderberg”. La France n’est pas en reste : toute la campagne présidentielle en cours est d’ores et déjà traversée par le spectacle de l’irréel promu démiurge du réel.
Jean-Paul JOUARY
NB : A lire, bien sûr, Aristote (Politiques), Rousseau (Projet de constitution pour la Corse), Marx (Le capital, Livre I) et Guy Debord (La société du spectacle). Rien n’est plus moderne, même si les analyses de la crise financière occasionnent un grand nombre d’ouvrages passionnants.