26/06/08
Maria Poumier: sur Israêl, Cuba, Garaudy...
La parole à Maria Poumier Entretien réalisé par Ginette Hess Skandrani, Paris, 20 juillet 2005
http://quibla.net/
GHS : Maria Poumier, vous avez signé la pétition de soutien à Edgar Morin, et vous êtes également, ainsi que nombre d'entre nous, dans le collimateur des médias sionistes. Quand on lit vos articles sur le web, on a du mal à vous situer avec précision. Vous êtes mentionnée dans Libération comme une universitaire d'extrême gauche, tandis que Ras'le front vous classe à l'extrême droite.
M.P : Eh bien je pense que cette cacophonie indique simplement que ce que j'écris a une certaine audience, peut-être justement parce que tout le monde se sent à l'étroit dans la case idéologique où il est classé. Je cherche, comme tout le monde, le centre où nous devons planter nos convictions, notre centre de gravité, en quelque sorte. Cette recherche suppose évidemment de la curiosité, et particulièrement là où les censeurs veulent que l'on recule.
GHS : Qu'est-ce qui vous a amenée à écrire de façon répétée sur les sujets impliquant Israël et ses soutiens en Occident ? Vous n'avez pas de liens familiaux avec le monde arabe et pourtant vous êtes inspirée par le violent rejet du sionisme qui inspire de nombreux intellectuels juifs?
MP : Je ne suis ni arabe ni juive par ma famille, mais effectivement, j'éprouve une indignation sans limites devant toutes les manipulations et intimidations qui servent à garantir la protection des intérêts israéliens. C'est le sentiment que les plus nobles fondements de la civilisation occidentale sont détournés pour un usage pervers, qui m'anime. C'est notre bonne foi qui a été trahie, et ce sont les Palestiniens qui payent notre aveuglement, c'est inadmissible. Dans tous les combats, le choix des mots est un enjeu que les deux camps se disputent. Un mot nouveau est en train de s'implanter, qui me paraît devoir régler certains malentendus pour un bon moment : c'est la notion d'intérêt USraélien : cela décrit la dynamique implacable, aveugle, mécanique, issue de la combinaison de deux logiques étatiques, une dynamique qui prend tous les peuples en otage. Le sionisme est complètement discrédité, mais sa puissance déborde largement la Palestine historique, parce qu'elle s'exerce principalement aux États-Unis. C'est cette dynamique qui me semble mériter le rassemblement de tous les gens de bonne volonté, et pas seulement le jour où l'on a l'occasion de voter " non " à la pseudo-constitution européenne, pour une réflexion en profondeur. Et on peut souvent se passer des termes juif, sioniste, impérialiste, philosémite, ainsi que de leurs revers, qui ne servent qu'à diviser et à confondre, en général, et à activer la paranoïa réciproque.
GHS : On vous a souvent reproché d'être apparue assez tard sur la scène militante parisienne, ce qui a permis à certains de vos détracteurs de commencer leurs articles en disant " Mais qui est donc cette Maria Poumier que personne ne connaît ? ". Il y a quelques années, seuls vous connaissaient quelques spécialistes de la culture latino-américaine, et vous aviez choisi d'enseigner à l'université de Paris VIII, réputée radicalement à gauche. De quand date ce virage dans vos centres d'intérêt ?
MP : Précision : c'est moi qui me suis fait connaître par un article intitulé : "Mais qui c'est, cette Poumier que personne ne connaît". A dix-neuf ans, je suis partie à Cuba dans l'idée d'offrir mes services au gouvernement révolutionnaire. Dix ans plus tard, j'étais épuisée, comme toute une bande de petites françaises soixante-huitardes qui étions parties là-bas: Cuba est un pays assiégé, et c'est très dur; on craque quand la sphère familiale n'est plus une protection, quand la vie privée s'écroule; je suis revenue en France et c'est dans l'action sociale que j'ai eu l'impression de reprendre pied, dans la nouvelle réalité française, celle de la vitalité de la banlieue. C'est à partir de là que je suis arrivée à me réorganiser idéologiquement, à retrouver un engagement unifiant les différentes questions auxquelles j'étais sensible: la justesse profonde de toute recherche de justice sociale et de souveraineté nationale. J'ai découvert l'ampleur du détournement idéologique de la générosité de gauche à l'occasion du lynchage médiatique dont a été l'objet Roger Garaudy à partir de 1996. Je signais des pétitions pour l'interdiction du Front National, de bon coeur, car le retour à une société de castes me semble une tentation peu honorable et ringarde, propre à des gens qui ne voient rien au-delà de leur niche sociologique d'origine, et ne comprennent rien au monde réel ; bref, cela correspond à un horizon extrêmement étroit, dans l'espace, dans le temps, et dans l'imaginaire, la région où s'élaborent les solutions aux problèmes vitaux. Et brusquement, c'est moi qui ai été traitée en pestiférée. Cela m'a aidée à comprendre le " théorème d'Edgar Morin " : Révolution + Conservation + Résistance = Tous contre les Destructeurs de la Planète !
GHS : Vous avez quitté l'université alors que vous étiez candidate à un poste de professeur, vous vous considérez comme persécutée ?
MP : J'avais invité Roger Garaudy à faire une conférence sur" Islam et modernité ", parce qu'il représente un islam d'occident très ouvert et indispensable à l'équilibre de notre société, et cela, avant la parution de son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne. Du jour au lendemain, alors que cette invitation avait l'aval de la présidence de l'Université, tous les usages démocratiques ont été abolis, je suis devenue la bête à abattre. Rien de tel pour vous ouvrir les yeux ! On a détourné des lettres recommandées avec accusé de réception où je me portais candidate à un poste de professeur, parmi d'autres manoeuvres passibles de poursuites, et on m'a diffamée. Mais si je peux donner très précisément les noms des personnes qui ont fait en sorte que je sois radicalement marginalisée à Paris VIII et parmi les hispanistes, je n'ai pas voulu donner une dimension judiciaire à cela, parce que je considère la majorité de mes collègues comme victimes de manipulations et d'hallucinations collectives. Comme moi, les événements les feront changer, et l'estime de fonctionnaires apeurés n'est pas ce qui m'importait le plus, à un moment où j'étais dans une position de faiblesse très grande, mais où je refusais de céder à l'intimidation. J'ai demandé le débat, en découvrant l'ampleur des questions historiques qu'avait posées Garaudy ; cela a été refusé ; j'ai demandé à être jugée, puisque j'étais traitée en coupable ; cela m'a été refusé aussi ! J'ai donc quitté l'université pour faire des choses plus constructives que de me cogner la tête contre les murs.
GHS : Vous considérez que Garaudy a été injustement condamné et que cette " chasse aux sorcières " à laquelle nous sommes confrontés actuellement avait déjà commencé à travers le " procès du philosophe-écrivain " ?
MP : Il y a deux lois auxquelles je refuse d'obéir, tant que je le peux : la loi du plus fort et la loi de la jungle. Pour les autres, c'est un cadre utile, qui se modifie constamment, et sur lequel on peut agir, heureusement. Garaudy a payé presque 30 000 euros pour quelques phrases, après avoir publié une cinquantaine de livres ; et il n'attache pas une grande importance à cet épisode désagréable de son existence. Ce n'est pas encore suffisant ? Faut-il aussi organiser des autodafés de tous ses livres ? Je sais que certaines bibliothèques publiques les ont retirés. C'est assez lamentable, en démocratie. La chasse aux sorcières sert au moins à faire percevoir les racines et les ressorts du pouvoir qui l'exerce, dans tous les contextes.
GHS : Quels sont les arguments de vos ennemis pour s'acharner contre vous ?
MP : Je peux vous raconter leurs manoeuvres, mais ce qu'ils font, c'est justement pour compenser leur manque d'arguments : ils se bornent à répéter les mêmes adjectifs infamants. Les exécutants des manouvres, sont un très petit nombre de gens connus pour l'intimidation qu'ils cherchent à pratiquer partout où ils le peuvent. Depuis le début, Didier Daenninckx s'est distingué ; c'est un individu sur qui Marianne n'hésite plus à titrer, avec franchise : " Daennincks simple flic ". L'engrenage en cascade de l'esprit policier (conjugué avec ma naïveté, bien sûr) amène chez moi, depuis 1996 jusqu'à aujourd'hui, des gens charmants, qui se disent tout à fait amicaux et serviables, et qui abusent de mon hospitalité pour saisir chez moi des documents dont ils espèrent pouvoir faire un jour un usage compromettant. On est allé jusqu'à faire disparaître le dossier de presse d'un écrivain étranger invité au festival de Saint-Malo, parce que nous avons un lien sentimental ; sans parler de la pression, qui est allée jusqu'au procès, sur les éditeurs qui acceptent des projets venant de moi.
GHS : Ce sont surtout les gens de gauche, qui ont abandonné leur combat anticolonialiste, qui s'acharnent sur tous ceux qui osent encore critiquer le sionisme. Ce sont également eux qui vous rejettent, comme une brebis galeuse.
MP : Je refuse de faire de cela une question de fond. Il y a des gens de gauche qui me rejettent et font le sale boulot d'indics, par calcul politique : si nous ne balançons pas, alors, nous aussi nous serons traités de tous les noms ; ils me sacrifient donc, comme on jette du lest par-dessus bord ; les larbins qui se dévouent pour accomplir les basses oeuvres sont des gens qui n'ont pas la conscience tellement tranquille, si bien qu'ils sont très sensibles au chantage idéologique, d'autant plus qu'ils ont du talent et de l'ambition. Cela ne les empêche pas toujours d'être anticolonialistes, c'est juste une question de tactique. Mais ce sont les agents USraéliens convaincus qui se frottent les mains, chaque fois qu'ils parviennent à casser un front commun, soit à l'intérieur de la gauche, soit entre bonnes volontés de droite et de gauche, ou encore parmi les Arabes, entre les Arabes et les Gaulois, les Arabes et les Noirs, entre les Antillais et les Africains, enfin, entre tous ceux qui naturellement, logiquement, doivent se constituer en front uni de résistance.
GHS : Le soutien aux Palestiniens et à la décolonisation de la Palestine, afin de créer un seul Etat démocratique et multiculturel où tous ceux qui aiment cette terre la développent ensemble, est-il pour vous une priorité, désormais ?
MP : Bien sûr. C'est un enjeu central, un seul Etat démocratique pour tous, c'est la seule solution, et le blocage contre celle-ci est un révélateur de la perversité des relais de la domination USraélienne, très infiltrés dans la gauche française. Et le devoir des intellectuels est de mobiliser tous les niveaux de la réflexion pour faire triompher le droit sur la force. On ne peut pas se contenter de répéter des mots d'ordre pour se donner bonne conscience. De même que la Palestine a besoin des énergies de gens qui viennent des horizons les plus divers, dans chaque pays, tous les penseurs sont nécessaires au progrès de la connaissance et du discernement, et la confrontation entre eux doit être loyale. La nation repose sur ses poètes, c'est-à-dire ses créateurs de pensée capables de la répandre comme la poudre, sous forme d'images qui soulèvent l'enthousiasme, et font apparaître la communion. Mais la pensée créatrice a besoin des efforts de tous les épigones de tous les courants, pour nourrir l'élan qui fera cristalliser cela en une force invincible. La liberté de réflexion et d'_expression est la garantie de la santé mentale ; un combattant amputé de sa tête n'est pas très utile, face à des ennemis qui savent parfaitement ce qu'ils veulent.
GHS : Comment établissez vous le rapport avec votre carrière d'hispaniste ?
MP : L'Espagne est un grand lieu de rencontre entre l'Orient et l'Occident, sa réflexion est bien plus riche que celle de la France, dans ce domaine. Garaudy est un Cordouan d'adoption, il est de ceux qui ont poursuivi l'ouvre de construction d'une culture commune aux Chrétiens et aux Musulmans, comme le Majorquin Raymond Lulle, au XIIIe siècle. Son marxisme spiritualisé est le point de départ du renouveau de la pensée de gauche, tant en Occident que dans le monde arabe, une pensée confiante et constructive. C'est exactement ce dont nous avons besoin, dans l'Europe qui découvre en ce moment l'importance culturelle des immigrations qu'elle reçoit, et qui en est ébranlée.
GHS : Le brassage des cultures, le métissage des couleurs qui se produit maintenant ici, est-il comparable à celui de l'Amérique latine, il y a quelques siècles ?
MP : Oui, comme là-bas à l'époque coloniale, les immigrants sont des déportés, chassés par la famine et par la persécution politique, le tout détourné par de véritables trafiquants d'esclaves. Il y a une réactivation des réflexes défensifs contre eux, tandis qu'au niveau de la musique et, de la cuisine, la réceptivité est sans réserve, ce qui révèle une profonde attirance, et elle est réciproque. D'une part des crispations racistes, de l'autre des histoires d'amour. Si l'immigration a pris la tournure d'une vague que rien ne peut arrêter, ce n'est pas seulement pour des raisons de déséquilibre démographique et économique ; c'est parce qu'elle amène le renouveau spirituel dont nous avons besoin, justement, alors que le monde blanc manifeste une perte de vitalité multiforme : abandon de ses traditions, choix du principe de plaisir contre celui du don de la vie et de la multiplication naturelle de l'espèce, réflexes colonialistes sordides dans les rapports avec ceux qui sont perçus comme inférieurs, et soumission à des intérêts étrangers adulés par lâcheté et par paresse.
GHS : Comment pouvez-vous critiquer les excès du sentiment de victimitude chez les juifs, et soutenir le mouvement pour les réparations de Noirs, qui se posent également en position de victimes plus malmenées que toutes les autres ? Nous savons bien que la revendication des Noirs est tout à fait légitime et que beaucoup d'entre eux se sont toujours battus pour l'égalité des droits. Mais ne craignez-vous pas que cette attitude de victimisation ne finisse par lasser, ou pire, banaliser leur lutte ?
MP : L'humiliation du monde noir par le monde blanc, toutes religions confondues, est quelque chose qui dépasse même les limites de l'histoire. C'est pourquoi leur revendication à l'égalité, et à toutes les réparations qui en découlent, est la mère de toutes les revendications justes. Etre homme, c'est toujours dépasser ses limites ; pour un Blanc, ce doit être aller au-delà de la blanchitude, devenir plus que blanc, et donc devenir dans une mesure certaine, noir. Le mouvement issu de l'adoption de la loi Taubira en 2001 est profondément juste ; il n'a rien à voir avec un désir de vengeance, ni avec du masochisme. C'est une étape de lucidité indispensable pour casser la logique néo-esclavagiste dans laquelle veut nous enfermer l'ordre USsraélien, qui voudrait traiter tous les peuples comme les Palestiniens, les parquer comme des bestiaux ici et là, et leur couper tout moyen d'existence autonome, si elle ne peut pas les castrer mentalement ou s'en débarrasser de façon plus radicale. James Baldwin a formulé ce que le Blanc oublie toujours, et le Noir jamais : les " Blancs " ont exterminé les Indiens en Amérique du Nord, parce qu'ils n'ont pas rencontré d'obstacles pour le faire, et parce qu'ils n'avaient pas besoin d'eux. Leurs descendants prouvent tous les jours qu'ils le feraient, s'ils le pouvaient, avec les Africains, parce qu'ils convoitent les richesses de l'Afrique, mais n'ont plus besoin de ses habitants, surnuméraires et incapables, à leur avis. A nous, les Blancs, de montrer que c'est bien là la logique USraélienne, effectivement, et qu'elle est monstrueuse, infra-humaine. Mais il y a toujours eu des Blancs aussi pour la combattre, heureusement. C'est la moindre des choses, que d'accompagner ce mouvement dont la légitimité est totale. La revendication noire est un miroir salutaire, quoique peu flatteur, certes, dans un monde à dominante blanche, et il est inlassablement utile pour nous ramener à plus d'humanité. Et c'est l'injustice qui est lassante.
GHS :Mais ne se conduisent-ils pas également en censeurs, en exigeant la condamnation d'un historien de l'esclavage qui donne une vision de la traite négrière moins " noire " et plus édulcorée qu'ils ne le souhaiteraient ?
MP : Pas du tout, ils rétablissent l'équilibre ! Tout le monde sait que l'historien en question ne risque rien, puisqu'il a été récompensé, dans l'université, dans le monde de l'édition, et jusqu'au Sénat, dans la mesure où il véhicule précisément les convictions des institutions ! Les Noirs exigeant l'application de la Loi Taubira ont fait un travail magnifique en donnant enfin un sens acceptable par tous au terme " négationnisme " : le négationnisme, c'est la tendance à minimiser les crimes contre l'humanité, à refuser la pleine légitimité de l'épanouissement d'autrui, de tous les autres, même de ceux qui vous dérangent. Autrefois aussi, les esclavagistes étaient scandalisés quand un esclave leur faisait un procès en se servant du Code Noir, qui stipulait certaines limites aux abus des maîtres. L'affaire Pétré-Grenouillaud révèle le racisme institutionnalisé qui préside dans les pays jadis blancs, le non-dit anachronique qui prétend supplanter l'universalité du droit : le fait que certaines lois sont faites pour protéger certains intérêts. Il était urgent d'en dénoncer l'hypocrisie, de retourner la loi, en toute logique, contre les bastions de l'escroquerie intellectuelle. Pour l'adjectif négationniste, je ne vois pas pourquoi seuls les gens qui critiquent la logique israélienne devraient en être abreuvés ! Au contraire, les représentants des intérêts israéliens sont certainement les négationnistes par excellence, ceux qui dénient automatiquement aux autres peuples le droit à la pensée, à la création, à l'imagination, ceux qui les piétinent militairement et spirituellement, et qui veulent plier le monde entier à leur non-pensée.
GHS : Vous savez bien que le mot révisionnisme provoque toujours des débats souvent houleux. Et vous savez bien que les sionistes en cours d'argument nous traitent souvent de révisionnistes ou de négationnistes, ce qui est tout à fait aberrant. Vous acceptez donc également le rejet noir du révisionnisme historique ? Ne pensez-vous pas qu'il faudrait également en débattre ?
MP : Entendons-nous sur les mots. Il y a les historiens honnêtes, et ceux qui ne le sont pas ; les premiers démasquent les autres, qui poussent des cris d'orfraie, parce qu'ils ne peuvent rien faire d'autre. Il y a la découverte constante de nouvelles sources, qui amènent à la réinterprétation de ce qu'on tenait pour acquis. Les historiens africains font des découvertes dont les " africanistes " blancs ne veulent pas tenir compte. Il faut qu'ils crient très fort, pour se faire entendre, pour faire comprendre que l'histoire officielle, la blanche, est un outil de propagande pour fonder en raison les abus de pouvoir néo-esclavagistes et néo-colonialistes. La révision constante, ce n'est que la mise en pratique de la déontologie scientifique. Je ne crois pas que les historiens doivent se dire " révisionnistes " ; ce terme a surgi comme insulte contre des adversaires idéologiques divers, au début du XXe siècle, et il n'y a pas de raison de le revendiquer comme un aboutissement de la logique scientifique ; réviser pour réviser, c'est une absurdité, et cela cache un effort pour utiliser des données scientifiques dans le sens d'une propagande déterminée. Toute idéologie officielle est révisionniste par nature : c'est-à-dire prête à manipuler le passé dans le sens qui lui convient. Les révisionnistes israéliens s'évertuent à nier le massacre de Deir Yassine, c'est inadmissible. Ils se battent pour garder le contrôle de la Palestine et de son histoire, contre un ennemi qui appartient au présent, non au passé. Etre Noir, c'est pratiquer la révision, tout à fait saine, de l'histoire telle qu'elle a été écrite par les Blancs, avec partialité et aveuglement, mais refuser le révisionnisme, c'est-à-dire le détournement de l'histoire à des fins de propagande. Les historiens doivent aller toujours plus loin dans la recherche des sources primaires, et les interroger courageusement, quitte à faire des découvertes qui dérangent tout le monde. Pour ce qui est de l'histoire de la deuxième guerre mondiale, l'honnêteté dans l'exploitation des nouvelles sources, des archives qui s'ouvrent, conduit chaque jour à plus de découvertes qui dérangent terriblement les sionistes : tant mieux !
GHS : Obtenir la révision d'un procès, cela aussi serait du révisionnisme ? En ce cas il faudrait s'entendre sur les mots et ne pas tomber dans un piège qui se sert beaucoup de la confusion linguistique afin de clore le débat.
MP : Notre société opère spontanément la confusion entre histoire et tribunal, et elle a même institué des lois pour forcer cet amalgame : la loi Gayssot, basée sur le jugement d'un tribunal militaire, dans le contexte de la victoire sur les nazis ; une loi récente pour forcer chacun à interpréter positivement le passé colonialiste de la France. C'est aberrant, et s'il est bon que chacun respecte la loi, il fallait l'imagination noire pour en retourner les pires, contre ceux qui les ont inventées à leur profit. La sagesse noire, justement, sait se placer au-dessus de la confusion des genres : l'histoire est une science comme une autre, c'est un outil qui a ses limites, et il n'y a aucune raison de la sacraliser, qu'il s'agisse de l'histoire officielle ou de l'histoire dissidente. C'est parce que nous ne croyons plus au divin dans l'homme, que nous brandissons l'histoire comme notre fétiche, le bouclier des sociétés laïques contre ce qui nous angoisse ; et nous la manipulons toujours dans le sens de notre intérêt. Or la seule histoire qui mériterait d'être sacralisée, c'est celle des efforts, individuels ou collectifs, pour nous élever au-dessus de nos intérêts immédiats, et au-dessus des limites de notre intelligence. L'histoire des moments héroïques, qui transforme les gens du passé en ancêtres, a été évacuée du système éducatif moderne, et c'est très regrettable.
GHS : Ce n'est plus de la science, vous répondra-t-on. Mais, beaucoup d'intellectuels et non des moindres ont confondu et nous amènent à confondre modernité, progrès, sciences en les opposant à la mémoire des peuples sans laquelle l'histoire de l'humanité ne serait que des récits sans fondement.
MP : Opposer mémoire et histoire n'est pas intéressant non plus, et c'est généralement hypocrite : c'est la "mémoire" des uns contre "l'histoire" des autres. Toute l'histoire devrait s'écrire comme une chronique sportive : pour glorifier les efforts surhumains de chacun, dans une rivalité qui grandit autant les vainqueurs que les vaincus. Il y a une infinité de disciplines sportives : il y a aussi une multiplicité de combats et d'enjeux; il faut en montrer toute la richesse. Cette dimension de l'histoire, c'est ce que les ministères de l'idéologie occidentale veulent nous faire oublier, dans une véritable entreprise de castration mentale. Je pense avec les Noirs qui se battent pour l'application de la Loi Taubira déclarant l'esclavage et la déportation crimes contre l'humanité que l'on est ici dans le domaine de la logique juridique. Le domaine de l'histoire n'est pas exactement le même. Et si nous arrivons à séparer les deux univers, ce sera très sain, nous ferons apparaître un consensus et un troisième univers entrera en action : celui de la sacralité, à laquelle les deux autres doivent se subordonner. La défense de l'humain contre toutes les métamorphoses de l'esclavagisme, voilà ce qui est sacré, et les Noirs sont particulièrement bien placés pour faire avancer ce combat universel.
GHS : D'où vous vient donc cette négrophilie ?
MP : J'aime le terme, je l'adopte. Comme tout ce qui est fort, cela vient du vécu, non de la gymnastique intellectuelle. J'ai une famille cubaine noire. Cela change tout. Comme dans de nombreuses familles cubaines, les plus noirs sont les plus enracinés dans le pays. Aussi je connais la profondeur de la souffrance noire, et de la souffrance cubaine, celle des gens qui se retrouvent objectivement du côté noir des choses, bien loin des images publicitaires que l'on peut avoir du pays.
GHS : Vous avez soutenu des tentatives de rapprochement entre le gouvernement cubain et une certaine opposition intellectuelle qui réclamait plus de liberté, lorsque le soutien soviétique s'est effondré.
MP : Bien sûr, parce que je sais combien les aspirations des Cubains à la consommation, y compris la consommation culturelle, sont fondées, et c'est cela qu'on appelle la liberté, quand on en est privé, et que le manque devient une obsession ; la moindre des choses, pour venir en aide à l'assiégé, c'est de lui apporter de la nourriture et des renforts idéologiques, mais il peut être utile aussi de chercher en même temps les points ou les personnes sur qui la négociation en faveur de l'assiégé peut se construire ; du moins c'est ce que je cherchais ; en fait le gouvernement lui-même a ouvert certaines vannes, en facilitant les voyages, les pratiques religieuses, et le commerce culturel, ce qui a considérablement fait diminuer les tensions, et permis aux assiégés de surmonter leurs souffrances. La situation s'est considérablement améliorée depuis les années 1990. Maintenant, le Vénézuéla a repris le flambeau, et partage glorieusement le fardeau de la résistance aux intérêts usraéliens. Dans la conjoncture actuelle, de guerre déclarée aux trois quarts de la planète, il faut absolument soutenir le gouvernement cubain qui a su garder le cap, ce que toute l'Amérique latine sait. Et les faiblesses et imperfections dans sa manière de tenir la barre, seule la propagande usraélienne a intérêt à les monter en épingle, ce que fait avec diligence Reporters sans Frontières, par exemple. J'ai confiance dans les Cubains, et même dans certains de ceux qui sont partis vivre à l'étranger ces dernières années, car c'est dans les pays " riches " qu'ils découvrent l'horreur de la logique usraélienne, et qu'ils deviennent... des agents du gouvernement cubain. Ils ont reçu par leur enfance dans l'île les outils spirituels pour surmonter les pratiques corruptrices de la culture usraélienne qu'on veut nous imposer. L'intifada mondiale contre le couple usraélien a ouvert les yeux aux plus " blancs ", aux plus tentés de se laisser séduire par une culture de la domination forcenée.
GHS: Sur quel thème peut-on en ce moment relancer la solidarité avec Cuba, alors que plusieurs lignes politiques se disputent en ce moment la succession de Fidel Castro, dans l'ombre...
MP : Une bonne nouvelle : vous savez que les États-Unis ont jugé et condamné à de très lourdes peines 5 Cubains, qui habitaient à Miami, et qu'ils qualifient de terroristes? Eh bien, une commission de l'ONU vient de conclure de l'étude du dossier que leur détention est parfaitement arbitraire. Au même moment, Bush refuse de poursuivre un authentique terroriste dont les crimes de sang sont prouvés, Enrique Posada. Voilà le genre de choses qu'il faut faire connaître, parce que cela fait le lien avec toutes les autres monstruosités judiciares que pratique le gouvernement américain sous prétexte de terrorisme, depuis le 11 septembre, qui est un montage, comme chacun sait.L'embargo idéologique qui entoure Cuba est plus écrasant que le blocus commercial.
GHS : On dirait que vous voyez tout en noir et blanc, alors que votre parcours est plutôt tâtonnant ; vous vous dites communiste, mais ce sont les communistes qui vous ont pourchassée à Paris VIII.
MP : Tout à fait d'accord, laissons de côté nos cartes de visite, si trompeuses, toujours, et si vaniteuses. Nous sommes dans un pays et à un moment où s'opère le partage des eaux. Il faut choisir le camp des esclavagistes ou celui des esclaves. Les aventures de Dieudonné contre le lobby usraélien ont donné un éclairage brutal au paysage idéologique, on y voit bien plus clair, maintenant, grâce à l'analyse de son cas en terme de négrophobie. Etant de famille bourgeoise, j'ai souvent eu des mauvais réflexes, typiques des limites de mon milieu, des réflexes de sous-estimation des autres, qui ont d'autres manières. Je suis arrogante, me dit-on parfois. Mes amis d'origine prolétarienne me l'ont fait comprendre, et m'aident beaucoup à affiner le tir. Une limite typiquement prolétarienne, c'est de redouter toujours que le bourgeois se conduise " en juif ", comme on disait autrefois dans le peuple, cherche à manipuler quand il ne parvient pas à imposer, s'infiltre dans ses rangs à seule fin de conserver une position de contrôle des événements. Mais nous savons que justement, parmi les juifs, il y a des esprits tout à fait généreux et les combattants les plus sincèrement dévoués. Les juifs antisionistes sont à la pointe du combat contre les intérêts usraéliens, et il n'y a nul abaissement à reconnaître la grandeur chez autrui, au contraire. Eh bien j'ose espérer aussi que chez les bourgeois, les blancs, les prolétaires et les noirs, l'extrême gauche et l'extrême droite, il y a des gens capables d'aller au-delà de calculs catégoriels sordides. Jamais les choses n'ont été aussi claires, pour choisir son camp. Et parfois il faut provoquer les événements, pour que les situations se débloquent. Le Non à la constitution est un indice de la remise en marche du moteur qui était assoupi sous les délices de la consommation à tout prix, et de l'intoxication idéologique soft. C'est la bonne logique, celle qui ramène tous les extrêmes vers le centre, le centre unitaire d'où part la force, qui est maintenant en action.
GHS : Dernière question, en guise de conclusion :ne pensez-vous pas que le fait de traiter les antisionistes radicaux d'antisémites, en évitant soigneusement d'en apporter les preuves, part d'un état d'esprit mesquin qui refuse le débat contradictoire par faute d'arguments étayés ?
M. P. Ce n'est pas seulement de la mesquinerie, c'est plus grave; c'est de la calomnie, et cela part d'un réflexe de propriétaires : certains militants, dans toutes les causes, s'en croient les propriétaires, et refusent aux autres combattants toute possibilité de reconnaissance. Je préfère certainement l'attitude du sous-commandant Marcos, qui n'aspire qu'à être le serviteur des gens qu'il défend, et son honnêteté est ce qui fait sa force. D'un autre côté, quand on est radical, on est très fragile; on tombe dans des pièges, on se trompe parfois de cible, etc. Il faut saisir les occasions de se rattraper, quand on le peut, et poursuivre sa recherche sans attacher trop d'importance aux bassesses des autres. "Antisémite" est devenu le terme officiel pour désigner ceux qui remarquent les passerelles entre pouvoir politique, financier, médiatique et culturel, et qui observent le rôle d'Israel là-dedans.Nos ennemis font du bon travail, en dilapidant l'anathème, il le dévaluent. De nombreux Israéliens cherchent à recommencer une nouvelle vie en Allemagne, en France, aux Etats-Unis; ils sont écoeurés d'avoir pris part à un délire colonial qui se voulait juif, et ils se gardent bien de se présenter comme juifs. Il n'est pas nécessaire d'être juif ni sioniste pour être pro-usraélien, vous le savez bien. La paranoïa juive est terriblement contagieuse, il faut y résister. Laissons nos adversaires foncer dans le panneau qu'ils fabriquent eux-mêmes, ils se ridiculisent, la mobilisation autour d'Edgar Morin indique qu'ils n'intimident plus autant de monde.
14/06/08
L'Irlande oui, Sarkozy non !
Les Irlandais ont dit "non" au traité de Lisbonne. Le "non" l'a emporté avec 53,4% des suffrages, selon les résultats officiels annoncés vendredi après-midi au lendemain de la consultation en République d'Irlande... Le traité de Lisbonne ne peut entrer en vigueur sans la ratification de chacun des 27 Etats-membres...
Les résultats du référendum irlandais montrent un clivage net entre des électeurs les moins aisés qui ont massivement rejeté le mini-traité, et les plus favorisés qui l'ont massivement approuvé.
Les zones rurales et ouvrières ont quasiment toutes rejetés le traité de Lisbonne, alors que le "oui" a obtenu ses meilleurs résultats dans les quartiers les plus favorisés de Dublin.
(D'après http://tempsreel.nouvelobs.com/)
Quand le peuple peut donner son avis sur l'Europe … Il ne veut pas de la leur : il veut une autre Europe. Sur cette prévision, Sarkozy ne s'était pas trompé : la démocratie le disqualifie.
Après les Français et les Néerlandais, les Irlandais. Les commentateurs et les responsables politiques rivalisent d'ardeur pour dénoncer le NON des Irlandais. Nous ne disposons pas des études permettant d'analyser tous les ressorts de ce vote. Mais les premières indications sont nettes. Go raibh maith agat, merci au peuple irlandais, aux classes populaires qui d'après les résultats dans leurs circonscriptions, ont voté non. Go raibh maith agat, quand on voit le rejet de cette Europe dans les quartiers et zones populaires qui ne voulaient pas d'une Europe intégrée à l'OTAN…
Go raibh maith agat aux camarades de la coalition de gauche en Irlande qui ont su convaincre pour faire vaincre le Non. Une chose est sûre : à nouveau, un peuple consulté dit NON à la façon dont est menée aujourd'hui la construction européenne.
Voici quelques mois, les gouvernements de l'Union européenne se sont entendus pour éviter toute consultation populaire sur le nouveau traité, frère jumeau du traité constitutionnel. Nicolas Sarkozy et une majorité de parlementaires de droite, du centre et de gauche se sont donné la main pour revenir sur notre vote du 29 mai 2005. Que reste-t-il vraiment de légitimité à l'adoption sans débat populaire de février dernier ?
Voici quelques jours, les gouvernements se sont entendus sur un projet de directive qui autorise 65 heures de travail hebdomadaire. Le ministre français a voté pour. Les gouvernements se sont entendus sur un projet de directive très dur sur la rétention et l'expulsion des étrangers. Le ministre français a voté pour.
Il est temps de comprendre que l'Union européenne menée sans l'avis des peuples ou contre l'avis des peuples est une impasse. Il est temps de comprendre que l'Europe libérale, la mystique du marché, la mise en concurrence toujours plus intense des uns avec les autres est une folie. Il est temps de comprendre que l'Europe forteresse est une illusion mortifère.
Il est d'autant plus nécessaire de lutter pour une autre Europe, démocratique, sociale, écologique. Toutes les forces de la gauche antilibérale, de la gauche de transformation sociale ont déjà fait de nombreuses propositions traduisant cette autre Europe. Nous devons, dans les mois qui viennent, notamment à l'occasion de la présidence française, faire entendre cette autre voix.
Go raibh maith agat ! Article sur gauchealternative.org
05/06/08
Jonathan Littell: Israel utilise l’holocauste pour justifier des choses inexcusables
J.Littell
Les déclarations très critiques sur le comportement d’israël et de son armée à l’encontre des Palestiniens, faites par l’auteur du bestseller "Les Bienveillantes", ont été reprises par le quotidien Haaretz. Ci-dessous quelques passages de son interview dans Haaretz, traduits par Carole Sandrel.
Dans un article intitulé "La chanson du bourreau", le journaliste Assaf Uni revient sur les notions de bourreau et de victime qui sont au centre du roman qui met en scène l’action d’un officier nazi au cours de la seconde guerre mondiale.
Jonathan Littel indique tout d’abord qu’il ne se considère pas lui-même comme juif, même si son père l’était, car n’étant pas pratiquant. Il dit "je visite plus d’églises que de synagogues".
Il tient également à se démarquer de l’utilisation de termes comme "holocauste" et "Shoah", qui ont un caractère religieux, et préfère quant à lui utiliser l’expression "extermination des juifs", sans oublier que les nazis ont pratiqué celle des homosexuels, des Tziganes, des handicapés et d’autres minorités.
Il critique à ce propos le caractère "judéo-centré" des commémorations actuelles et souligne par ailleurs qu’il n’est pas d’accord pour parler du génocide des juifs comme d’une exception. D’autres génocides ont eu lieu et "chacun d’entre eux est exceptionnel", explique-t-il.
Jonathan Littel va plus loin :
“Je pense que l’extermination des Juifs est un problème universel. Je pense qu’il concerne tout le monde. Mais au delà, je pense qu’aujourd’hui ce problème est, en Israël, utilisé à des fins politiques”.
Quand on lui demande s’il pense que l’Holocauste détermine les agissements d’Israël aujourd’hui, il répond : “D’un côté, Israël est un pays qui a subi un sérieux traumatisme, et l’Holocauste l’a rendu dramatiquement paranoïaque. Mais il y a aussi leur convoitise et leur confiscation des terres (palestiniennes) et tout ce merdier. C’est simplement inexcusable. Désolé, mais les traumatismes d’il y a soixante ans ne peuvent pas excuser tout cela” .
Et d’enfoncer le clou en disant qu’Israël “utilise l’Holocauste pour justifier des actions “inexcusables” concernant les Palestiniens, et que les exactions de l’armée israélienne font penser à celle des nazis avant leur arrivée au pouvoir.
Poussé dans ses retranchements par le journaliste qui lui demande si on peut vraiment faire cette comparaison, il répond : "Il n’y a pas de génocide dans les territoires actuellement. Seulement des choses atroces ; mais si le gouvernement israélien autorise l’armée à faire pire, elle fera pire. N’oublions pas ce qu’ont fait les Allemands aux Juifs avant l’holocauste : couper les barbes, les humilier en public, les obliger à nettoyer les rues ; c’est le genre de choses qui se fait quotidiennement dans les territoires occupés. Chaque jour pourri que Dieu fait. Et maintenant il y a cette génération de Russes fous qui se moque complètement de tout et qui sont sont très réactionnaires"...
"Curieusement, fait-il par ailleurs remarquer, Israël a été créé pour être un hâvre de sécurité pour les juifs, et c’est devenu l’endroit le plus dangereux au monde pour les Juifs. Pire, à cause d’’israël, il est devenu plus dangereux d’être juifs dans d’autres pays, également"
"Je trouve que les Israéliens devraient se regarder en face. Quand ils lisent un livre comme le mien, ils ne devraient pas retenir que l’aspect juif des choses. Ils devraient atteindre un niveau de compréhension et l’appliquer à ce qui se passe en ce moment en Israël... ou aux Etats-Unis. Ce que font les Américains en Irak par exemple est inacceptable. Des tortures comme celles d’Abu Ghraib cela ressemble à ce que faisaient les Allemands il y a 60 ans."
article intégral dans Ha’aretz du 30/05/08
http://www.haaretz.com/hasen/spages/988410.html (Traduit par Carole SANDREL)
CAPJPO-EuroPalestine
20/05/08
Tarek Aziz, connais pas !
A Bagdad, Tarek Aziz risque la peine de mort, accusé d’avoir fait pendre 42 grossistes qui spéculaient sur les prix en plein embargo et proposé qu’un hommage soit rendu à Saddam Hussein dans la prière de vendredi. Le Tout-Paris politique, qui l’a courtisé pendant 20 ans, se tait, ou presque. Consigne : « Tarek Aziz… connais pas ! ».
Jacques Vergès, qui le défend, en fait l’amer constat. Certains « amis de l’Irak », nous a dit un expert du milieu, « n’ont même pas la reconnaissance du ventre » ! On comprend que Kouchner se taise. Il a un souvenir cuisant des moukhabarat quand il jouait au french docteur au Kurdistan dans les années 70 ; mais Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et ancienne présidente du Groupe France-Irak à l’Assemblée… Elle logeait une fois l’an, tous frais payés, à l’hôtel Rashid et faisait le siège du bureau de Tarek Aziz ou de Taha Yassin Ramadan, le vice-Président et grand argentier pendu il y a un an sans qu’elle réagisse non plus. Patrick Ollier qui soutenait avec elle l’Afice - association de coopération économique franco-irakienne de Serge Boidevaix - a lui aussi la mémoire qui flanche et il n’est pas le seul.
Où sont les Chirac, Jospin, Pasqua, Juppé qui ont reçu Tarek Aziz à Paris en 1995, lui promettant monts et merveilles pourvu qu’il renvoie l’ascenseur ? Et Sarkozy, qui ne trouvait rien à redire à ce séjour controversé : muet comme une carpe. Nous n’aurons pas, cette fois, la méchanceté de remonter le temps. La liste des pro-irakiens honteux serait longue. Il faudrait alors parler valises de billets et commissions versées aux bureaux d’études du RPR et du PS mitterrandien, pour des contrats payés rubis sur l’ongle… par la Coface.
Gilles Munier, secrétaire général de l’association Amitiés franco-irakiennes
(Sur http://www.bakchich.info/)
10/05/08
Claude Lévi-Strauss

CETTE année 2008, Claude Lévi-Strauss*, anthropologue, ethnologue et philosophe, fêtera son 100ème anniversaire.
Chercheur infatigable, écrivain et vulgarisateur de grand talent, Claude Lévi-Strauss a démontré que l’étude de sociétés différentes de la nôtre permettait d’acquérir une distanciation nécessaire à l’étude de la société dans laquelle nous vivons.
Adoptant pour ses recherches une méthode marxiste, Claude Lévi-Strauss s’est toujours refusé à étudier l’économie à la façon des “papes” de l’économie dite moderne dont l’actualité souligne les erreurs dramatiques. Fidèle à Marx, Claude Lévi-Strauss passe l’économie étudiée au crible de la réalité des rapports sociaux de production.
Plaçant l’Humain et l’interaction de leurs activités sur la nature au cœur de ses études, Claude Lévi-Strauss ne pouvait que se passionner pour l’étude de la démographie.
La vie même de ce savant permet de mesurer l’ampleur des bouleversements que connaît notre planète ; bouleversements sur lesquels Paul Vergès ne cesse d’insister.
Lorsque Claude Lévi-Strauss vient au monde, celui-ci compte un milliard et demi d’habitants. En 2008, année de son 100ème anniversaire, la planète porte plus de 6 milliards 695 millions d’habitants. En l’espace d’une vie, la population mondiale s’est accrue de 347%. Or, tous les scientifiques estiment que la Terre devrait pouvoir nourrir sans difficulté 12 milliards d’humains. Qu’elle n’y parvienne pas devrait sans doute conduire chacun de nous à réfléchir aux raisons d’un tel échec qui, chaque année, se traduit en millions de morts.
Jean Saint-Marc
Claude Lévi-Strauss
Sa vie
Né le 28 novembre 1908. Études secondaires à Paris (lycée Janson de Sailly), études supérieures à la Faculté de droit de Paris (Licence) et à la Sorbonne (agrégation de philosophie, 1931, doctorat ès lettres, 1948).
En 1958, il est élu professeur au Collège de France, à la chaire d’anthropologie sociale qu’avait occupée Marcel Mauss, dont la pensée annonçait la sienne sur plus d’un point. L’œuvre et l’enseignement de Lévi-Strauss, outre leur influence à l’étranger, ont, en France, grandement contribué à susciter un nouvel essor de la recherche anthropologique et de l’ethnologie de terrain. Claude Lévi-Strauss est membre de l’Académie française depuis 1973.
La leçon de Marx
Dès sa 17ème année, Claude Lévi-Strauss se passionne pour la politique. Très engagé à gauche, il se mit à lire Marx, qui allait le marquer très profondément et dont l’influence allait perdurer bien après qu’il se fut détaché de la politique. Dans l’œuvre de Marx, Lévi-Strauss n’a cessé de voir, et continue de voir, une incitation à considérer que, dans le domaine des sciences sociales, l’analyse doit passer par la construction de modèles théoriques qui permettent d’appréhender la complexité du réel à partir des structures qui l’organisent et non par la simple observation des données de l’expérience.
« Vers ma dix-septième année, j’avais été initié au marxisme par un jeune socialiste belge, connu en vacances et qui est aujourd’hui ambassadeur de son pays à l’Étranger. La lecture de Marx m’avait d’autant plus transporté que je prenais pour la première fois contact, à travers cette grande pensée, avec le courant philosophique qui va de Kant à Hegel : tout un monde m’était révélé. Depuis lors, cette ferveur ne s’est jamais démentie et je m’applique rarement à débrouiller un problème de sociologie ou d’ethnologie sans avoir, au préalable, vivifié ma réflexion par quelques pages du 18 Brumaire de Louis Bonaparte ou de la Critique de l’économie politique.
Il ne s’agit d’ailleurs pas de savoir si Marx a justement prévu tel ou tel développement de l’histoire. À la suite de Rousseau, et sous une forme qui me paraît décisive, Marx a enseigné que la science sociale ne se bâtit pas plus sur le plan des événements que la physique à partir des données de la sensibilité : le but est de construire un modèle, d’étudier ses propriétés et les différentes manières dont il réagit au laboratoire, pour appliquer ensuite ces observations à l’interprétation de ce qui se passe empiriquement et qui peut être fort éloigné des prévisions. À un niveau différent de la réalité, le marxisme me semblait procéder de la même façon que la géologie et la psychanalyse entendue au sens que lui avait donné son fondateur : tous trois démontrent que comprendre consiste à réduire un type de réalité à un autre ; que la réalité vraie n’est jamais la plus manifeste ; et que la nature du vrai transparaît déjà dans le soin qu’il met à se dérober. Dans tous les cas, le même problème se pose, qui est celui du rapport entre le sensible et le rationnel et le but cherché est le même : une sorte de super-rationalisme, visant à intégrer le premier au second sans rien sacrifier de ses propriétés ». “Tristes Tropiques”, Plon, 1955, p.62
Karl Marx : « Dans la production, les hommes n’agissent pas seulement sur la nature, mais aussi les uns sur les autres. Ils ne produisent qu’en collaborant d’une manière déterminée et en échangeant entre eux leurs activités. Pour produire, ils entrent en relations et en rapports déterminés les uns avec les autres, et ce n’est que dans les limites de ces relations et de ces rapports sociaux que s’établit leur action sur la nature, la production ».
(K. Marx - 1847 - Travail salarié et Capital - K. Marx (III))
24/03/08
On peut être anti-russe, anti-chinois, anti-cubain, mais pas anti-israélien
Sur http://oumma.com/, l'article qui vaut à ce haut fonctionnaire révocation de son poste de sous-préfet de Saintes par la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie.
Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU
Par Bruno Guigue
Dans sa rubrique « Point de vue » du 27 février 2008, « Le Monde » a généreusement offert ses colonnes à un texte d’une hystérie verbale et d’une mauvaise foi insondables. Les accusations qu’il profère à l’égard du conseil des droits de l’homme de l’ONU sont si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction : Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière.
Le titre sans nuances de cette prose haineuse est déjà tout un programme : « L’ONU contre les droits de l’homme ». Dès les premières lignes, on peut y lire cet appel angoissé : « L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée ». Inévitablement le lecteur non averti s’alarme : l’organisation internationale serait-elle brusquement devenue suicidaire ?
Mais par bonheur la suite nous éclaire aussitôt sur les préoccupations profondes de nos signataires : « A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001 la conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations-Unies. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique ! » et « mort à Israël ! » et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes ».
Quel rapport entre la géopolitique du Moyen-Orient, manifestement en cause dans les appels à combattre les Etats-Unis et Israël, et l’oppression des femmes que viendrait cautionner le « relativisme culturel » ? Probablement aucun. Mais amalgamer les deux sujets présente l’intérêt polémique de suggérer une pernicieuse concurrence entre les victimes : vous qui condamnez Israël et l’Amérique, vous ne dites rien de la souffrance des femmes opprimées dans les pays musulmans. C’est une antienne dont la rhétorique lobbyiste est coutumière : elle permet de détourner le lecteur occidental de la critique de la politique américaine ou israélienne en fixant son attention sur un problème interne des sociétés moyen-orientales.
Ce rapprochement polémique entre les deux sujets, pourtant, est particulièrement cocasse. L’Arabie saoudite, où le port du voile est obligatoire et les femmes interdites de conduite automobile, est l’alliée historique des Etats-Unis dans la région. Le régime obscurantiste des talibans, lui, a vu le jour sous les auspices d’une CIA qui a prêté ses camps d’entraînement sur le sol américain aux combattants du mollah Omar. En revanche, l’Irak et la Syrie baasistes, plus proches de la norme occidentale en matière de condition féminine, n’eurent pas droit aux mêmes égards. Le premier a été pulvérisé sous les bombes US, la seconde est rangée dans la catégorie des « Etats voyous ». Mais peu importe : les partisans de la politique américaine au Moyen-Orient se croient fondés à donner des leçons en matière d’émancipation féminine.
S’agissant de l’ONU, en outre, on ne s’étonnera guère d’un tel ressentiment de la part des porte-parole du néoconservatisme à la française. Car les résolutions du conseil des droits de l’homme, comme hier les déclarations de l’assemblée générale, ont osé mettre en cause la répression israélienne en Palestine occupée. Les 47 Etats élus par leurs pairs au CDH bénéficient de l’égalité de vote. La sensibilité qui s’y exprime reflète donc une opinion majoritaire qui n’a aucune raison de cautionner l’occupation militaire des territoires arabes. Que les thuriféraires d’Israël, cependant, se rassurent : ces résolutions demeurent symboliques à défaut d’être exécutoires. Mais ce n’est pas suffisant. Il leur faut aussi en stigmatiser le principe par un usage grossier de la calomnie.
C’est à quoi s’emploient rageusement les signataires. « Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales .. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain ».
Symptôme d’une psychose paranoïaque ou monument de la démonologie occidentale : on hésite sur le diagnostic. La seule certitude, c’est que ce réquisitoire contre des forfaits inexistants témoigne d’une inventivité hors du commun. Le conseil des droits de l’homme de l’ONU voudrait « anéantir la liberté d’expression » ? On se demande bien pourquoi et comment. Mais nos interrogations demeurent sans réponse. Nos polémistes annoncent « la mise à mort de l’universalité des droits » par l’ONU elle-même, mais cette mort annoncée reste nimbée de mystère. Aucune citation des résolutions du CDH ne vient étayer cette accusation, et les détracteurs de l’ONU condamnent ses idées supposées avec une violence inversement proportionnelle aux preuves de ce qu’ils avancent. Visiblement, ils préfèrent parler à sa place en procédant directement au commentaire de ce qu’elle est censée avoir dit.
En guise de citations, on doit alors se contenter des propos résumés au style indirect, sans guillemets, qu’aurait tenus M. Doudou Diène, rapporteur spécial sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie auprès de l’ONU. L’intellectuel sénégalais aurait ainsi déclaré qu’« énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste, et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman ». Seul problème : ces citations sont introuvables. Si chacun de ces énoncés soulève évidemment des objections, encore faut-il qu’il ait été formulé. Une polémique grossière sur des citations qui n’en sont pas : le procédé condamne ses auteurs.
Au demeurant, les seules citations que les idéologues publiés par « Le Monde » auraient dû produire à l’appui de leur propre thèse sont celles du CDH lui-même. Mais ils se gardèrent bien de le faire. Livrant leur interprétation tendancieuse en lieu et place de la pensée d’autrui, ils pérorent gravement en prenant leur fantasme pour la réalité : « La confusion est à son comble, affirment-ils, quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion ». Mais d’où vient cette idée ? Qui l’a émise ? Nul ne le sait. N’importe qui, en revanche, peut vérifier ce qu’a énoncé le CDH sur la question religieuse. Il suffit de consulter les compte-rendus officiels des six sessions réunies depuis sa création en juin 2006.
Le 30 mars 2007, le CDH a ainsi adopté une résolution « sur la lutte contre la diffamation des religions ». Ce texte nuancé insiste sur « le droit de chacun à la liberté d’expression, qui devrait s’exercer de façon responsable et peut donc être soumis à de restrictions, prescrites par la loi et nécessaires pour le respect des droits ou de la réputation d’autrui, la protection de la sécurité nationale, de la santé ou de la morale publiques, et le respect des religions et des convictions ». Sur le plan des principes, ce texte ne diffère guère du droit positif en vigueur dans la plupart des pays, les Etats occidentaux ayant eux aussi entouré l’exercice de la liberté d’expression de certaines limites juridiques. En France, la reconnaissance de la liberté d’expression n’entraîne aucun droit à diffamer son voisin, toute forme d’injure manifestant une discrimination raciale ou religieuse est punie par la loi, et certaines dispositions législatives ont même eu pour effet d’énoncer une vérité officielle sur des faits historiques.
Naturellement, la teneur de cette résolution du CDH n’est pas indifférente au contexte politique lié à la « guerre contre le terrorisme » menée tambour battant par Washington. « Le Conseil se déclare préoccupé par les images stéréotypées négatives des religions et par les manifestations d’intolérance et de discrimination en matière de religion ou de conviction. Il se déclare en outre profondément préoccupé par les tentatives visant à associer l’islam avec le terrorisme, la violence et les violations des droits de l’homme. Il note avec une vive inquiétude l’intensification de la campagne de diffamation des religions, et la désignation des minorités musulmanes selon des caractéristiques ethniques et religieuses depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001 ».
L’adoption de ce texte s’est heurtée à l’opposition des pays occidentaux, mis en minorité lors du vote final. Aucun d’entre eux n’y a vu, toutefois, le danger mortel pour la civilisation universelle que dénoncent les signataires de notre pamphlet antionusien. Au nom de l’Union européenne, la représentante de l’Allemagne « a fait remarquer que, comme l’a établi le rapport de M. Doudou Diène, la discrimination fondée sur la religion ne concerne pas uniquement l’islam, mais également le judaïsme, le christianisme et des religions et croyances venues d’Asie, ainsi que des personnes sans religion. Elle a également souligné qu’il est problématique de séparer la discrimination fondée sur la religion des autres formes de discrimination. Elle a aussi jugé l’utilisation du concept de diffamation contre-productive, préconisant plutôt un texte axé sur la liberté de religion ou de conviction ».
Que ce débat témoigne d’une différence de sensibilité sur les questions religieuses entre pays membres de l’organisation de la conférence islamique (OCI) et pays occidentaux est une évidence. Cela méritait une réflexion sur la sécularisation relative des sociétés concernées et la référence, explicite dans les pays musulmans, à des valeurs religieuses. Mais cette réflexion n’effleura même pas l’esprit de nos intrépides signataires qui, faute d’avoir lu les textes auxquels ils font vaguement allusion, en dénaturent volontairement la signification. Refusant de discuter rationnellement les arguments de l’autre, on préfère le stigmatiser en imaginant une dramaturgie grossière mettant en scène des personnages réels. Ce théâtre de marionnettes, du coup, tient lieu d’argumentaire.
C’est ainsi que nos signataires s’en prennent violemment à Mme Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. « Elle a participé à une conférence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et à la diversité culturelle, dénoncent-ils. Portant le voile, comme la loi de la république islamique l’exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l’énoncé de principes à venir, ainsi résumés : offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste. Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël ».
Encore une fois, l’art de l’amalgame intellectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indignation du lecteur en anesthésiant au passage son jugement critique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes religieux ont des exigences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.
Les diatribes iraniennes contre l’Etat hébreu relèvent, elles, d’un affrontement géopolitique dont l’un des principaux paramètres est l’attitude d’Israël lui-même. S’il avait appliqué la peine de mort aux civils palestiniens avec davantage de discernement depuis soixante ans, il n’aurait pas suscité un tel rejet de la part de ses voisins proches ou éloignés. Sous occupation militaire, amputés d’une partie de leur territoire, ou régulièrement bombardés par son aviation, ces derniers ont d’excellentes raisons de le détester. Mais peu importe. Décidés à instruire à charge contre Mme Arbour pour son séjour à Téhéran, nos polémistes incriminent « son silence et sa passivité », qu’elle aurait justifiés par « le respect de la loi iranienne et le souci de ne pas offenser ses hôtes ».
« Charbonnier est maître chez soi, commentent-ils. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante ». On croit rêver. Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.
« Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte », philosophent nos signataires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Palestiniens avant de lancer à Gaza la sanglante opération qui fit 110 victimes palestiniennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou religieux, l’Etat hébreu, manifestement, a franchi un cap sémantique avant de déchaîner sa puissance militaire : il est passé « de la parole à l’acte ».
Mais le meilleur a été gardé pour la fin. « Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues d’avenir radieux ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Lier dans une même trame le 11 septembre 2001 et les résolutions du CDH, il fallait oser. Il est vrai que nous avons affaire à des spécialistes.
« Retour de Dieu en politique », disent-ils. Nos intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? « Si la revendication d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de propriété. Pour les sionistes religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.
Du coup, aucun compromis n’est possible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine martelait le statut théologique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait à son tour en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.
Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le lobby pro-israélien exècre l’ONU : son appétence pour le droit international est inversement proportionnelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infiniment plus favorable au Grand Israël que l’autre. Percuter les résolutions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intellectuel et du prodige politique : Israël l’a fait. Pour nos signataires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.
A propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intellectuels organiques lui décernent à longueur de colonnes. Et quelle outrecuidance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires intérieures israéliennes !
A l’instar des pires calomnies, les accusations publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles suscitent sur certains blogs des commentaires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qualifié de « défenseur de la secte du pédophile fou et des adorateurs du caillou ». On y lit que « depuis les invasions musulmanes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civilisation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un internaute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille islamiste et tiers-mondiste ». Qu’attend-on pour supprimer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Islamophobie déclarée, haine du monde arabe, stupéfiante arrogance occidentale, tout y est. Opération réussie, mesdames et messieurs les intellectuels organiques.
Bruno Guigue
Diplômé de l’Ecole normale supérieure et de l’ENA
Auteur de "Proche-Orient : la guerre des mots", L’Harmattan, 2003
11/03/08
François Léotard : "Depuis que tu es à l’Elysée je suis inquiet"
Dans son dernier livre, F. Léotard s'adresse vigoureusement au Président Sarkozy:
Ca a débuté comme ça. Une élection, une fête, du Champagne. Et du chiffre d'affaires au mètre carré. C'était pétillant. Je n'allais pas bouder mon plaisir puisque j'avais voté pour lui. [...] Naturellement mon cote gaulliste avait quelques regrets. La France prenait des allures de grande surface, et parmi les candidats mon produit était en tête de gondole. La publicité et les promesses s'accompagnaient l'une l'autre comme deux petites voleuses qui font les sacs à main. Ensemble tout était possible. J'étais heureux qu'on soit ensemble. C'est étonnant comme on aime à croire ce qui n'est pas croyable.
Il a fallu plusieurs mois pour entendre parler de faillite. L'homme de Matignon, Mon le velouté, s'était laissé aller. Faillite ! C'est un mot que l'on aurait aimé entendre au mois de mars, avant l'élection... Au moment des giboulées. On s'y serait fait. Moi, je pensais à Churchill : "Je n'ai à vous offrir que de la sueur, des larmes et du sang." Et Londres bombardée tous les soirs. Nous, on allait très bien. Merci. La dette faisait à peu près l'équivalent du budget de l'Education nationale. Les intérêts seulement ! Pas le capital. Je me disais : ça va être bien. On pourra faire deux fois plus de lycées... Il suffira de rembourser ce que nous devons, de revenir à l'équilibre et le tour sera joué ! D'autres le font autour de nous. C'aurait été une promesse de grande qualité. Un millésime rare au rayon de l'œnologie politique. J'avais oublié que la dette, c'est comme la morphine : du bonheur immédiat ! On a donc choisi la béatitude. [...]
Dès le lendemain on ne fut pas déçu : la retraite monastique bercée par le clair de lune sur un scénario de Fitzgerald, le clapotis des flots au large de Malte, puis aussitôt après le déferlement des milliardaires, la chasse aux nigauds baptisée modestement "ouverture", les infirmières bulgares, le drapeau tricolore relooké par Prada, les intermittences du cœur sous les ombrages de la Lanterne, un gouvernement tétanisé par les engueulades, les escapades à Saint-Tropez, enfin les bien-aimés du pouvoir, le gratin du Bottin mondial : Chavez, El-Assad, Kadhafi, Poutine... les cancres du passage en terminale de la démocratie. Je commençais, petit à petit, à bouffer mon bulletin de vote. [...] Sarkozy, c'est Glenn Gould en moins délicat. Il joue avec les mots sur son piano. Un artiste. Comme l'interprète canadien, il accompagne ses partitions de soupirs, de mouvements du visage qui donnent à la pièce jouée la permanente allure d'un chef-d'œuvre. Mais ce n'est pas du Bach.
Prenons l'exemple de ses rapports avec la police. Ils ont séduit une droite qui ne plaisante pas avec ces choses-là, ils ont alimenté ses nombreux discours, et sans doute, comme pour tous les enfants, marqué son parcours. Voilà une institution qu'il aime. Il s'y plaît. [...] Sarkozy ne parle pas de la police. Il est la police. Il est l'ordre. L'ordre seulement, mais l'ordre complètement. Sa doctrine est faite : les loubards des banlieues n'ont pas de problèmes sociaux, ni de logement, ni de culture, ni d'emploi. Les pédophiles n'entrent pas dans la catégorie de l'acquis mais dans celle de l'inné, les récidivistes que la prison a largement amochés doivent y retourner le plus vite possible. Ils ont été jugés ? Aucune importance. Pour le même délit, déjà purgé, on va inventer 'un suivi' en milieu fermé, c'est-à-dire une deuxième prison qui s'ajoute à la première, mais sans jugement. A quoi bon ? C'est l'Etat qui doit décider, c'est-à-dire l'exécutif, c'est-à dire la police. Il semble que notre président n'ait lu ni Tocqueville, ni Montesquieu, ni Benjamin Constant, il semble que la séparation des pouvoirs lui soit une énigme. Si l'on rend la justice Place-Beauvau, ce sera plus rapide. Et surtout plus près de l'Elysée. [...]
On se souvient qu'il répétait volontiers qu'on ne faisait appel à lui que dans les moments désespérés. Alors il arrivait, soulevait le RPR et l'exaltait en quelques jours, redressait le budget de la nation, rendait à la police la confiance qui lui manquait. [...]
C'est vrai, on aurait dû se méfier.
Dans le monde sauvage des animaux politiques, il ne faut pas être sur le passage d'un prédateur. Je le sais, j'ai traversé imprudemment la savane. Chirac était un carnassier débonnaire. Avec lui, on était mort, mais c'était sans rancune. Chacune de ses victimes, antilope déchiquetée et consentante, devenait digne d'une amitié nouvelle définitivement inoffensive. Avec Sarko, c'était différent. Le fauve avait - si l'on peut dire - une mémoire d'éléphant. Un jour, me parlant justement de Chirac, il m'avait dit : "François, n'oublie jamais ceci : je suis fidèle à mes ennemis." J'en ai encore froid dans le dos.
L'ouverture n'a rien changé à cela. Elle donne à la victime un côté comestible qui la fait s'aplatir avec une docilité déconcertante. La douceur de Jack Lang dans ses approches concentriques du pouvoir fait penser aux roucoulements des pigeons qui ne voient pas, dans la casserole, les olives dont ils seront bientôt entourés. [...] Et je crains que la belle histoire qui nous est racontée du haut de l'Elysée ne se termine mal.
Parfois je ne peux empêcher un certain malaise de venir en moi. J'essaie de le chasser et il revient. Je prends un livre et ça revient de plus belle. [...] Depuis que tu es à l'Elysée je suis inquiet. Qu'est-ce qui t'a pris exactement ? Je lis dans un journal que désormais la police française arrête des enfants... J'ai suivi avec consternation le morceau de Grand-Guignol qui t'a mis dans les bras de Kadhafi... J'apprends que tu as une «plume» qui te fait dire des bêtises... Il paraît que tu n'écoutes plus ceux qui t'entourent... Tu aurais même traité mon ami Martinon d"'imbécile"... Et ce pauvre Mon avec ses beaux yeux de labrador... C'est pas bien tout ça, Nicolas. Je te le dis parce que nous avons grandi ensemble. [...] Et puis ces histoires d'ADN pour le regroupement familial, ce n'est pas toi ! Tu t'es fait déborder par quelques malades de l'UMP Des frénétiques... [...]
Tu as eu raison de citer Guy Môquet. Cette jeunesse-là, intacte et fervente, qui s'abat d'un seul coup, laissant derrière elle le grand silence du courage, cette jeunesse-là, elle est belle et sans doute plus belle que la nôtre... J'aurais aimé qu'à côté de Guy Môquet tu cites Aragon, celui de 'l'Affiche rouge'. Parce qu'il parle de Manouchian et que le poème d'Aragon est lové dans l'écriture de la dernière lettre du futur fusillé.
Pourquoi dis-je cela ? Parce que ces étrangers "mais nos frères pourtant" ont davantage honoré la France que ces "bons Français" qui tranquillement la salissaient à Vichy. Parce que ce sont souvent des étrangers qui ont aimé notre pays plus que nous ne l'avons fait. Parce qu'ils portaient "des noms difficiles à prononcer", parce qu'ils considéraient que peut-être dans le mot France il y avait un désir de droit et - qui sait - une résistance cachée.
"Ca va mal finir", par François Léotard, Grasset, 138 pages (extrait)
02/03/08
"Politique de civilisation", une mise au point
"Politique de civilisation", une mise au point
par Edgar Morin
Nicolas Sarkozy a parlé, lors de ses voeux télévisés, de "politique de civilisation" un concept que vous avez défendu dés les années 80. Comment réagissez-vous à cette appropriation ?
M. Sarkozy a repris le mot mais que connaît-il lui ou Henri Guaino de mes thèses ? Est-ce une expression reprise au vol ou une référence à mes idées ? Rien dans le contexte dans lequel il emploie ne l’indique. Lorsque j’ai parlé de "politique de civilisation", je partais du constat que notre civilisation occidentale si elle avait produit des bienfaits, avait aussi généré des maux qui sont de plus en plus importants. Par exemple, le bien-être matériel produit un mal être moral, physique et humain. Ou encore, sur le plan écologique, le développement des sciences et techniques a engendré une dégradation de la biosphère et une pollution que l’on sent sur le plan de la vie quotidienne. C’est le même constat quand on étudie l’urbanisation des mégapoles ou la dévitalisation des campagnes avec l’extension de l’agriculture industrielle. On peut encore illustrer cette thématique avec la notion d’individu, conquête dans la mesure où elle donne de l’autonomie et l’essence de responsabilité. Mais cette conquête s’est accompagnée d’une dégradation des solidarités précédentes, qu’elles soient familiales, de village ou ouvrières. C’est en fonction de ce diagnostic que je faisais un certain nombre de propositions. Dans mes travaux, je m’attachais à voir dans quelle mesure on peut remédier à ces maux sans perdre les bienfaits de notre civilisation. Je me suis essayé à cet exercice dans un article dans Le Monde "Si j’avais été candidat..." (Le Monde du 25 avril 2007) à faire des propositions concrètes, comme sur le terrain du rétablissement des solidarités, la création de maison de solidarité ou d’un service civil ad hoc. Je ne peux, a priori, exclure aujourd’hui que M. Sarkozy réoriente sa politique dans ce sens mais il ne l’a pas montré jusqu’à présent ni n’en donne aucun signe. Si sa reprise du thème de la "politique de civilisation" pouvait éveiller l’intérêt, notamment de la gauche, non pour l’expression mais pour le fond, ce ne serait que souhaitable.
Propos recueillis par Sylvia Zappi / Le Monde, 02.01.08
Sur http://grit-transversales.org/
23/01/08
Enseignement: approche littéraire et approche scientifique du monde, un texte de Luc Collès
Pour une épistémologie de l’implication au cours de français
par Luc Collès – UCL-CEDILL (Louvain-la-Neuve, Belgique)
La littérature : un savoir morcelé et formel
Depuis la fin des années quatre-vingt, on assiste dans l’ensemble des pays industrialisés à l’extension d’un modèle culturel où prévalent la logique fonctionnaliste, le discours scientifique et le morcellement des savoirs. L’école est, par excellence, le lieu de ces manifestations. Comme le dit Amor Séoud (2001), « si l’école est en crise actuellement, c’est non pas précisément parce qu’elle n’est pas adaptée à la société, mais bel et bien parce qu’elle cherche à le faire, et qu’à l’instar de n’importe quelle entreprise, elle s’accorde la fonction, dans le domaine qui est le sien, de ‘vendre des services’. Elle subit ainsi la loi fatale de la privatisation, de la libéralisation – celle où le client est roi. »
Nico Hirtt a consacré un ouvrage à ce qu’il appelle « l’école prostituée ». L’expression est peut-être un peu forte, mais il pointe très justement la mise en adéquati
