Marx vu par Rubel
LE COMBAT POUR MARX.
J'ai déjà eu l'occasion de montrer comment l'oeuvre de Marx avait été trahie, sinon violée, par ceux qui avaient voulu laisser croire qu'ils construisaient le socialisme/communisme dans les pays qu'ils dirigeaient.
Cela m'a conduit à considérer, avec d'autres, que ce socialisme/communisme n'avait jamais existé.
Et, en conséquence, cette construction est toujours dans l'avenir de l'histoire des peuples qui doivent la réaliser.
L'oeuvre de Marx est apparue avec le développement du capitalisme.
Elle demeure d'une singulière actualité, actualité qui implique sa connaissance par tous ceux qui souhaitent en finir avec le capitalisme.
Maximilien Rubel a été de ceux qui se sont efforcé de restituer l'authenticité de Marx.
Faire connaître son apport est oeuvrer utilement.
Michel Peyret

Maximilien Rubel, Marx et les nouveaux phagocytes, Editions du Sandre, 2012, 295 pages, 26 €. Présentation et postface de Louis Janover.
L'immense spoliation capitaliste
Le travail, celui des travailleurs, des salariés, seul produit de la valeur, de la richesse.
Ce produit est spolié, volé, à ceux qui le produisent.
Il devient, avec et par le capitalisme, avec et par l'Etat capitaliste, que certains n'ont pas honte d'appeler l'Etat social, l'argent destiné à faire survivre et perpétuer ce même capitalisme en crise.
C'est la honte, l'immoralité, l'inhumanité, le despotisme, l'autoritarisme du capitalisme qui est ainsi mise en évidence.
Et ainsi l'on voit bien à quoi, aux Etats-Unis comme ailleurs, à quoi servent les élections tant que l'on reste dans le cadre de ce système.
En cette veille de 1er mai, je pense qu'il n'est pas inutile de rappeler ces vérités premières.
Et merci au blog d'Olivier Berruyer (Les-Crises.fr) d'y contribuer.
[Article] 7 700 milliards de dollars d’aides aux banques américaines…
Europe, Syrie: appeler un chat un chat et un fripon un fripon
Chat et... fripons ?
(Suite à : Abstention ? Non : BOYCOTT !)
Deux phrases de notre déclaration "Abstention ? Non : BOYCOTT !" ont provoqué de multiples protestations : "Passant outre le vote du peuple de France, la "classe politique" a imposé le Traité constitutionnel européen (Traité de Lisbonne). Sauf erreur, non seulement ce coup d’État —il faut appeler un chat, un chat— n’a été dénoncé par aucun des candidats et partis politiques présents au prochain scrutin, mais la plupart d’entre eux osent encore nous vendre "l’Europe sociale"." Selon les protestations, qui manquent hélas de précision, nous ferions erreur.
Notons d'abord que personne ne conteste que la plupart des candidats osent encore nous vendre l'"Europe sociale".
Ce qui frappe, c'est l'incapacité des protestataires à appeler un chat un chat : quel candidat, quel parti politique a-t-il appelé "coup d'État" —"coup d'État"—, le viol de la souveraineté du peuple de France ? Qui, quand, où ? Parce que les mots ont un sens : selon la Constitution de la République française, la destitution du président peut-être demandée s'il commet un coup d'État...
Que celles et ceux qui pourraient regretter cette occasion perdue de renvoyer Sarkozy se rassurent et se réjouissent : depuis quelques jours, il existe une nouvelle opportunité de demander la destitution du président pour manquement à son devoir constitutionnel. Les candidats, les partis qui les soutiennent, et qui n'ont pas encore saisi cette aubaine, vont enfin pouvoir le faire.
Voici le fait : 19 militaires français ont été faits prisonniers en Syrie (*), prouvant incontestablement que la France est entrée en guerre contre ce pays. L'article 35 de la Constitution indique : "La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement. Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention." De 2 choses l'une :
— ou le gouvernement a informé le parlement ; auquel cas il faut que les partis, les candidats, les médias nous expliquent pourquoi ils l'ont caché au peuple de France ;
— ou le gouvernement n'a pas informé le parlement ; dans ce cas, tous les candidats et les partis qui veulent en finir avec le "sarkozysme" vont se saisir de ce viol de la Constitution pour demander la destitution !
Le pied du mur n'a-t-il pas été inventé pour qu'on y voie le maçon ?
4 mars 2012
Jean-François Autier, ajusteur mécanicien retraité, communiste
Michel Peyret, instituteur retraité, ancien député de Gironde, communiste
(*) Mediapart rapporte diverses sources faisant elles état de 120 prisonniers dont 13 officiers. A suivre. Aucune garantie de véracité ne saurait pour l'instant être donnée quand à cette information [NDLR]
(2e publication)
Présidentielles: un appel au boycott
Passant outre le vote du peuple de France, la "classe politique" a imposé le Traité constitutionnel européen (Traité de Lisbonne). Sauf erreur, non seulement ce coup d'État --il faut appeler un chat, un chat-- n'a été dénoncé par aucun des candidats et partis politiques présents au prochain scrutin, mais la plupart d'entre eux osent encore nous vendre "l'Europe sociale".
C'est dire qu'il ne peut sortir des urnes qu'une approbation des politiques passées et une accélération de l'asservissement des peuples d'Europe au capital financier.
Alors que nous vivons la dictature terroriste du capital financier en expansion, le peuple de France est invité à voter pour choisir celle ou celui qui --en son nom-- lui imposera les reculs sociaux, sociétaux, civilisationnels, indispensables à la poursuite de l'accumulation des profits d'un tout petit nombre d'individus.
Jean-François Autier (ajusteur mécanicien retraité, communiste)
Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, par Michel Peyret
En France, le referendum a déjà eu lieu
En 2005, le peuple français a rejeté le TCE.
De ce 29 mai, la dite Union européenne n’a plus d’existence légale.
Le coup d’Etat auquel s’est livré Sarkozy est inacceptable, et ne peut donc être accepté.
Le peuple français, seul souverain, lui ne s’est pas dédit, sa décision demeure, ses conséquences aussi.
Selon la constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet, Sarkozy doit être traduit devant la Haute Cour de Justice.
Pourquoi les forces politiques françaises cautionnent-elles le coup d’Etat ?
Faire respecter la décision du peuple français est la seule façon d’aider le peuple grec !
Il faut en finir avec ce carcan des peuples que constitue l’UE !
C’est encore ce qu’ont dit les peuples européens en juin dernier en boycottant massivement le scrutin européen .
60% des électeurs français ont alors renouvelé leur rejet de 2005 !
Quand va-t-on enfin respecter la décision des peuples, prendre en compte leur rejet profond de ce qui conduit leurs pays à l’abîme !
Michel Peyret, mardi 4 mai 2010 (et oui !)
Abolir le salariat
par Michel Peyret
3 novembre 2011
LE MOT D'ORDRE REVOLUTIONNAIRE : ABOLITION DU SALARIAT !
C'est Karl Marx qui le dit à sa façon :
« Au lieu du mot d'ordre conservateur : « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat. »
Ce n'est pas la première fois que nous abordons cette question de l'abolition du salariat, et pourtant il nous apparaît indispensable d'y revenir à nouveau aujourd'hui.
Pourquoi aujourd'hui ?
La crise du capitalisme s'approfondit. Chaque jour, ou presque, l'on nous dit que toutes les dispositions viennent d'être prises, soit nationalement, soit au niveau européen ou mondial, pour en sortir. Chaque jour, l'on nous dit que, cette fois, c'est la bonne : juré, promis, il n'y a plus à y revenir...
Et pourtant, le lendemain...
Le lendemain pourtant, et de nouveau, la crise a resurgi, sous l'une des formes multiples selon lesquelles elle se manifeste, plutôt sous l'une des formes dont on nous dit qu'elle se manifeste...
Tour à tour, c'est ainsi la « crise de l'euro », la « crise de la dette », la « crise des marchés », la « crise des agences de notation », la « crise des banques », la « crise de l'Europe », que sais-je encore...
Mais parler purement et simplement de « crise du capitalisme » est devenu interdit !
Et l'on comprend bien pourquoi ! Car s'il est bien vrai qu'il s'agit bel et bien d'une crise du capitalisme, qui plus est qui ne cesse de s'approfondir, et à laquelle personne ne comprend plus grand-chose, le questionnement prend tout de suite une tout autre ampleur.
C'est tout un contexte historique qui revient à la surface. Un contexte dont ceux qui nous dirigent, les représentants des principales forces politiques, croyaient bien en avoir terminé avec le siècle dernier, lui-même échu !
La crise du capitalisme, cela évoque bien évidemment les alternatives au capitalisme telles qu'elles se seraient exprimées, et telles qu'elles auraient échoué au 20ème siècle...
Le socialisme, le communisme, auraient ainsi échoué et, en conséquence, bien sûr, il ne saurait être question de les remettre à l'ordre du jour, en dépit des efforts de quelques nostalgiques...
Toutefois, il en est, mais il ne faut surtout pas en parler, qui viennent contrarier ces visées réjouissantes de tous les partisans, avoués ou non, du capitalisme...
Ceux-là font la preuve, eux, que socialisme et communisme n'ont pu échouer puisque socialisme et communisme n'ont jamais existé nulle part...
La preuve par Marx lui-même...
Nous en faisons à nouveau la démonstration avec les textes ci-dessous, extraits de « Travail salarié et Capital » et de « Salaire, prix et profit ».(Editions Sociales – 1969)
LA SUPPRESSION DU TRAVAIL SALARIE CAPITALISTE
C'est le titre de « l'Introduction au projet de programme pour le Parti ouvrier français de 1880 ». Ce texte est reproduit pour terminer l'exposé de Marx sur le rapport entre le travail salarié et le capital.
Cette introduction (sous forme de considérants) a été écrite par Marx...Engels considère que c'est « un chef d'oeuvre, comme j'en connais peu, de démonstration frappante qui éclaire en quelques mots les masses et dont la forme concrète m'a plongé moi-même dans l'étonnement. »
Voici cette introduction :
« Considérant,
Que l'émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe ni de races ;
Que les producteurs ne sauraient être libres qu'autant qu'ils seront en possession des moyens de production (terre, usines, navires, banques, crédits, etc.) ;
Qu'il n'y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir ;
-
La forme individuelle qui n'a jamais existé à l'état de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel ;
-
La forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la société capitaliste ;
Considérant :
Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l'action révolutionnaire de la classe productive – ou prolétariat – organisée en parti politique distinct ;
Qu'une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat, y compris le suffrage universel, transformé ainsi d'instrument de duperie qu'il a été jusqu'ici en un instrument d'émancipation ;
Les travailleurs socialistes français, en donnant pour but à leurs efforts l'expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production, ont décidé, comme moyens d'organisation et de lutte, d'entrer dans les élections avec les revendications suivantes. »
L'ABOLITION DEFINITIVE DU SALARIAT
Dans le même ouvrage, Marx lui-même conclut « Salaire, prix et profit » par les lignes suivantes :
« ...le développement même de l'industrie moderne doit nécessairement faire pencher toujours davantage la balance en faveur du capitaliste contre l'ouvrier et que, par conséquent la tendance générale de la production capitaliste n'est pas d'élever le niveau moyen des salaires mais de l'abaisser, c'est-à-dire de ramener, plus ou moins, la valeur du travail à sa limite la plus basse.
« Mais, telle étant la tendance des choses dans ce régime, est-ce à dire que la classe ouvrière doive renoncer à sa résistance contre les empiétements du capital et abandonner ses efforts pour arracher dans les occasions qui se présentent tout ce qui peut apporter quelque amélioration à sa situation ?
« Si elle le faisait, elle se ravalerait à n'être plus qu'une masse informe, écrasée, d'êtres faméliques pour lesquels il ne serait plus de salut...
« En même temps, et tout à fait en dehors de l'asservissement général qu'implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s'exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne.
« Ils ne doivent pas oublier qu'ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu'ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu'ils n'appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal.
« Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par ces escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du capital ou les variations du marché.
« Il faut qu'ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires pour la transformation économique de la société.
« Au lieu du mot d'ordre conservateur « Un salaire équitable pour une journée de travail équitable », ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d'ordre révolutionnaire : « Abolition du salariat. »...
« Je conclurai en proposant d'adopter la résolution suivante :
-
Une hausse générale du taux des salaires entraînerait une baisse générale des profits, mais ne toucherait pas en somme au prix des marchandises.
-
La tendance générale de la production capitaliste n'est pas d'élever le salaire normal moyen, mais de l'abaisser.
-
Les syndicats agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital. Ils manquent en partie leur but dès qu'ils font un emploi peu judicieux de leur puissance. Ils manquent entièrement leur but dès qu'ils se bornent à une guerre d'escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d'un levier pour l'émancipation définitive de la classe travailleuse, c'est-à-dire pour l'abolition définitive du salariat. »
LE PRODUIT TOUT ENTIER DU TRAVAIL
Toujours dans le même ouvrage, on trouve « Deux articles de Friedrich Engels. »
Le second article, intitulé « La loi du salaire », se conclut ainsi :
« Mais la loi du salaire n'est pas abolie par la lutte des syndicats. Au contraire, on ne fait justement alors que l'appliquer. Sans les moyens de résistance des syndicats, l'ouvrier ne touche même pas ce qui lui revient suivant les normes de la loi du salaire.
« Seule, la crainte des syndicats peut contraindre le capitaliste à accorder aux ouvriers la pleine valeur courante de la force de travail. Vous en exigez une preuve ? Alors, comparez les salaires qui sont consentis aux membres des grands syndicats avec ceux qui sont payés dans les innombrables petites entreprises de ce marais pestilentiel et terrifiant situé à l'est de Londres.
« Donc, les syndicats ne luttent pas contre la loi du salaire. Mais ce n'est pas le salaire élevé ou inférieur qui amène la dégradation de la classe ouvrière.
« Cette dégradation consiste dans le fait que la classe ouvrière, au lieu de recevoir le produit intégral de son travail, doit se contenter d'une partie de la partie qu'on appelle salaire.
« Le capitaliste empoche le produit tout entier parce qu'il est possesseur des moyens de travail et il s'en sert pour payer les salaires du travail.
« C'est pourquoi il n'y a pas d'émancipation possible de la classe ouvrière tant qu'elle ne sera pas en possession de tous les moyens de travail : terre, matières premières, machines, etc., et partant en possession du produit tout entier de son travail. »
NOUS NE PARTONS PAS DE RIEN
Bien évidemment, ces textes n'épuisent pas les apports de Marx et d'Engels s'agissant de l'importance, du caractère indispensable de l'abolition du salariat pour sortir du capitalisme. C'est ce que Marx appelait ailleurs une « tautologie », c'est-à-dire une évidence.
Tout aussi évidemment, les activités humaines continueront à être nécessaires pour produire ce dont les êtres humains auront besoin pour vivre, mais ce sont ces êtres humains qui en décideront eux-mêmes et ce ne dépendra plus alors de règles qui leur seront extérieures, celles du marché capitaliste par exemple.
On peut penser aussi que des formes de revenus seront encore nécessaires pour faciliter les échanges, tout en prenant en compte que les gratuités peuvent se développer.
Nous ne partons pas de rien s'agissant des réponses aux questionnements qui surgissent.
Dans certaines limites, le peuple français, par ses luttes, a pu faire avancer nombre de ses aspirations.
Je viens de parler des gratuités , il en existe déjà dans notre société, on peut certainement en faire grandir le nombre et les domaines concernés.
De même, il existe nombre de revenus qui ne sont pas strictement des salaires, même s'ils dépendent, de même que toutes les richesses produites par notre société, du travail et activités des membres de cette société.
Nous pouvons en citer quelques-uns : bourses et revenus étudiants, congés payés, congés-maladies, allocations familiales, allocations-logement, pensions et retraites, etc. Ce sont des revenus socialisés.
Nombre d'organisations militent, non sans échos, pour la création de revenus d'existence, sous différentes formes...
J'ai déjà eu l'occasion de dire qu'il existait déjà des éléments de communisme dans notre société, même si cela est aujourd'hui nécessairement limité puisque c'est le capitalisme qui est dominant.
N'empêche, je pense important de le montrer, de montrer que ce n'est pas impossible à réaliser puisqu'il en existe déjà des bases réelles.
Le montrer, ce n'est pas, je crois, effacer l'ampleur du changement révolutionnaire qui reste à accomplir pour que le peuple français, et d'autres partout dans le monde, puissent s'engager dans la voie de la construction d'une société communiste.
"Une communauté mondiale sans classes, sans discrimination, sans pays et sans Etat est réalisable depuis longtemps"
par Michel Peyret
UNION SOVIETIQUE LA REVOLUTION ECONOMIQUE N'A PAS ETE FAITE
Le véritable et indispensable débat aura-t-il enfin lieu ?
C'est la question que l'on se pose à la lecture de la plupart des textes de Mansoor Hekmat (1).
Dans une interview de 1992, intitulée : « Le marxisme et le monde actuel. », Mansoor Hekmat revient, entre autres, sur les raisons de l'écroulement du bloc soviétique.
Pour lui, ce sont les commentateurs bourgeois qui qualifient cet écroulement de « défaite du socialisme » et de « fin du communisme ».
NECESSITE DE REVOLUTIONNER L'ECONOMIE
Pour les marxistes, dit-il, la leçon principale de l'expérience soviétique, c'est qu'une révolution ouvrière est condamnée à échouer si elle ne remplit pas ses taches économiques, si elle n'opère pas un changement dans les bases économiques de la société... La révolution socialiste est indivisible et doit réussir dans sa totalité comme une révolution sociale.
« Mais, poursuivait-il, cette révolution dans les rapports économiques doit être une véritable révolution et non une réforme du système existant.
« Les bases de cette révolution sont l'abolition du salariat et la collectivisation des moyens de production et de distribution.
« Cela n'a jamais été fait en Union soviétique. »
Dans un débat plus global sur ces questionnements, qui serait indispensable, mais qui peine à s'établir, Mansoor Hekmat exposait des arguments forts, qui ne peuvent être ignorés.
Et il le fait avec ténacité et persévérance.
Déjà, dans un texte de 1986, « L'expérience de la révolution ouvrière en Union soviétique », que j'avais déjà évoqué (2), Mansoor Hekmat allait directement au coeur de ce qu'il considérait comme essentiel de ce point de vue.
CE QUI EST ESSENTIEL
« De nombreuses tendances néfastes, disait-il, sont observables en ce qui concerne les compromis passés avec les institutions de l'ancienne société, le développement de la bureaucratie, l'affaiblissement de la démocratie interne du parti, l'affaiblissement des pouvoirs des organes d'action directe des ouvriers, l'absence d'approfondissement des transformations politiques dans la vie juridique et culturelle de la société, etc.
« Mais ces erreurs, poursuivait-il, ne nous donnent pas les causes de la défaite, à savoir que la bataille décisive pour la transformation économique de la société n'a pas été engagée.
« Cela s'est joué dans les années 20.
« Si l'alternative prolétarienne en faveur de la propriété commune et l'abolition du salariat, c'est-à-dire l'alternative prolétarienne en matière de perspectives économiques pour la Russie, si cette alternative avait été retenue, avait prédominé, elle aurait privé ces erreurs des bases matérielles qui permettent leur survie, elles se seraient éteintes au cours du processus de transformation économique profond de la société, auraient été remplacées par de nouvelles méthodes et mécanismes correspondants à la nouvelle économie pour tout ce qui est des points décisifs ».
CE N'EST PAS LA DEFAITE DU COMMUNISME
Aussi, dans « Le marxisme et le monde actuel », texte déjà évoqué ci-dessus, Mansoor Hekmat montre-t-il que ce qui est advenu de l'Union soviétique n'est ni la défaite du socialisme, ni la fin du communisme, mais plutôt la défaite d'un type particulier du socialisme bourgeois et du modèle de capitalisme d'Etat sur lequel il était fondé.
« Pour nombre de ceux qui se disent communistes, dit-il, - en fait, la majorité – il a toujours été clair que l'Union soviétique n'était pas un pays socialiste, qu'elle était absolument étrangère à l'interprétation marxiste du communisme.
« Même certains penseurs bourgeois, certains soviétologues l'ont admis. Aujourd'hui, l'idéologie officielle bourgeoise insiste pour identifier de nouveau l'Union soviétique au marxisme et au communisme, sans prendre en compte ces études contradictoires. C'est une arme de propagande dans le combat contre le marxisme et le véritable communisme ouvrier » (3).
C'EST LA BOURGEOISIE QUI LE DIT
« Les tenants de cette idéologie bourgeoise officielle disent que le socialisme a été vaincu pour pouvoir le mettre en échec. Ils disent que le communisme est fini pour qu'ils puissent y mettre fin. Ce sont des cris de guerre de la bourgeoisie ; plus ils sont violents, plus ils confirment la vitalité du communisme comme une menace ouvrière potentielle pour la société bourgeoise ».
Mansoor Hekmar considère qu'il faudra du temps pour que cette campagne contre le communisme et contre le marxisme soit neutralisée. L'offensive de la bourgeoisie a mis la gauche sous pression. Le courant des « intellectuels réformistes » qui se réfèrent au marxisme s'est inversé.
« Il faudra, dit-il, que la classe ouvrière inflige de sacrés coups à la bourgeoisie pour que les intellectuels des classes moyennes considèrent de nouveau que le marxisme ajoute à leur crédibilité...Les nationalistes et les réformistes, les partisans de l'industrialisation dans le tiers-monde, les indépendantistes, les antimonopolistes, les minorités opprimées et autres tendances, se sont servis du marxisme pour exprimer leurs doléances.
« Hier, le marxisme était à la mode, alors ils étaient marxistes. Aujourd'hui c'est la démocratie qui est à la mode, alors ils se sont groupés autour de cette idée, en espérant réaliser les mêmes buts et les mêmes aspirations à travers la démocratie et le marché. »
UN ARGUMENT POUR LE COMMUNISME OUVRIER
Cependant, Mansoor Hekmat pense que c'est plutôt une bonne chose que cette évolution : cela facilite, à certains égards, la formation d'un communisme ouvrier, profondément marxiste.
Le marxisme, dit-il, si on le sépare de la multitude de stéréotypes véhiculés en son nom pendant plusieurs décennies, n'a pas besoin de révision...C'est la vision marxiste qui manque dans les problématiques de la société contemporaine et dans les changements décisifs que le monde actuel est en train de vivre.
« Se baser, poursuit-il, sur le marxisme comme vision du monde et comme théorie sociale ne signifie pas répéter ses principes généraux en les isolant des conditions sociales, mais participer aux combats théoriques de chaque époque en tant que marxistes, et mettre en avant l'analyse des problèmes nouveaux qui surgissent au cours du mouvement historique de la société et de la lutte des classes.
« Nous avons besoin, non pas de réviser la seule conception radicale de la société, mais bien de l'appliquer au monde contemporain et à ses problématiques. »
L'OPPOSITION DE LA PLANIFICATION ET DU MARCHE
Mansoor Hekmat confirme : le socialisme au sens où l'entendent les marxistes n'a été réalisé nulle part. A aucun moment, du point de vue du marxisme et de la classe ouvrière, le système économique en Union soviétique ne peut être qualifié de socialiste.
« L'économie soviétique, en tant que modèle réformé du capitalisme, n'a pas pu créer une structure plus favorable et plus efficace pour l'accumulation du capital et pour atténuer la contradiction interne du mode de production fondé sur le capital.
« La caractéristique principale de ce modèle, c'était de circonvenir le mécanisme du marché par un système administratif décrit comme « l'opposition de la planification et du marché ».
« Vous pouvez, dit-il alors, abolir le marché, mais à condition d'abolir toute la base économique du capitalisme, c'est-à-dire la force de travail comme marchandise, la valeur comme base de l'échange et de la distribution des marchandises entre individus et sections de la société, l'économie monétaire, etc ».
PLUTÔT UN TRANSFERT DES FONCTIONS DU MARCHE
« Mais, dit-il, préserver ces relations et, en même temps, contourner le marché comme le lieu dans lequel ces relations et ces catégories sont objectivées et reliées, sans perturber sérieusement le fonctionnement du capitalisme, n'est pas possible.
« C'est ce qui s'est produit en Union soviétique. Ce qui est arrivé n'est pas la substitution de la planification au marché mais, plutôt, un transfert des fonctions du marché à des institutions administratives. »
Mansoor Hekmat montre alors que le marché prend aujourd'hui sa revanche sur le système économique soviétique. La non-existence des crises, le chômage déguisé, le maintien des bas prix, l'industrie subventionnée...ont soudain laissé place à l'augmentation massive du chômage, à une inflation galopante et à des usines abandonnées...
AUJOURD'HUI LE MARCHE PREND SA REVANCHE
Ce qui apparaît, dit-il, c'est que durant tout ce temps, la logique du marché a fonctionné en négatif.
Le modèle soviétique a, dans un premier temps et du fait de son pouvoir idéologique et politique mobilisateur, prouvé son efficacité dans le développement initial de l'infrastructure industrielle et économique.
En particulier, tant que la croissance économique était essentiellement basée sur l'emploi croissant de la force de travail et sur la production de la plus-value absolue (les zones rurales fournissant la main d'oeuvre en quantité), les défauts de ce système n'étaient pas visibles.
Mais au-delà de cette première étape, et surtout une fois que la production de plus-value relative, par l'amélioration de la technique de production, devient dominante, une fois que les besoins sociaux (dans la production aussi bien que dans la consommation) se diversifient, une fois que la qualité des marchandises devient un déterminant important, le système révèle son défaut fatal.
CE N'ETAIT PAS UNE SOCIETE PLUS JUSTE
L'Union soviétique, poursuit Mansoor Hekmat, a été incapable de participer à la révolution technique des deux dernières décennies. Son modèle manquait de capacité à répondre aux besoins diversifiés d'une économie industrielle avancée.
Ainsi, du point de vue du capital, son modèle était inutilisable, et le modèle capitaliste occidental fondé sur le rôle central du marché était encore la seule alternative efficace et viable.
« Certains, dit-il, pourraient objecter que l'Union soviétique était une société plus juste, qu'il y avait plus de sécurité sociale et économique, et que l'écart entre les classes était plus restreint, etc.
« En tant que travailleurs communistes, nous avons notre propre alternative de justice économique. Nous avons l'intention de construire un système fondé sur cette justice économique, un système qui la reproduit continuellement et s'épanouit sur cette base.
« Ce n'est pas une consolation d'avoir connu, pendant quarante ans de soi-disant « justice », la pénurie perpétuelle, au prix d'un travail éreintant, pour ensuite se trouver plongé dans la pauvreté et le chômage, abandonné à la merci d'une réaction économique, politique et idéologique débridée.
NOUS NE VOULONS PAS DU PARTAGE DE LA MISERE
« Ensuite, nous considérons la croissance économique, le progrès technologique, le développement des capacités de production, l'élévation du niveau de consommation, le bien-être et les loisirs de la société humaine comme absolument vitaux.
« Notre solution n'est pas le partage de la misère.
« Evidemment, s'il y a une pénurie, tout le monde va la prendre en charge, mais le socialisme est une économie pour le développement des capacités humaines, une économie de l'accomplissement permanent de ses besoins matériels et intellectuels. »
Pour Mansoor Hekmat, un autre système économique, bien meilleur, est possible et l'était déjà depuis le début de ce siècle.
Si l'humanité, aujourd'hui, ne vit pas dans un régime socialiste, c'est bien parce que l'ancien système se défend, becs et ongles, par le meurtre et la torture, par la peur et le mensonge.
Des millions de gens, dit-il, se sont battus et se battent pour cet autre système depuis qu'il a été défini.
L'affirmation selon laquelle le capitalisme est le meilleur système est le plus grand mensonge dans l'histoire de l'humanité...
NE PLUS VENDRE SES CAPACITES PHYSIQUES, INTELLECTUELLES
« Par-dessus tout, ajoute-t-il, le fondement même de cette société, c'est l'ignoble manière dont la majorité doit vendre ses capacités physiques et intellectuelles à une minorité pour pouvoir vivre.
« C'est une société où la production des besoins essentiels des gens est liée à la rentabilité du capital.
« Voilà la base de toutes ces inégalités, de toutes ces privations.
« Le salariat, la division de la société entre travailleurs et capitalistes, entre salariés et patrons, la dégradation du travail d'activité productive et créative en un simple « job », un moyen de gagner sa vie, voilà le verdict de la banqueroute de ce système. »
UN AUTRE SYSTEME POUR L'ETRE HUMAIN
« Celui qui considère le système économique actuel comme le meilleur et le plus réaliste admet sa propre sauvagerie. La vérité c'est que, surtout depuis la critique marxienne du capitalisme, l'être humain a proclamé la nécessité et la possibilité d'un système économique et social supérieur, et a même tracé ses contours : une société fondée sur l'égalité et la liberté totale, une société fondée sur le travail collectif et créatif pour satisfaire les besoins humains, une société dans laquelle les moyens de production appartiennent collectivement au peuple.
« Une communauté mondiale sans classes, sans discrimination, sans pays et sans Etat est réalisable depuis longtemps. Le capitalisme lui-même a créé les conditions matérielles préalables d'une telle société.
Note1: présentation de Mansoor Hekmat : http://fr.wikipedia.org/wiki/Mansoor_Hekmat
Note2 : voir mon article : « Pourquoi n'a-t-on pas construit une société socialiste en Union soviétique », La Tribune de Michel Peyret, Rouge Midi.
Note3 : « Le marxisme et le monde actuel », 1992, La Bataille socialiste, traduction de Nicolas Dessaux.
Neo-marxismes, par Michel Peyret
16 septembre 2011
LES NEO-MARXISMES FERONT, COMME LES HOMMES, LEUR HISTOIRE !
« Cette revue est horriblement lacunaire », dit André Tosel de son travail, qui traite des « Devenirs du marxisme 1968-2005, qu'il met en ligne le 21 juillet 2010, et qu'il titre, ou sous-titre, : « De la fin du marxisme-léninisme aux mille marxismes . »
Nombre de ses lecteurs n'auront pas le même sentiment après avoir pris connaissance du vaste panorama qu'il déroule à la fois globalement, mais aussi dans chaque des principaux pays, et pour chaque philosophe marquant des pays considérés.
Dans le cadre réduit de cet article, il est tout à fait hors de question d'avoir les mêmes ambitions.
C'est donc davantage l'objectif de faire lire le propos de André Tosel que nous voudrions atteindre.
Il convient toutefois de préciser qu'il est nécessaire de ne pas en rester aux premières idées exposées, lesquelles pourraient apparaître principalement négatives si André Tosel y demeurait. Ce n'est pas le cas, et il a le souci de l'équilibre entre des tentations et des réalités évolutives contradictoires, et c'est toutefois l'espérance qui semble dominer.
LA FIN SANS GLOIRE DU COMMUNISME SOVIETIQUE
Pour André Tosel, en effet, « la fin sans gloire du communisme soviétique, la dissolution de l'URSS, la victoire de la démocratie libérale, et plus encore celle de l'économie-monde capitaliste semblent avoir marqué la fin du marxisme et mis un terme à toute possibilité de renouveau.
« La pensée hégémonique en matière politique, économique et sociale est le libéralisme (plus ou moins social, plus ou moins libériste).
« Derrière la défense, anti-totalitaire, des droits de l'homme, le marché s'est imposé comme l'institution décisive de la post-modernité.
« Les marxismes appartiendraient à un passé d'erreur et d'horreur.
« Tel est le credo de la « pensée unique », de cette conception du monde qui en inversant les espoirs de Gramsci est devenue le sens commun de l'intelligentsia, des milieux économiques et politiques, et qui est imposé comme la religion de l'individu par toute la puissance des moyens de communication.
« Il n'y aurait donc qu'à rédiger une rubrique nécrologique sur la mort enfin définitive de Marx et des marxismes et libérer la pensée pour affronter le « temps de la fin du grand récit de l'émancipation. »
LA VITALITE CONTRADICTOIRE DU NOYAU DUR DE L'OEUVRE DE MARX
« Mais, dit-il tout de suite, les chose ne sont pas si simples.
L'histoire des années 1968-1995 est extrêmement contrastée : si le marxisme-léninisme n'a cessé de s'enfoncer dans son irréversible crise et s'en est allé à sa fin, de grandes opérations de reconstruction théoriques ont témoigné de la vitalité contradictoire du noyau dur de l'oeuvre de Marx.
André Tosel montre que, entre 1968 et 1977, se développent les dernières tentatives de renouvellement de la théorie marxiste inscrites dans le sillage de la Troisième Internationale ou à ses marges...
L'oeuvre des grands hérétiques et philosophes communistes connaît un ultime et transitoire éclat, et il évoque György Lukàcs, Ernst Bloch, Antonio Gramsci en Italie et Louis Althusser en France.
« L'ombre portée de 1968, poursuit-il, a en effet mis à l'ordre du jour des perspectives de dépassement de la vieille orthodoxie et laissé même espérer une reprise d'une sortie à gauche du stalinisme, au moment où était posée la question d'un réformisme révolutionnaire centré sur la montée en puissance d'instances de démocratisation radicales.
« La concurrence de fait entre ces divers modèles de reconstruction de la théorie marxienne, tous nourris d'une relecture de Marx, tous contradictoires dans leur rapport à Hegel et à la dialectique (quel Hegel ? Quelle dialectique?), tous spécifiés par la grande hétérogénéité des références aux éléments de la tradition philosophique ou scientifique, tous divisés dans leur appréciation du libéralisme, cette concurrence donc...a constitué un moment de grande intensité que font semblant d'ignorer les fossoyeurs trop pressés de Marx... »
IL RESTE A EXPLIQUER CE QUI S'EST PASSE EN URSS
Pour André Tosel, il restait toujours en effet à expliquer ce qui s'était passé en URSS et ce qu'était réellement devenue la Révolution d'Octobre 1917, à expliquer pour quelles raisons, certes externes, mais aussi internes une oeuvre d'un radicalité critique peu commune, hétérodoxe, révolutionnaire, avait pu donner lieu à une dogmatique aussi sclérosée que le marxisme-léninisme, avec ses lois de l'histoire et sa poignée de catégories « dialectiques », propice à toutes les manipulations, pauvre idéologie de légitimation d'une politique inconsciente de sa propre nature, scellant l'union d'une philosophie redevenue science des sciences et d'un parti-Etat total.
Il prend en compte l'incapacité du communisme soviétique à se réformer dans le sens démocratique, son déficit en matière de droits de l'homme et du citoyen, son inefficacité économique à satisfaire des besoins dont il reconnaissait la légitimité, qui le rendirent incapable d'affronter l'impitoyable guerre de position qui n'avait cessé de lui être imposée depuis sa fondation.
MARX DELEGITIME
« L'argument du goulag, constate-t-il, devint universel et délégitima en bloc Marx, les reconstructions des hérétiques marxistes, les soumettant au même mouvement d'infamie.
« Une grande partie de l'intelligentsia marxiste qui s'était complu dans la rumination de la thèse de Jean-Paul Sartre - « le marxisme est indépassable tant que le moment historique dont il est l'expression n'a pu être dépassé » - estima advenu le temps du dépassement et de la sortie hors de l'imposture du siècle....
« L'auto-liquidation du plus grand parti communiste d'Europe, l'italien, qui abandonna les velléités de l'eurocommunisme pour rejoindre l'eurogauche et prendre le nom de parti démocratique de la gauche, la crise généralisée de stratégie des partis communistes occidentaux qui couvrait d'un fondamentalisme marxiste leur ralliement à des positions classiquement socio-démocrates, elles-mêmes abandonnées par les partis homonymes devenus tendanciellement des partis démocrates à l'américaine, tout ceci est l'équivalent européen de l'implosion de l'URSS après la chute du mur de Berlin en 1989.
ET POURTANT...CE N'EST PAS LA FIN DE L'HISTOIRE
« Et pourtant, constate André Tosel, sous cet effacement spectaculaire une libre et plurielle recherche marxiste se maintenait.
« Elle avait perdu toutefois un de ses traits jusqu'ici majeur, sa liaison à des forces politiques identifiables et à des acteurs sociaux (aussi compacts que le mouvement ouvrier), que la modernisation capitaliste décomposait violemment.
« La disparition de l'intellectuel de parti, l'évanouissement de la figure de l'intellectuel conscience politique devant l'émergence de la figure de l'intellectuel expert, élément du cerveau capitaliste et de ses appareils diffus, ne constituait pas un épisode de la fin de l'histoire appelée à se contempler dans le mariage enfin accompli de la démocratie libérale représentative et du marché-roi.
« Marx continuait à faire l'objet des lectures topiques et à se constituer en moment de tentatives de renouvellement visant à une théorie critique à hauteur d'époque, différentes des opérations de reconstruction issues des grands hérétiques du communisme de la période antérieure.
« Plutôt qu'à une fin du marxisme on assista à la floraison dispersée et surtout pratiquement impuissante de mille marxismes comme le dit joliment l'historien de l'économie-monde Immanuel Wallerstein (1995).
LES CROQUE-MORTS DU MARXISME DEJOUES
Le problème, considère André Tosel, est plutôt d'évaluer adéquatement cette situation qui déjoue les espoirs des croque-morts du marxisme.
Il poursuit en montrant que la cause immédiate de cette paradoxale émergence de mille marxismes n'a pourtant rien de mystérieux.
Elle tient, dit-il, à la fois à la dynamique du capitalisme mondial et à l'apparition de ses nouvelles contradictions, d'une part, et, de l'autre, au statut singulier de la pensée de Marx lui-même.
Le destin ce cette pensée qui est devenue monde (pour reprendre, dit-il, une formule de Henri Lefebvre) n'est comparable à celui d'aucune autre philosophie.
Elle a connu en cent années un développement qui l'a étendue au genre humain, et elle a fini avant sa dernière crise, sous la forme léniniste, par inspirer un tiers de l'humanité.
Si les espoirs d'émancipation qu'elle a soulevés ont été aussi démesurés qu'incommensurables les désillusions par l'échec terrible et terrifiant de la révolution bolchevique, et si par ailleurs on ne peut confondre Marx avec Lénine, Lénine avec Staline, et ce dernier avec Mao Ze Dong, il demeure un énorme bloc d'idées commun à ces marxismes et à leurs aberrations, l'idée qu'il est possible de mettre fin à la domination et à l'exploitation qui collent au mode de production capitaliste comme une tunique de Nessus, l'idée que l'être social capitaliste est exposable en son immanence même, en ses formes économiques, politiques, sociales, culturelles, à une critique qui ne finira qu'avec lui.
UN ENORME BLOC D'IDEES COMMUN
Ce bloc d'idées, poursuit Tosel, qui est aussi bloc de pratiques dérivées de Marx, s'est développé au sein d'extraordinaires oppositions internes dans ces marxismes en donnant naissance à des orthodoxies contradictoires (Kautsky/Lénine, Staline/hérésies marxistes reconstructrices, Tito/Mao, etc...)
Ce développement a toujours été discontinu, comme a été fragmentaire le rapport à Marx dont l'oeuvre inachevée n'a été connue que de manière fragmentaire : chaque génération a dû trouver son Marx propre (pour paraphraser un titre célèbre d'un article du jeune Gransci), et a dû aussi exploiter un corpus métamorphique (que l'on songe au fait que les livres II et III du Capital n'ont été disponibles qu'à la fin du 19ème siècle, que les « Manuscrits économico-philosophiques » de 1844 et « L'Idéologie allemande » n'ont été accessibles qu'à la fin des années trente, et que les grands textes des années 1858-1863, « Grundisse » inclus, n'ont été réellement exploitables et exploités qu'après 1945).
UN DEVELOPPEMENT DISCONTINU
« Ce régime de développement discontinu, considère alors André Tosel, et de crise récurrente est donc la norme de fait de la vie d'une pensée qui a simultanément modifié le monde historico-social.
« Rien n'empêcherait alors de formuler l'hypothèse que la crise profonde qui affecte l'intérieur du marxisme est le mode même d'existence et de résurrection du phénix marxiste ;
« Si son extension mondiale jusqu'à 1991, date de la fin de l'URSS, semble le rapprocher d'une religion séculière, avec ses orthodoxies et ses hérésies, avec son ineffaçable divorce entre promesses utopiques et apories de la réalisation, il demeure que le marxisme a été davantage et autrement international que les plus universelles des religions.
« Il est né des limites, contradictions, insuffisances de l'ordre libéral, cette autre religion séculière.
Or cet ordre libéral en sa forme néo-libérale pourrait n'avoir obtenu qu'une victoire à la Pyrrhus en 1991 » .
UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS DE L'ORDRE LIBERAL
Certes, dit André Tosel, cette date marque bien la fin d'un cycle historique commencé en 1848 avec l'émergence de la question sociale et de la question nationale.
Le marxisme de la III ème Internationale ne s'est pas brisé seulement sur son déficit démocratique qui a annulé la perspective d'une issue révolutionnaire à la question sociale et d'un dépassement de la crise du libéralisme.
Il s'est brisé simultanément sur son déficit internationaliste, en raison de son incapacité à traiter la question nationale du XX ème siècle dans la perspective de l'économie-monde.
Mais il apparaît toujours mieux que la victoire du capitalisme mondialisé et rationalisé, sanctionnée et préparée théoriquement par l'hégémonie du libéralisme, débouche sur une crise historique nouvelle, inédite de ce nouvel ordre libéral.
UNE CRISE HISTORIQUE NOUVELLE...ET LES MILLE MARXISMES
Selon André Tosel, l'économie-monde est confrontée à la mondialisation d'une nouvelle question sociale qui signifie aussi désémancipation de masse et prolétarisation dans les centres capitalistes et aggravation (certes différenciée) des conditions de vie de multitudes, le tout accompagné d'un fabuleux transfert de la richesse sociale au profit de ce qu'il faut bien appeler une classe dirigeante de plus en plus concentrée et divisée par l'impitoyable guerre économique que ses fractions se livrent.
Cette même économie-monde est en même temps confrontée à l'exacerbation des diverses questions nationales racisées souvent en questions ethniques, et enracinées dans la gestion transnationale de la force internationale de travail et dans la différenciation contradictoire du marché.
L'affirmation contemporaine ambiguë des mille marxismes serait ainsi le signe précurseur de la crise commençante et inédite du nouvel ordre libéral et de ses pensées...
En tout cas, affirme-t-il, une chose est certaine : la période qui commence après 1991 n'est pas celle de la fin du marxisme, elle est celle de la fin du marxisme-léninisme comme orthodoxie une et dominante, et, à un autre titre celle des grandes hérésies marxistes dans la mesure où celles-ci étaient secrètement hantées par l'espoir d'un marxisme un et vrai.
L'ENORME POTENTIEL DE LA PENSEE DE MARX
Aussi, poursuit-il, face à la crise qui menace le nouvel ordre libéral au moment de son apparent triomphe à la fois sur le communisme soviétique et sur tous les mouvements (mouvement ouvrier et mouvement de libération nationale et anticoloniale, tous deux durablement intégrés), la pensée de Marx conserve un potentiel énorme de critique dans lequel pourront puiser les mille marxismes.
Car, dit-il, tant que le capitalisme domine il exige une critique, imposée par sa propre autocritique en ses formes de vie, et le marxisme pourra être sollicité, transformé, reconstruit, réélaboré, et cela dans et par l'abandon sans nostalgie des anciennes certitudes ( sur le sort final du capitalisme, sur les formes univoques des luttes de classes anciennes, sur les mérites comparés du plan et du marché, sur les modes de démocratie exigés par une transition, sur le sens même de cette transition, sur la place et le contenu d'un travail libéré de l'exploitation).
Ces mille marxismes, séparés de la pratique politique des anciens partis communistes, à la recherche d'un nouveau lien problématique de la théorie et de la pratique, constituent la forme fragile de la continuité brisée et discontinue de la tradition marxiste.
Ils sont exposés au retour en force en leur propre sein à un moment ou à un autre de leur élaboration d'un fondamentalisme marxiste, comme le dit bien encore Eric J. Hobsbawm, névrotiquement fixé sur le rabâchage de quelques points identifiés au noyau dur de la théorie (importance générique de la lutte de classes non-analysée en ses formes actuelles et déplacées, dénonciation de l'exploitation des travailleurs dans l'ignorance des débats portant sur la centralité d'un travail devenant non-central, condamnation sans nuance de ce qu'est supposé être réformisme et révisionnisme, mépris des nécessaires rectifications, réélaborations, maximalisme abstrait, etc...)
LES HOMMES FERONT LEUR HISTOIRE...ET LEUR MARXISME
« Il sera difficile, dit André Tosel, de penser l'unité d'un capitalisme reproduit en son mécanisme d'exploitation et transformé en ses composantes et ses pratiques.
« Il sera difficile de reformer le lien entre l'analyse de ce capitalisme et une politique de transformation profondes et toujours déterminées, de reformuler l'espérance d'une société meilleure sans la recouvrir de l'illusion de réaliser enfin la société parfaite, de donner à l'eschatologie inévitable de la forme réduite certes mais d'autant plus militante d'une lutte opiniâtre et toujours déterminée.
« Il sera encore plus difficile de produire des modèles intégrant autocritique de l'expérience historique cautionnée par les marxistes passés et critique des formes du capitalisme mondialisé.
« Mais la crise ouverte du libéralisme est le fondement objectif de ces mille marxismes.
« A elle seule cette crise ne donne aucune garantie de succès d'un dépassement simultané des anciens marxismes (et des éléments de Marx obsolètes) et du libéralisme.
« Mais cette tâche est ouverte et elle sera aussi une histoire que les néo-marxismes feront comme les hommes leur histoire : elle se fera en des conditions déterminées, et sous des formes imprévues... »
Michel Peyret
De la Constitution, de l'élection présidentielle, du communisme et de la "gauche", le point de vue de Michel Peyret
« TUER » LA CONSTITUTION, CE N'EST PAS LA FAIRE VIVRE !
« Tuer la Constitution », c'est le titre d'un article que j'ai écrit il y a peu et que les lecteurs qui le désirent pourront retrouver facilement.
UNE EVIDENCE
Mon titre d'aujourd'hui m'apparaît être une évidence !
Mais il est des évidences qu'il convient de mettre en évidence si l'on veut qu'elles deviennent effectivement des évidences, pédagogie oblige.
A l'évidence également, certains qui se pensent communistes, quoique de « gauche » (1), ont choisi de faire vivre cette constitution, notamment en présentant, ou en soumettant l'idée que les communistes (de « gauche ») (1) devraient soutenir, et donc présenter un candidat lors des prochaines élections présidentielles.
Il y a quelques années, j'aurais certainement pensé et agi comme eux.
Mais les situations évoluent, les réalités changent, il est de première importance de prendre en compte ces mouvements si l'on ne veut pas être en décalage avec eux.
EN 1958 ET 1962, AVEC LE PCF, J'AI DIT NON
Pour ma part, je n'ai jamais cessé de me rappeler qu'en 1958 et 1962, j'ai voté contre, avec le PCF de l'époque, contre l'essentiel du contenu de la Constitution de la 5ème République, et notamment contre l'élection du Président de la République au suffrage universel.
Avec cette Constitution, il s'agissait d'en finir avec les Constitutions issues de la Résistance et de la Libération.
Ces institutions étaient jugées alors par la classe capitaliste, demeurée dominante et qui avait repris du « poil de la bête », comme un obstacle au déploiement libre et entier d'une politique totalement au service de cette classe, alors qu'elle avait dû quelque peu « partager » le pouvoir an lendemain de la Libération.
Les entreprises capitalistes voulaient avoir les mains totalement libres, il leur fallait donc une Constitution qui leur permette d'organiser l'Etat et la politique qu'il conduirait à leur guise.
C'est ce qu'elles firent sous la houlette et l'autorité du Général de Gaulle, et ils en firent approuver les principes essentiels avec l'appui indispensable des plus importantes forces politiques de droite et de « gauche » (1), le PCF ayant pour sa part appelé à dire NON lors des référendums de 1958 et de 1962.
« GAUCHE » ET COMMUNISME, CE N'EST PAS LA MEME CHOSE
Est-ce à cette époque, ou un peu plus tard, que j'ai commencé à ne pas confondre « gauche » et communisme.
En fait, j'avais appris de mes lectures, et aussi de l'observation de la réalité, que les confondre pouvait conduire à de graves mécomptes.
En fait, depuis 1920 et la constitution d'un PCF qui s'affirmait révolutionnaire, la « gauche », comme la « droite » d'ailleurs, étaient devenues violemment anticommunistes, violemment opposées aux politiques inspirées par la IIIème Internationale, préférant conduire des politiques conformes aux intérêts capitalistes.
Il n'est que de feuilleter les oeuvres de Maurice Thorez, en tant que documents historiques, pour prendre conscience que c'est avec la « gauche », et notamment avec le « Cartel des gauches », auquel le PCF n'a jamais appartenu, que le PCF avait l'essentiel de ses démêlés, lesquels perdurèrent jusqu'à la période dite de « Front Populaire », et atteignirent toutefois leur point culminant avec le décret d'avril 1940 du socialiste Sérol, lequel permettait la condamnation à mort des communistes. (2). Les nazis n'allaient pas tarder à prendre la relève !
LA GENERALISATION DU CONCEPT DE « GAUCHE »
Manifestement, avec l'arrivée du pouvoir gaulliste en 1958, les débats perdurèrent, et pas seulement à propos de la Constitution, malgré les efforts des communistes qui, avec Waldeck Rochet, lancèrent l'idée de « programme commun ».
Et c'est certainement de cette époque, qui vit l'utilisation du concept de « gauche » se généraliser, que date l'habitude que je pris de dire que je n'étais pas de « gauche » mais communiste.
Cette distinction me fut par la suite très utile pour commencer à comprendre l'origine des difficultés que rencontre le PCF, notamment à partir du moment où, après l'élection de Mitterrand en 1981, des ministres communistes participèrent aux différents gouvernements sous direction socialiste, et donc de « gauche ».
En fait, alors que le PCF recueillait plus de 20% des suffrages avant 1981, Georges Marchais n'en recueillait plus que 15% à cette date, et le PCF se retrouvait autour de 10% à la veille de la chute du mur de Berlin.
LE CAPITALISME DISPARAIT
De fait, avec la généralisation de l'emploi du concept de « gauche », et, corrélativement, celui de « droite », c'était tout un fondement politique de classe qui disparaissait : la « gauche » prétendait combattre la « droite », le capitalisme avait disparu en tant qu'ennemi des travailleurs, de même que les différences entre réformistes et révolutionnaires.
Les conditions se créaient pour aller, comme aux Etats-Unis, vers deux grandes forces politiques dont aucune ne remet en cause l'existence du capitalisme, même si des nuances peuvent apparaître sur tel ou tel aspect de la politique menée.
Le tour était joué ! Le capitalisme et son Etat pouvaient conduire leur politique qui n'était plus alors remise en cause dans son fondement essentiel : à savoir l'existence même du système capitaliste et de son exploitation-aliénation des travailleurs.
HEUREUSEMENT, LE PEUPLE ETAIT LA !
Heureusement, il y avait le peuple français !
Et il n'allait pas tarder à s'affranchir du poids de la « pédagogie du renoncement » qu'avait patiemment distillée Mitterrand pour faire oublier qu'il avait préconisé la « rupture avec le capitalisme » !
Le premier signal de ce retournement fut sans doute, en 1992, le résultat du référendum sur le Traité de Maastricht où, à la surprise générale, le résultat est proche des 50/50, alors que l'essentiel des forces politiques, à l'exception du PCF, appelait à voter OUI.
Puis ce fut le vaste mouvement social de 1995 et, dans la foulée, l'arrivée du gouvernement Jospin (Gayssot, MGB) en 1997 et la sanction sévère de son action en 2002, sanction partagée alors par Robert Hue.
LA VICTOIRE DE 2005
Le mouvement populaire poursuit son offensive en 2005, et, lors du référendum sur le TCE, il emporte alors la victoire !
Il convient de le dire et redire, et avec force : en 2005, avec le référendum et ses résultats, le peuple français a gagné, et sa victoire est aussi celle de tous les peuples européens.
Avec cette victoire, c'est non seulement le TCE qui est récusé, mais l'ensemble des traités européens qu'il reprend, y compris le Traité constitutif de Rome.
C'est toute la construction européenne qui est récusée, puisque il suffisait qu'un seul pays le décide pour que ce devienne réalité !
LE COUP D'ETAT
Alors ? Alors, il ne fallait pas moins d'un coup d'Etat pour voler cette victoire au peuple français et aux peuples européens !
Lequel peuple français n'est en effet jamais revenu sur sa décision, laquelle est donc toujours valable, et la seule valable légalement !
C'est ce que dit avec force la constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet, et que personne n'a jamais contredit à ma connaissance !
C'est elle qui dit que le Président de la République, en ne respectant pas le verdict du peuple français, s'est rendu coupable d'un double coup d'Etat, et qu'il est en conséquence passible de la Haute Cour de Justice !
Tout le monde mesure la gravité de l'accusation !
LA CAUTION DES FORCES POLITIQUES
Le scandale, parce qu'il y a un scandale, c'est que personne, à part quelques gaullistes historiques, n'en parle, et notamment les principales forces politiques françaises toujours muettes sur le sujet !
Et non seulement elles n'en parlent pas mais elles vont cautionner les différentes étapes du coup d'Etat, en particulier en mandatant leurs députés et sénateurs pour aller débattre à Versailles du Traité de Lisbonne, lequel ne constitue en fait que la reprise du TCE récusé par le peuple français !
LES PRESIDENTIELLES DE 2007
Entre-temps ont eu lieu les élections présidentielles
Elles ont participé également du sabotage de la victoire de 2005.
Alors qu'avec les résultats de 2005 une perspective réelle existait de faire vivre une alternance anticapitaliste, tout a été mis en oeuvre pour qu'elle ne puisse voir le jour !
Et, effectivement, elle n'a pas vu le jour !
La candidate Marie-George Buffet sera, avec 1,8% des suffrages exprimés, particulièrement sanctionnée pour le rôle qu'elle a joué dans cet échec.
Pour ma part, c'est à l'automne 2006, qu'indigné parce que conscient de ce qui se trame contre le peuple, et que ne pouvant cautionner, je donne ma démission du PCF dont j'avais été membre pendant 53 années !
LE PEUPLE PERSEVERE
Les élections présidentielles passées, le peuple français va reprendre et trouver de nouvelles formes pour sa lutte anticapitaliste.
C'est notamment le cas avec les dernières élections au Parlement européen où il boycotte le scrutin à hauteur de 60% des électeurs inscrits à l'unisson d'ailleurs avec la quasi-totalité des peuples européens.
C'est encore le cas aux élections aux élections cantonales qui suivent où le boycott est particulièrement important dans les quartiers populaires où le PCF trouvait auparavant l'essentiel de sa force.
Et à l'automne 2010, c'est le très conséquent mouvement pour le retrait du projet présidentiel relatif aux retraites, mouvement qui a le soutien de 70% de l'opinion française.
POUR 72%, LE CAPITALISME EST NEGATIF
Au fond, ces faits, car se sont des réalités, illustrent et concrétisent les résultats d'une enquête TNS-SOFRES d'octobre 2009, qui met en évidence – entre autres réponses et données fournies par les salariés avec lesquels les enquêteurs se sont entretenus – que 72% des salariés (de France) considèrent le capitalisme comme négatif, et il serait étrange que ce pourcentage ait diminué avec l'approfondissement de la crise du capitalisme.
J'attire de nouveau l'attention sur l'importance de ces 72% qui ressentent le capitalisme négativement : à ma connaissance, c'est la première fois au monde qu'un peuple porte un tel jugement sur le capitalisme !
C'est en conséquence un fait hautement significatif de la situation politique nationale !
LE PEUPLE SANS LES FORCES POLITIQUES
Et cette donnée est d'autant plus remarquable qu'il n'y a aucune force politique organisée qui ait une prise de position aussi conséquente sur le capitalisme, toutes ayant plus ou moins participé à sa gestion à différents niveaux de la société ces dernières années, en donnant pour l'essentiel satisfaction au capital.
Voilà donc qui illustre parfaitement la constatation que faisait Marx en son temps, à savoir que ce sont les masses qui font l'histoire, ou bien que l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes.
EN 1789, NI PARTI NI ELECTION
Aussi, on le voit bien au travers de ce rapide récapitulatif, ces travailleurs n'attendent pas que quelqu'un prenne des décisions à leur place, puisqu'aussi bien ces décisions ne sont pas venues, ni escomptent un résultat quelconque d'une quelconque élection puisqu'aussi bien c'est le boycott qui est largement majoritaire ces derniers temps.
Il y a d'ailleurs des précédents dans l'histoire de France, et pas des moindres !
En 1789 par exemple, il n'y avait ni parti ni élection, et pourtant le peuple français, souverain avant la lettre, a su se réunir dans les paroisses pour établir les Cahiers de doléances et désigner les délégués qui les porteraient aux Etats Généraux. La suite est bien connue...
DES COMMUNISTES MAITRES DE LEUR ORGANISATION
Sans doute une organisation communiste peut-elle contribuer à ce que le peuple prenne ainsi la parole et décide de ce qu'il a à faire.
Dans cet esprit, les communistes qui veulent rester communistes, et non devenir de « gauche », c'est-à-dire gestionnaires du capitalisme, doivent eux-mêmes se réunir et décider de l'organisation qu'ils veulent se donner.
On voit mal qui prétendrait le faire à leur place !
Les communistes doivent donc être, et demeurer, à tous les niveaux, à tous les moments, les maîtres de l'organisation dont ils doivent décider. Les moyens techniques existent aujourd'hui pour faire vivre cette exigence, nous ne sommes plus au temps où Marx considérait les chemins de fer comme un progrès considérable pour l'existence d'une telle organisation.
C'est dans cet esprit qu'a été avancée l'idée d'Assises du communisme par un certain nombre d'entre-nous (voir mon article à ce sujet dans ma « Tribune » de « Rouge Midi »).
Michel Peyret
19 septembre 2011
Note1 : les guillemets sont de Maurice Thorez, voir ses oeuvres..
Note2 : Albert Sérol a été député socialiste, puis Ministre du Travail (gouvernement Léon Blum) et enfin Ministre de la Justice dans le gouvernement Paul Reynaud. Il signe en avril 1940 comme garde des sceaux le décret Sérol qui étend la condamnation à mort à tout français qui aura participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ; Le décret du 12 avril 1940 visait plus particulièrement les communistes, dont le parti avait déjà été dissous par le décret-loi du 26 septembre 1939 et dont les élus avaient été déchus de leurs mandats par la loi du 20 janvier 1940, nombre de députés condamnés à mort ou embastillés.
Note de Alaindependant: Je rappelle que je me suis à plusieurs reprises (voir notamment http://alainindependant.canalblog.com/archives/2010/02/22/15722833.html) prononcé sur ce blogue non pour la constitution d'un nouveau parti mais pour un rassemblement plus vaste, plus démocratique, plus décentralisé, pour le socialisme (front, fédération, mouvement, coordination, réseau...?) au sein duquel le courant communiste dans sa propre originalité organisée a évidemment son rôle. Qui n'est pas un rôle d'avant-garde ou de direction, mais d'éveil, de conscientisation, d'éducation. Mais rôle que personne ne peut tenir à sa place, et qu'il doit donc tenir faute de quoi il manquera quelque chose d'essentiel au rassemblement.

