16 février 2012

L'autre est un inconditionnel

La beauté ou la laideur, la santé ou la maladie, la richesse ou l’indigence ou tout bonnement, avoir ou ne pas avoir les lèvres ou le cheveu…qui va avec l’air du temps, les moyens qui mettent à la page ou qui immergent dans les normes, c’est autant d’épreuves.

A chacun ses épines. Par patrimoine génétique, situation familiale ou professionnelle ou par le lieu et l’époque ou simplement par les conjonctures. A chacun de transcender des situations délicates pour « être humain » par idéal religieux, spirituel ou humain. Qu’importe. Puisqu’en fin de compte, ces idéaux se rencontrent.

Quand l’essentiel c’est d’aller de l’avant dans la quête pratique d’un mieux pour tous, les mêmes cimes attendent les uns et les autres. Car alors, ni la beauté ni la laideur, ni la santé ni la maladie, ni la richesse ni l’indigence,…n’auront de sens en soi.

Au service de leur part humaine, de leur portion de lumière, les hommes seront heureux de leur harmonie avec le monde. Le manque et l’avoir ne seront plus une honte ou un faire-valoir. Mais des états complémentaires et transitoires.

Le bonheur sera à la mesure de la contribution à la vie. L’émulation ne sera plus  une course effrénée pour posséder plus. Elle consistera à se surpasser pour le bon bien. Le bien-être individuel  suivra en retour. Car la vie rend incommensurablement.

Non pas tant parce que l’espoir habite les cœurs et que le fait de positiver fasse prendre aux choses un autre cours. Même si cela est la meilleure attitude qui soit face aux aléas.

Ni même que ceux qui donnent attendent un juste retour. Ce qui est très légitime, quoiqu’il ne soit pas évident qu’ils puissent impérativement susciter la gratitude des autres.

Mais plutôt parce que si le gène de l’empathie se transmet, il se cultive  également par l’éducation, qui peut tout aussi bien le transmuer.

Aussi, ce n’est ni forcer la nature humaine, ni contrarier les intérêts des individus que d’éduquer au respect et au don. Bien au contraire, du bien qu’il fait, l’homme est le premier récepteur. Comme du mal, d’ailleurs.

C’est qu’en deçà de leurs  différences, les hommes sont frères, en raison justement de leur humanité. Tout comme  du reste, cette même humanité les lie à ce qui les entoure. C’est pourquoi, ils ont l’obligation de s’aider et d’avoir de la mansuétude pour le monde.  

Une contrainte, certes. Mais c’est la seule qui puisse alimenter les sources miraculeuses de la vie: l’homme n’est aidé qu’à condition qu’il aide.

Toutes les religions le proclament. Donner un sens à la vie, et partant, humaniser les liens filiaux, les rapports sociaux et la relation au monde, est leur objectif premier.

La dernière d’entre elles, l’Islam, va plus loin : « nul ne peut prétendre à la foi, tant qu’il n’aura pas aimé pour autrui ce qu’il aime pour lui-même », disait le Prophète.  Et avant Lui, le Christ répétait à qui voulait l’entendre : aide-toi, Dieu t’aidera.

L’autre est un inconditionnel. C’est en fonction de la qualité du rapport à l’autre que se décline la tonalité de la relation de bas vers le Haut et que se colore celle du Haut vers le bas.

C’est ce qu’enseignent les religions. Ce qu’au fond de son cœur tout un chacun sait quand il ne désespère pas, déçu par le cours malheureux des choses. C’est ce que l’école devrait intégrer à son fonctionnement et à ses objectifs.
                                                                                               
Djouher Khater
Janvier 2012 / Charleroi

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11 février 2012

L’Œil de la conscience

     Bien avant les considérations attenantes à l’autre, bien avant qu’il revienne de ses déboires et réagisse, il y a ce devant quoi nul ne peut s’enfuir : l’Œil de la conscience.
     Car si on peut échapper à la justice, au tribunal des hommes, on ne peut échapper à soi-même, à l’œil de sa propre conscience. Si ce n’est dans l’illusion.
     Aussi, à moins d’être  psychopathe, c’est se miner de l’intérieur que de vouloir détruire autrui et se donner les moyens de le faire. C’est préparer le lit de sa propre mort, aux sens propre et figuré. Puisqu’au fur et à mesure on noircit, comme la page sur laquelle on écrit, alors qu’écrire est un besoin sans fin. Comme l’histoire.
     Car il ne suffit pas de bouleverser les équilibres de la vie pour se l’accaparer. Si ce n’est dans l’immédiat. Si ce n’est dans l’illusion. Détruire l’adversaire vrai ou supposé ne garantit pas l’avenir. Autrui, comme le sphinx renait toujours de ses cendres.    
     C’est une dérision que de vouloir se substituer à la Volonté Toute-puissante : une pure illusion de puissance née du pire des faux calculs. Dont le revers est loin d’être aussi brillant qu’il ne donne à paraitre.  
     Car cette Volonté s’interpose toujours pour faire barrage et déjouer les échaffaudages les plus nuisiblement ingénieux. En attendant ils n’ont rien à perdre, mais rira bien qui rira le dernier. Quand La Main imperceptiblement présente viendra faire tanguer le château de cartes. Avant qu’il ne s’effondre.
     Par la grâce de cette Main, fil invisible qui fait obstruction à...certains  s’en sont sortis.  D’autres  gardent l’espoir pour les avoir vus s’accrocher.  Dans la dignité.   

Charleroi le 19/01/2012


Djouher Khater

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08 février 2012

Une vie de sans-papier, par Djouher Khater

     Dans la société, le sans-papiers est un étranger au milieu des autres. Très souvent, infréquentable. Sauf pour ses compatriotes. Car handicapé par les stéréotypes et la langue. S’il est l’autre pour les autochtones, pour lui-même qui se situe dans l’entre-deux, il n’est plus tout à fait de là-bas, et non plus d’ici. Dans l’attente d’une régularisation,  il vit …Dans le noir d’une vie suspendue. Il attend, les jours passants, une clé pour la survie dans la dignité.
     Chassé de son pays par la misère ou l’insécurité, il a bourlingué sur la portion de terre où il a échoué avec pour seule arme l’espoir. Pour survivre, il a tout fait. Il a travaillé là où il a pu sans rechigner, répondant toujours présent au boulot le plus ingrat et en a redemandé. Dans le froid comme dans la nuit noire. Il a travaillé pour un salaire qui ne suffisait jamais. Il devait survivre, il a trimé.
     Malgré la défiance, malgré le mépris, il s’est mêlé de cœur à ceux qui l’ont accueilli ; il a partagé leur sel (c’est à dire, mangé avec eux, ce qui dans sa culture est un gage de fraternité) il a parlé leurs langues, il a aimé leurs cuisines et apprécié leurs cultures. C’était si difficile, mais il lui fallait s’intégrer. Malgré tout, il est resté un étranger, un homme sans identité sur cette terre étrangère où depuis si longtemps, il a échoué. Aux yeux des autres et au fond de lui. Et s’il souffre de sa condition, il souffre de séparation.
     C’est que pour lui, comme pour la grande majorité des hommes, c’est dans son pays, dans son climat et sa culture, parmi les siens, que l’on s’épanouit. Un peu ou beaucoup. Peu importe. Mais il a dû regarder ailleurs et  dans un dernier sursaut,  s’arrachant à ce qui le retenait, il a pris le large sans tourner le dos, car dans sa terre natale, il se mourait.
     Et voilà que le fruit de la séparation est une désagrégation qui l’a conduit dans le mur ; son cauchemar a été si long, qu’il ne se souvient plus du temps. Livré à lui-même, il ne s’en est pas sorti, mais il a rigoureusement respecté les normes de la morale et du droit de ces lieux-ci. Par respect pour lui-même, malgré l’image renversée que lui renvoi  le miroir résolu à l’humilier. Et par respect pour ce pays où il quête à ce jour une miette de dignité.
     Cette terre ne lui est pourtant pas inconnue. Des gens de son patelin y ont poussé racine. Des hommes de son pays lui ont donné leurs bras. Ses frères de tous les coins du monde lui ont donné leur vie. Si riche qu’elle soit aujourd’hui de la mosaïque qu’elle est, cette ruche vibrante de vie est forte de ce sang neuf qui fut il n’y a pas si loin, injecté dans son corps par les étrangers. Se peut-il qu’elle l’ait à ce point oublié ? Nous dirions alors qu’elle se renie.
     Mais alors, quand bien même ces hommes seraient des illégaux, les règles de l’hospitalité permettent-elles à un pays de chasser des hommes qui ont vécu si longtemps, à l’intérieur de ses frontières et parmi son peuple sans en être, de surcroit correctement ?
     Est-ce honorable pour un pays de lâcher des hommes qu’il a confinés dans ses marges, après avoir pris leur jeunesse et la sève vivifiante de la vie ?  
     Et de façon générale, la politique de l’immigration telle que conçue actuellement décourage t’elle les sans-papiers et les candidats à l’exil ou ne fait-elle qu’accroitre les frustrations, la colère, le repli communautaire et les débordements?
     Le fait est que, quand on a mis les pieds dans l’engrenage, on n’a plus le choix : on a perdu trop d’énergie et de temps. C’est encore plus grave quand on est sensé devoir retourner là où l’on se sait fichu pour de bon. Alors qu’on demande juste une clé pour la survie dans la dignité.
     Toutefois, si l’on veut ériger des barrières pour se protéger de  l’autre, ne faut-il pas d’abord,faire en sorte qu’il ne se retrouve étranglé sur la terre de ses aïeux au point que  l’exil devienne à ses yeux, la seule issue? Sinon, nulle barrière ne suffirait.
     Les hommes, certes, aiment voyager, rencontrer leur semblables, découvrir d’autres contrées. Nul ne peut le nier. Mais ils aiment  pour la plupart vivre dans leur climat, dans leur culture et parmi  les leurs, ils n’émigrent que forcés. C’est le cas des sans-papiers. Est-ce humain de les chasser, après les avoir tolérés ?
 
     Djouher Khater                                                                                                                                

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07 février 2012

Témoignage d’un demandeur d’asile

La  demande d’asile, une  vie en suspens   


     J’ai quitté mon pays, pour des raisons de sécurité. J’ai rejoint un Centre d’Accueil totalement isolé, quand cela est devenu une nécessité. C’est là que j’ai dû attendre la réponse à ma demande d’asile. Des années durant.

Rétrospective et vue d’ensemble :

     Bien que sachant ce qu’est la vie dans un Centre d’Accueil, j’étais par contre loin de m’imaginer ce que j’allais y trouver et encore moins que j’allais y passer autant de temps, loin de la vraie vie, en dehors de la société.
     Les problèmes de santé s’accumulant au fil du temps, ce fut une lutte pour la survie de tous les instants, au centre de laquelle trônait le restaurant, tel un lieu de culte trois fois quotidien: aller manger est la seule activité continue de la plupart des résidents. Il suffit de quelques mois sur les lieux pour prendre du poids.
    Je n’ai pu ni aller dans un autre Centre, ni me rapprocher d’une ville universitaire, plus tard. En général, la tactique courante des résidents pour obtenir un transfert est de récidiver dans le délit. D’autres préfèrent y rester  car ils reçoivent des soins qui nécessitent un suivi hospitalier. Quand la maison sociale est finalement arrivée,  j’étais pour ma part trop malade pour me prendre en charge. J’y ai donc renoncé.
    Et quand bien même  les occupations trouvées ou improvisées s’étaient voulues un exutoire et ont vu les minutes et les heures se volatiliser, cela ne change rien à la réalité. Le temps qui coule inexorablement se rappelle à vous, impitoyablement.
    D’autant plus que des drames proches ou ceux plus lointains provenant de votre région, de votre contrée ou quartier, ou d’autres parties du monde, secouent les terres et les hommes, au quotidien et dans la durée. Que dans ce trou hors de la vie, des hommes et des visages de tous les horizons défilent à un rythme tel qu’il est rare que votre mémoire en garde une trace ou un signe aussi infimes soient-ils. Et que par-dessus tout, votre santé qui décline jour après jour vous tarabuste et vous rappelle à bon ordre, alors que vous pouvez si peu faire.
    N’était-ce la touche d’humanité sciemment voulue par ces membres du personnel qui font leur travail avec chaleur – pour ne pas parler de ceux qui portent leur hostilité à fleur de peau - malgré les moyens très limités dont ils disposent, un tel milieu  serait vraiment un monde de la folie ou de la perdition.
    Comment survivre en effet dans l’attente et à l’attente, dans les conditions de vie d’un Centre plus proche d’une prison que d’un lieu de vie et garder la raison ?  A tourner en rond, d’un Centre à un autre, ou dans le même, des gens sont devenus fous ou presque...


Etat des lieux d’un Centre :

     Les conditions de vie qui se surajoutent à la détresse qui a motivé le départ et le refuge dans un territoire inconnu,  ont une part déterminante dans la perdition ci-dessus évoquée. Un tour succinct des lieux peut expliquer bien des choses.   
     Le  numéro… : Dans un Centre vous êtes un numéro. Malgré les trésors d’attention déployés par le personnel  pour appeler chacun par son nom, vous êtes le numéro tel...  Ce sera votre dénominateur dans le Centre.
     La chambre : A l’arrivée, on vous donne votre literie et on vous assigne une chambre. Ceux qui viennent en  famille sont  regroupés dans une chambre commune. Les personnes isolées, sont affectées dans des chambres collectives. De dimensions variées, ces dernières  peuvent contenir jusqu’à 12 personnes et plus. On commence généralement par affecter les arrivants dans les grandes chambres, puis selon leur place dans la liste d’attente, on les affecte dans des plus petites quand des places se libèrent.
    Les chambres à deux sont les plus convoitées, c’est une forme de luxe, recherché par tous. Comme il n’y a qu’un petit bloc qui dispose de chambres à deux, elles sont réservées aux cas extrêmes. Si l’on est sur la liste, il fait attendre son tour.
    Il est clair qu’en dehors de la chambre, le reste des commodités est commun. Cette promiscuité est un calvaire quotidien pour ceux dont la culture d’origine, les habitudes ou l’éthique privilégient une certaine  intimité et une conception particulière du respect de soi.
     La restauration : Les résidents ont droit au petit déjeuner et à 2 repas, par jour dans le restaurant du Centre. Dans mon Centre, c’est le système du self- service qui est pratiqué. Le résident choisit parmi les variétés du jour,  ce qui lui sied. Dans ce Centre, fait exceptionnel, les repas  sont chauds. Les végétariens et les malades soumis à des restrictions ne sont pas en reste. Les végétaliens et les personnes qui ont des sensibilités par contre, peuvent toujours attendre. Il n’ya rien pour eux.
      Les résidents musulmans d’origine asiatique sont ceux qui insistent le plus à propos du Halal. Taraudés par la faim, ils ravalent leur inquiétude et se font une raison.  
     On sert des frites deux fois la semaine. L’ambiance est alors à la fête, bien que les rations soient insuffisantes. Une poignée parfois. Cela n’est pas un problème pour ceux qui mangent peu, mais les autres ? Ils doivent attendre le second tour, et encore…
     Les gens peuvent aussi réserver une place à la cuisine des résidents et combiner à celle du restaurant, leur cuisine du terroir.
     Au restaurant, il y’a du thé et du café, à volonté.
     En général, on jette beaucoup de nourriture dans le Centre. Des plats pleins atterrissent à la poubelle, et du pain. Car la nourriture est aussi insipide qu’indigeste et les quantités astronomiques.  Les résidents n’ont pas le reflexe de ne prendre que ce qu’ils peuvent manger... Par inconscience, machinalement ou par rage. Ou parce qu’ ils ne peuvent avaler, malgré l’envie. Aussi parce qu’ils ont peur d’être mal jugés, puisqu’ils pensent devoir s’adapter à tout prix !
     Il existe des centres où les résidents  préparent à manger, en achetant dans le magasin du Centre, ce qui leur convient. Et des Centres où parait-il on ne sert que des repas froids.   
     L’habillement : La vesti-boutique sert à fournir de l’habillement. Les résidents peuvent y aller périodiquement dans des délais fixes.  Ceux qui ont la chance d’être inscrits à l’heure de l’ouverture peuvent, s’ils savent fouiner tomber sur de bonnes choses, à porter comme ils disent dans l’enceinte du Centre. La vesti-boutique est  une aubaine pour certains  qui constituent  des stocks qu’ils revendent à l’extérieur ou envoient dans leur pays.
     Les vêtements peuvent être remisés dans l’atelier de couture.  Mais parce que  les responsables  sont débordées, il faut savoir attendre. Les plus malins arrivent à leur fin sur le champ,   les autres auront à patienter longtemps.
     Les déplacements : Quand on réside dans un  Centre isolé on ne peut aller en ville à 15 KM, qu’en s’inscrivant la veille à la navette, pour l’aller et retour, car on pourrait ne pas trouver de place, si on ne le fait pas assez tôt. Les navettes de la matinée étant exclusivement réservées aux déplacements médicaux et autres démarches en rapport avec la procédure, on ne peut les prendre qu’en cas de chance, soit si une place est disponible.
    On  va en ville  pour faire des petits achats dans les grandes surfaces. Si on rate  le retour,  il  faudra attendre la navette de  20h 30 ou celle d’après , dans une autre gare. Car à la campagne, le transport commun est rare,  il n’y a plus de bus après  17 h30.
    On a  droit à un ticket de train et de bus ou de tram  pour aller aux rendez-vous officiels ayant trait à la procédure. Une fois qu’on a consommé son lot, on ne  plus en avoir . Pour le résident du Centre, le prix d’un ticket aller-retour jusqu’à Bruxelles, équivaut à  2 fois ce qu’il pourrait gagner en une semaine de travail communautaire, plus l’argent de poche. Les résidents se débrouillent  alors pour avoir des tickets à prix réduits. Mais c’est tout de même trop cher.
    Les activités communautaires : Le grand souci d’un résident qui ne veut pas ou ne peut recevoir d’argent de l’extérieur, c’est de trouver des  ressources. C’est pourquoi, il y’a souvent des frictions et des frustrations relatives à la distribution des activités à caractère communautaire, auxquelles il ouvre droit toutes les deux ou trois semaines. Les tarifs sont symboliques, mais ce sont les seules activités payantes.
    La demande étant forte, la distribution des activités d’intérêt collectif se fait par roulement, et quand il y a des tâches supplémentaires ou des défections, par tombola. Ce pécule sert généralement à satisfaire les petites envies relatives à la restauration et à l’habillement.
    Les activités à caractère culturel : Pour l’animation, le Centre propose des activités hebdomadaires internes ou externes : piscine, gym, bricolage, randonnées, match de foot ou à des cours de langue… Le cinéma est le loisir préféré des résidents. Des disputes éclatent souvent au moment  du départ, tant la demande est forte et les moyens de transport  limités…Si la programmation est maintenue, une navette de sept places lui est réservée.  
    Les enfants et mineurs doivent obligatoirement aller à l’école à l’extérieur. Quoiqu’il ne soit pas aisé de trouver des places dans les écoles, ni de convaincre tous les mineurs et parents de l’importance du suivi. Les adultes peuvent s’ils le désirent suivre des formations à l’extérieur : français, informatique, généralement. Le Centre donne également la possibilité de s’inscrire à des cours de langue à distance.
    Pour mettre de l’ambiance, il y’a quelque deux fois l’an des soirées dansantes, les résidents s’y défoulent. On fête Halloween et à l’occasion, on donne un repas du monde. On y organise aussi des rares occasions d’échange et de rencontre avec l’extérieur .
    Du stress et des dérives : Ce n’est donc pas le vide, mais sur le long de l’année, c’est si peu. Mais surtout, le stress est tel que le résident passe à côté de ces rares  occasions de détente et d’acclimatation. Il en est qui en cinq ans de résidence dans un Centre,  ne se sont inscrits ni en cours de langue, ni suivi une formation. C’est dire le marasme !
    Car quand bien même il se forcerait, le résident d’un Centre  est ailleurs : sa vie est entre parenthèse et son avenir lui échappe. Il attend. Dans l’incertitude. Il attend. Quand bien même il le voudrait, il lui est si difficile d’apprendre. Car si à  l’arrivé il était déséquilibré, il  l’est davantage au Centre.
     Dans ces conditions, l’alcool et la drogue peuvent devenir un refuge, c’est d’autant plus facile qu’il peut s’en procurer, puisqu’il y a des receleurs sur place. Le manque de ressources ou l’appât du gain, ouvrent la voie à un autre commerce informel, encore plus dégradant.
    Dans ces conditions,  il est difficile de tenir le cap et de ne pas devenir  un grand malade. Parfois en un rien de temps.
    La santé : On vient au Centre pour des raisons politiques, mais également  pour des raisons de santé, entre autres. Certains y arrivent malades et huit mois plus tard, ils sont toujours au même stade. D’autres sont pris au sérieux parce que leur maladie est évidente, ou qu’ils font la comédie du grand malade. Mais toujours, les délais de prise en charge s’allongent et rendent la situation encore moins vivable.
    Pour pallier au rejet de leur demande politique, beaucoup essaient de constituer un dossier en vue d’obtenir une régularisation médicale sur la base de  leurs soucis de santé. Et se demandent à quel saint se vouer quand le scanner dément l’échographie ou que cette dernière dément le scanner.
    La violence est dans les deux camps. Le médecin qui soupçonne tout le monde, et qui banalise des cas extrêmes, sauvés in extremis par une intervention externe, et les résidents souffrants qui accusent d’être discriminés ou  laissés pour compte.
    On y voit des malades de tout genre, toutes les misères humaines sont concentrées dans ce microcosme,  hors du monde. De celui qui se fait opérer de son ongle ou d’une déformation du nez qui n’est visible que pour lui, à celui qui ne trouve pas d’écoute alors qu’il n’arrive pas à bouger. Il y’a de tout. Et des plaintes de partout.
    Il y’a aussi ceux qui ont attrapé dans le Centre des maladies lourdes : diabète, sensibilités graves, cardiopathies, suite à une Décision négative ou à cause du mode de vie démentiel, le SIDA consécutivement  à un mariage … Ceux auxquels le Centre aggrave les problèmes et ceux auxquels il donne une clef, aussi dramatique soit-elle.
    On y côtoie le paroxysme de la souffrance et de la déchéance autant que de la grandeur. Tel ce Monsieur, qui arriva dans un stade terminal, porté par l’espoir, droit et souriant alors qu’il pouvait à peine se mouvoir. Il refusa, dans une générosité paradoxale  pour quelqu’un qui a vécu la moitié de sa vie en  prison pour des raisons politiques,   d’être enterré dans le pays d’accueil  et insista pour être rapatrié. Il s’en retourna  grâce aux dons de ses compatriotes du Centre, mourir auprès de son peuple…C’est dire qu’il y’a des hommes qui ne savent pas ce qu’est le désespoir!
    Pour résumer, on ne repart pas du Centre indemne.  Sauf à y passer un temps très limité comme ces personnes qui arrivent avec des carnets d’adresses et se faufilent au  travers des mailles. Ou arrivent bardées de documents car elles se préparèrent longtemps, à l’avance.


En dehors du Centre :


    La maison sociale tous types confondus, est prévue pour être attribuée après  un passage de huit  mois dans un Centre. Il se peut qu’elle arrive  plus tard. Les résidents d’un Centre l’attendent avec impatience, et en parlent comme d’un rêve. Ce n’est pourtant pas la vie en rose. Une fois qu’ils y sont, ils déchantent souvent. Il y’en a qui regrettent le Centre avec sa prise en charge rapprochée, les autres l’apprécient un peu ou beaucoup.
    La  réalité est qu’en maison sociale, on vivote. On y subsiste dans un simulacre de liberté qui n’en est pas une. Et pour la plupart, dans l’ennui total.
    On a bien un permis de travail qui souvent ne sert à rien : les employeurs ne peuvent recruter quelqu’un dont la situation peut changer le lendemain. Ce permis est par ailleurs annulé par une Décision négative et son renouvellement soumis à des délais. Pour qui ne rechigne pas à la besogne, ni à l’exploitation la plus crasse, le  travail au noir  peut être une chance  de ressources miraculeuses. Et quand le niveau linguistique le permet, on enchaine les formations dans l’espoir d’une solution.
    Acculés  à la rapine, ces hommes  résistent comme  ils peuvent. Certains y voient  parfois, une voie de garage  et s’y jettent à corps perdu… Comme feraient d’autres, dans des circonstances si pénibles.
    En maison sociale, le demandeur d’asile est un étranger, au milieu des autres. Très souvent, infréquentable. Sauf pour ses compatriotes. Car handicapé par les stéréotypes et la langue. Sans cela, il reste tout de même un étranger. Pour les autochtones, il est l’autre. Pour lui-même, qui se situe dans l’entre-deux, s’il n’est  plus de là-bas, il n’est pas encore d’ici.
     Ou serait-il plus juste de dire, ni tout à fait de-ci, ni tout à fait deçà. Et celui-là n’est pas un sans-papiers. Il  est encore dans la légalité. Pour un temps. Qu’il  passe à attendre. Dans l’espoir et la crainte. Une clé pour la survie dans la dignité.
    Chassé de son pays, il est venu mû par l’espoir, en quête d’une deuxième chance. Sur place, il retombe sur terre. La réalité chasse le rêve.
    Que faire pour compenser cette perte d’identité, ce déficit du respect de soi que le manque de chaleur, la défiance de l’autre et le vécu considéré comme échec sur la rive étrangère, inoculent en vous à longueur de temps, comme un virus ? Que faire pour rester dans les normes du droit et de la morale, quand  on est livré à soi-même ?
    N’est-il pas aberrant de parler d’intégration quand les règles de l’hospitalité sont bafouées à ce point ou bien celle-ci se résume t’elle à offrir un lit ou un toit, de la bouffe et les plus vitaux des soins?
    Car si quelque part, cette période sert de tremplin autant que de pause, elle laisse quand elle s’allonge des séquelles qui seront sans nul doute indélébiles.
    La question reste donc posée: est-il humain de laisser les gens attendre aussi longtemps dans les conditions d’accueil des Centres et des maisons sociales ? Est-ce vraiment rentable en termes de dépenses sociales et de qualité d’intégration des réfugiés reconnus ?
    Et de façon générale, la politique de l’immigration telle que conçue actuellement décourage t’elle les sans-papiers et les candidats à l’exil ou ne fait-elle qu’accroitre les frustrations, la colère et le repli communautaire et les débordements?
    Le fait est  que, quand on a mis les pieds dans l’engrenage, on n’a plus le choix : on a perdu trop d’énergie et de temps. C’est encore plus grave quand  on est sensé devoir retourner là où l’on se sait fichu pour de bon. Alors qu’on demande juste une clé pour la survie dans la dignité.

Djouher Khater


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14 novembre 2011

Dans la tourmente de la sorcellerie …

Témoignage, par Djouher Khater


Dans la tourmente de la sorcellerie … (Contrôle et manipulation)

 

1e partie

 

 L' auteure de : «  Contre la sorcellerie, l’Amour, le cas Algérie » publié sur "A l'indépendant" [puis supprimé à la demande de l'auteure, NDLR] apporte dans le présent témoignage, les clarifications que sa distanciation d’avec les problèmes qui étaient à l’origine de ce texte lui impose. Ses perturbations étaient telles que la généralisation s’est imposée d’elle-même. Aujourd’hui, la fiabilité de cette attitude lui pose problème.

Elle  remercie vivement Luc Colles pour sa confiance. Toutefois, son commentaire interpellait une mise au point qui ne pouvait être qu'exposition. C'est pourquoi, cette réticence  à commettre les éclaircissements qui s'imposaient, cette longue hésitation...

Puisqu'en définitive, le droit au secret et à la protection de la vie privée, peut aussi bien impliquer une complicité dans le déni de vie. Là où le privé est politique ou mené en berne, le silence n'est pas d'or, il est mort: face à l'arbitraire, il ne reste que la parole.

 

 D'abord, une rectification : L'auteure n'a fait qu’agir selon ses principes. Ses choix allaient de soi: ils découlaient d'un état de nature. Puisqu’elle a tout simplement essayé d'être en accord avec elle-même.

C'est pourquoi elle n'a nul sentiment d'avoir - pour reprendre les termes  de Luc - mené un combat pour la lumière et la droiture. Elle n’en a ni la prétention, ni du reste la dimension.

Enfant de la guerre,  elle était surtout l’ainée d’un miraculé de la guerre de libération, revenu de ce dont on ne revient pas, multi-traumatisé. De surcroit livré à lui-même à l’Indépendance, alors qu’il avait tout perdu.

Et plus grave encore, sciemment et férocement déstabilisé à son insu, par la magie noire (bien qu’il n’ait  jamais parlé de son passé, pas même à ses enfants) il devait faire face à un cercle infernal de faux problèmes.

Elle ne comprendra que beaucoup plus tard, pour avoir connu le même calvaire et en avoir pris conscience, de quoi il s’agissait. Ce qui était communément pris pour les séquelles des tortures étaient en fait de subtiles représailles contre un survivant  fidèle à son combat pour la justice et la liberté.    

Sa famille ayant été dramatiquement meurtrie par la guerre, elle était mue par la conviction que seule une éducation au respect, aux valeurs humaines et au savoir, peut faire reculer la violence de l'ignorance et de l'injustice. C'est l'axe central de l'enseignement qu'elle donnait, de ses projets de recherche, de son mode de vie. Du moins, consciemment. 

Quant à ce qu'elle décrit des désordres d’abord psychiques,  puis organiques et sensoriels, ou produits par manipulation des objets ou des hommes, elle l'a vécu depuis l'enfance. Ces désordres qui se sont démultipliés après sa prise de fonction à l’université, ont perduré jusqu’à ces derniers temps.

Elle a vu de prés d’autres en subir les conséquences, en plus grave. Autrement plus brillants ou excellents, ils récoltaient l’échec, des injustices monstrueuses, des accidents aussi effroyables qu’inexplicables. Et pire. Par vengeance.    

Ainsi, les souffrances en question ne sont malheureusement pas que les siennes propres. 

 

Une guerre non déclarée : Les uns après les autres, les désordres vécus auraient pu être une cause infaillible d’échec dans ses études primaires, bien qu’excellente dés son entrée à l’école et première en classe. D’abandon dans sa vie scolaire d’excellente collégienne et pour finir d’étudiante. Ces désordres cumulés ont finalement eu raison de sa santé et de sa résistance d’enseignante.

Chronologiquement, la gravité des désordres et des problèmes s'est graduellement accrue, après son recrutement par l'Université Mouloud Mammeri à la rentrée universitaire 1982/ 1983 pour l’enseignement des littératures étrangères.

Elle réussit contre vent et marée la fin de la même année, à inscrire un sujet de mémoire de post-graduation portant sur le projet de société reflété par les manuels de littérature, à travers l’analyse de l’idéologie de ces derniers. L’école étant par delà les discours populistes un instrument de reproduction sociale et de maintien de l’ordre établi, le sujet était tabou pour la direction de l’Institut des lettres et langue arabe de l’Université d’Alger.

Le harcèlement administratif continu a renforcé les nuisances des désordres ci-dessus évoqués.  En sus d’une agressivité inexplicable de son entourage socioprofessionnel, mue plus tard en déferlement de haine dans ses milieux de vie. 

 Elle a subi lors de sa dépression en octobre 1993 - la veille de son dernier jour à l’université, alors qu’elle se préparait  à quitter  l’Algérie - et durant prés de deux années, une terrible pression l’incitant au suicide.

Ce dernier était présenté comme la seule issue possible.  L’unique  réparation à ses déviations. Et ce, après avoir échappé, deux mois auparavant à une agression qui aurait pu être mortelle dans une zone protégée, à l’entrée d’une caserne. Paradoxalement par un barbu, cette fois-ci.  

A ce stade, ses troubles sensoriels étaient tels, qu’il lui était impossible de distinguer la réalité du reste, sa faculté de jugement et par conséquent de discernement - dans la mesure où il y en avait eu une - étant  sérieusement escamotée. Avec une tête en bouillie et des sens brouillés, rien de plus normal.  

Mais bien avant et  jusqu’à récemment, il arrivait souvent que les méprises induites par les désordres sensoriels soient graves, voire très graves, provoquant des accidents qui auraient pu être néfastes. Tels rentrer violemment dans un mur ou un autre obstacle invisible et être projetée par le choc cinq mètres en arrière…Au risque de se retrouver en miettes.

Plus souvent, ces méprises affectaient désastreusement  ses rapports aux autres, suscitant incompréhension,  discorde et animosité ou agressivité et violence verbale... à l’encontre de ses décisions les plus secrètes. Ou de celles de ses proches.

A cela s’ajoutaient les perceptions étranges, déformantes ou métamorphosantes des autres et des choses; la manipulation pernicieuse et continue de ses  objets …au plus mauvais moment.

Ce qui provoquait des désagréments de toutes sortes et des situations pénibles, tant les dangers étaient imminents et les quiproquos insolubles. A en étouffer de rage et être vidée d’énergie.

Des perceptions tantôt troublantes, tantôt inquiétantes, elle garde en mémoire notamment,  celle d’un  homme marchant à la vitesse des transports publics, le doigt accusateur, avant chaque désastre familial, survenant contre toute attente. Et qui en d’autres temps, l’épiait sous sa fenêtre en ricanant (période d’obsession du suicide) ou la ridiculisant (période où elle se donnait contenance en passant son temps à coudre des choses à la main et celle plus tard où elle investiguait du côté du soufisme ou autre  …).

Ou celles  d’autres  aux formes étranges, qui la suivaient  les premières années de sa dépression, essayant manifestement de l’aborder.  Ou celles qui disparaissaient après avoir délivré un message selon quoi elle aurait été manipulée par le biais de la sorcellerie (avant même que l’idée ne l’effleure ) et bien longtemps avant sa découverte sur internet.

 Ou celles de personnes du voisinage la rendant responsable de tel problème ou de tel drame familial. Ou ces  ricanements suivis immédiatement d’échec. Quand à celles curieuses ou ahurissantes, mobilisant l’attention ou simplement  préoccupantes, elles étaient légion.

Si durant la dernière année, elle n’était plus sûre de ce qu’elle voyait, ni de ce qu’elle entendait, son attitude était jusque-alors à l’extrême opposé: à aucun moment, aussi incroyable que cela soit,  elle n’avait douté  de la véracité de la matière transmise par ses sens!

Elle agissait alors selon la logique des choses ou essayait de ne pas en tenir compte. Et aspirée par d’autres, elle oubliait les bizarreries aussi décontenançantes et désemparantes qu’elles fussent, aussitôt... La cadence était telle qu’elle n’avait même pas le temps de s’interroger !   

Ce qui est sans équivoque par contre et qui s’est inscrit dans la durée, c’est que bien avant la dépression comme après, tout à l’extérieur la poussait à se retrancher à l’intérieur. Quant celui-là la renvoyait incessamment vers les textes: lecture, traduction, écriture… en pure perte.

 Incapable de se concentrer, elle oubliait instantanément ce qu’elle lisait. Il arrivait qu’elle n’y comprenne rien, comme à certains de ses actes.

Pour  résumer, tout  foirait, constituant une source de tracas ou d’angoisse. Le tableau des contretemps, des contre-sens, des désordres et autres  casse-têtes, qui l’avaient  menée implacablement à l’isolement, puis à la dépression, est si complexe qu’il est impossible de le reprendre sous ses infinies facettes et leurs subtilités.

La réalité de ces situations inextricables lui semblait si évidente, qu’elle n’en parlait même pas. Elle comprenait confusément qu’elles n’étaient pas pour certaines, étrangères à son engagement intellectuel. Pour d’autres, qu’il en allait ainsi de la vie. Et assumait, mine de rien.

Cependant, un changement intervint, dans le courant de sa dernière année en Algérie. Aux tribulations habituelles vinrent s’ajouter des gémissements de douleur d’inconnus dans la rue, et bien souvent, des fulminations, des invectives et des plaintes autour des frustrations et des peines provoquées par la sorcellerie. Au profit des patrons ou des puissances dominantes.

C’était là, l’aboutissement final de tous les travers d’un chaotique parcours. Toutes les difficultés et les bizarreries qu’elle vécut les deux dernières années notamment y conduisaient.

Elle se rendit également compte la même dernière année, que des amnésies, des disparitions d’objets ou des perceptions auxquelles elle avait accordé crédit à tort ou qu’elle avait ignorées en réactions à des déceptions inhérentes à d’autres,  avaient provoqué des injustices de sa part et des manquements graves à ses devoirs.

En sus de ce qui précède, il y eut aussi à son encontre des gestes de menace et des dépassements  bien avérés dans la réalité. De graves atteintes à son intégrité physique et morale et des tentatives d’assassinats sur le long terme en Algérie. Et à l’encontre des siens. Et des décès inexplicables.  

 

 Perturbations multiformes / Réactions : Depuis ces absences dans ses classes primaires où elle ne savait plus ce qu’elle faisait, devenant tout à coup absente, après y avoir été aussi active qu’excellente… A ces accidents provoqués par ses camarades d’écoles et qui auraient pu être funestes. 

Ou ces réactions en chaine dans la rue, déclenchées par un coup d’œil machinal dans le dos d’un inconnu,  et ce dévoilement continu de son intimité, qui faisaient qu’enfant, elle se recroquevillait déjà sur elle-même.

En passant par ces maladies inexplicables, dés l’adolescence. Dont l’une, étrangement survenue, faillit l’emporter à ses premiers pas dans l’âge adulte et  lui compliquera la vie.  Maladies qui faillirent la clouer à la maison tant elles étaient invalidantes. Et qui bien que sues d’elle seule, déclenchaient à  l’extérieur des railleries acerbes. Ou du moins, ainsi entendait-elle...

Jusqu’à ces idées, gestes ou paroles, qui sans lui avoir jamais effleuré l’esprit, semblaient  lui  échapper, venus on ne sait d’où … 

De l’autodestruction en bonne et due forme ? Elle était pourtant fière de ses résultats scolaires, bien dans sa peau et aussi heureuse que sûre d’elle même. Et par-dessus tout, elle abhorrait la vulgarité! 

C’est pourquoi, l’adolescente que ses pieds refusèrent un temps de porter à l’extérieur, continua à marcher. Sous les railleries. Elle s’imposa pour surmonter les séquelles d’un problème de santé d’une gravité mortelle (qu’elle fut la seule à contracter parmi ses condisciples de l’internat )qui survint peu de temps après, un régime alimentaire draconien qui vint s’ajouter à son végétarisme de base.   

C’est pourquoi aussi, eu égard aux mésaventures incessantes, il lui faudra plus tard, tout le temps s’assurer qu’elle était dans la bonne situation et ne s’égarait pas dans quelque voie douteuse. Qu’elle disait bien ce qu’elle pensait et pas autre chose. Que son intimité ne courait pas la rue. Et dans la discrétion ! En vain.

Pour s’éviter d’être partout en guerre, elle faisait la sourde oreille devant l’ironie massacrante et les mesquineries de ceux qu’elle laissait l’approcher ou de simples passants. Elle avait beau se contrôler, se corseter, ça n’arrangeait pas les choses.

Pour passer outre, elle s’inventait continuellement des occupations. Objectif : oublier l’horreur, oublier la vie telle qu’elle se présentait. Et pour faire l’équilibre, s’extasier d’un rien de beauté.   

De ce qui précède, elle n’a jamais parlé à personne - à l’exception de ses psychiatres, sans pour autant entrer dans  le détail de ses ennuis - jusqu’à l’année de son départ.

Elle parlait par contre de ses problèmes à l’Université. Elle parlait également des petites expériences positives, qui venaient égayer son parcours et lui rappeler qu’il n’y avait pas lieu de désespérer. 

La raison est qu’elle ne voulait pas prêter flanc à ceux qui voulaient en faire une folle. Or, pour les uns et les autres, elle était déjà classée.

Quand quelqu’un parle à un fantôme; s’entend dire avoir dit ou fait ce qui est en soi inconcevable; dit vous avoir rencontré alors que vous étiez à mille lieux; ou avoir entendu seul ce que vous étiez censés entendre ensemble ou ne pas avoir entendu…  C’est on ne peut plus clair. Il en est qui ne se sont  pas gênés.

 

Genèse d’un suicidation manquée : Croyant  que ce qu’elle vivait entrait dans la norme des choses,  elle fuyait l’épouvante extérieure pour se réfugier à la maison. Mais là aussi, rien n’était simple. En sus des difficultés inexplicables, la situation devint infernale dans l’intervalle des deux ans qui suivirent la dépression.

Dans la mesure où la déstabilisation pour ce qui la concerne y a atteint son point extrême.

Sur les lieux, en effet, le martellement  des incitations au  suicide clairement édictées s’acharnait à démolir sa capacité de discernement et à creuser son désespoir.  Des écritures lumineuses en calligraphie coranique sur les murs, les objets et dans l’air,  en tant qu’émanations de la volonté  Divine appuyées par les gestes d’autrui ( qu’elle pensait réels) renforçaient leur prégnance.  

 La réactivité bête et méchante de tout ce qui l’entourait,  à la moindre de ses pensées et au moindre regard ( mur, radio, télévision, sol, oiseau, chiffon…) allait dans le même sens, lui faisant perdre toute emprise sur la réalité, et toute faculté de jugement.

Ces  phénomènes, qui se déclenchèrent en toute puissance depuis la veille de sa dépression,  descendirent  à leur plus bas niveau,  à presque deux années de  cessation de travail. Il en fut de même  des sensations horripilantes qui la submergèrent durant cette période.

Tandis que persistera la manipulation  des objets  personnels autant que  familiaux, les ricanements, sarcasmes et  insinuations vicieuses et méchancetés qui fusaient de toute part en ces lieux, y  perdront peu à peu de leur intensité au bout de cet  intervalle.  

Soit, quand elle se mit à se complaire dans  l’inaction .  Quand l’Administration eût fini de mettre en place le moyen réglementaire de l’en empêcher, si jamais les conditions s’apprêteraient à une reprise plus tard (et ne reculera que sous la menace d’un procès) Mais aussi, quand son projet d’émigration se fût effacé jusqu’à la trace. C'est-à-dire quand elle cessa complètement de se débattre, car le venin lourdement injecté sur le long terme, avait vaincu sa résistance.

Vivant dans les moments de lucidité, son cauchemar comme la conséquence  du harcèlement et des humiliations antérieures, et en raison des perceptions ci-dessus évoquées, comme l’expression de la colère divine,  elle avait décidé de ne plus jamais remettre les pieds à l’université.

C’est que le calvaire quotidien, induit par le brouillage des sens et la suggestion harcelante, avait été tel que  le suicide devint durant cette période, une idée  obsessionnelle. Au plus fort du désarroi, elle n’avait qu’un seul désir: en finir. 

Elle n’en parlait pas, mais ses tentatives de suicide ont été  multiples, même si elles  n’ont jamais dépassé le stade de l’intention ou du premier pas.

S’il y eût  à chaque fois un empêchement, car surveillée de prés, c’est surtout en pensant à ses proches qu’elle avait le plus souvent chassé l’idée ou s’était arrêtée dans son funeste geste. Elle ne voulait pas leur rajouter.

Pour eux aussi, tout allait à contre-sens. Leurs efforts débouchaient, inexplicablement sur des résultats contraires. Quand ce n’était pas pire.

Ses explications étant rationnelles, à aucun moment, la magie noire ne lui avait traversé l’esprit, serait-ce comme une idée fugace. Les dernières années cependant, tout convergeait vers cette dernière. Sans qu’elle pensa à mettre un lien entre les rebours d’un passé problématique et un présent qui le continue, alourdi de non-sens.

Et pourtant, une clairvoyante centenaire - consultée pour elle en raison de  l’inefficacité du traitement psychiatrique - avait prévenu qu’un sortilège lui avait été fait afin de la terroriser.

Elle était de fait non pas terrorisée mais réellement torturée par ce qu’elle vivait, ce qu’elle voyait  ses proches vivre ou pensait voir, dés lors qu’elle s’était plus tard recentrée sur elle-même, parce que la guerre civile faisait moins rage et que désocialisée, ses préoccupations d’intérêt général étaient loin derrière elle.

Si elle n’avait pas accordé crédit à l’assertion ci-dessus évoquée, pas plus à ce moment-là, que plus tard, il n’y avait pourtant pas d’autre explication. Or pour en convenir, il fallait d’abord qu’elle y croie.

Que la sorcellerie puisse avoir un impact déterminant dans la vie d’une personne, comme le voulait la culture populaire,  dépassait son entendement: les hommes ont le libre arbitre, pensait-elle et sont par voie de conséquence, responsables de la réussite et de l’échec. Au plan individuel et communautaire.   

En  résumé, les tracasseries et injustices administratives relevaient à ses yeux, de la connivence administrative et de la répression d’un Etat militaro-policier. Quand ses problèmes relationnels et autres insultes avaient traits à la  mentalité et à l’éducation. Le reste, quel qu’il fût , des choses faisant partie de la vie.

Elle aura le temps de nuancer  son avis . Puisque la sorcellerie finira par se dévoiler et se faire connaitre. Quand elle se sera mise à s’interroger sur  les difficultés auxquelles son entourage immédiat, était incessamment confronté.   

 

 Quand la sorcellerie s’annonce: Durant les deux dernières années d’Algérie, en effet,  tout y menait. Pas à pas. Inévitablement.  

Ainsi, ce qu’elle voyait dans les rêves, comme ce qu’elle vivait  dans son corps (marques sur le corps) le disait laconiquement.

Mais aussi, ce qu’elle vivait à l’extérieur, dans les réactions des autres (paroles en rapport)à travers ses perceptions (souffrances et peines d’autrui en rapport). Et à l’intérieur, à travers la manipulation des choses et des objets (disparitions, interventions sur les choses par démontage, impression de signaux sur des supports divers, etc.).

Autant de signes épars sur une seule et même période, pour dire une seule et même chose. Mettre une seule piste en cause: la sorcellerie.

Pour finalement, la présenter comme un moyen de contrôle des masses. Par les puissances étrangères  et les patrons locaux.

A quelque temps de là, la gendarmerie mena une campagne contre les sorciers et le charlatanisme. Pure coïncidence ou pour donner le ton ?

En tout état de cause, cela signifiait que ses réels et continus déboires avec l’administration et ses subalternes ou autres, n’avaient pas de lien avec ces algériens auxquels elle avait directement affaire. Ni ce harcèlement pernicieux qui l’avait usée.

En pointant dans ses cours l’Administration et les mentalités ambiantes -par la mise en vue de pratiques et de visions des choses plus humaines, à travers le regard critique et la sensibilité d’œuvres littéraires universelles et de textes militants en rapport direct avec les problèmes socioculturels et politiques des algériens ou simplement humains  - elle s’était donc trompée de cible et d’adversaires.

Son ennemi était ailleurs et c’est de lui que provenaient ses infinis problèmes ! Il  était temps qu’elle réajuste ses lunettes, car elle était trop culturellement aliénée et aveugle pour voir. Et son tir.

Ainsi, la déstabilisation planifiée, la malveillance affichée, les coups bas, l’agression mortelle, pour ne citer que la plus directe, les menaces dans la rue, jusque dans les derniers temps, les difficultés assassines,…pour ne parler que de sa personne, tout était question de sorcellerie. Au profit des nabab locaux et de l’étranger. Ou tout simplement des sectes locales.

Rien de cela n’était la preuve d’une volonté de casse délibérée orchestrée pour des raisons de politique intérieure (voir  sa  : Lettre ouverte à Monsieur le Recteur de l’Université Mouloud Mammeri… ) soutenue au long des années par la plus insidieuse et la cruelle des armes. 

 

  Le harcèlement administratif  jusqu’au bout : Indubitablement destructifs et dégradants étaient ces longs déplacements hebdomadaires, auxquels elle avait été contrainte à son retour de congé maladie en 2001, par non attribution d’un logement de fonction, à l’instar de ses collègues. Déplacements au bout desquels elle arrivait titubante dans son cours.

 Ces déplacements, qui étaient en outre  hautement risqués dans le contexte  de l’époque, avaient eu pour rôle de porter le coup de grâce.  

Consécutivement en effet, ses inexplicables problèmes de santé se compliquèrent considérablement.

Et entre autres, ces sensations d’étranglement ou d’étau lui enserrant la gorge,  qui devinrent horrifiques au cours de ses allers-retours de sa ville de résidence à celle de son lieu de travail, les dernières années. A tel point qu’il lui arrivait de penser, qu’elle n’arriverait jamais au terme de son voyage.

Suivirent pour compléter le tableau, les refus de rembourser ses congés maladie, alors que les retenues et les suspensions de salaire se suivaient. Bien que ses absences fussent dûment justifiées. Et ce, quand souffrant  d’aphonie dés le premier quart d’heure du cours, ou d’autres problèmes de santé, elle n’avait d’autre choix que de quitter la classe ou de s’absenter. Il lui arrivait aussi d’avoir des vertiges en classe et de tomber dans l’enceinte de l’université, au vu et au su des responsables.

Elle ne doute pas que cet acharnement  destructif à la dangerosité avérée faisait partie d’un programme. Et pour cause :

- Elle s’entendit répondre la dernière année, par un supérieur de sa Faculté, sollicité pour la résolution d’un problème pédagogico-administratif en présence d’un tiers que : « cela ne serait pas aisé, eu égard à  la sensibilité de son dossier ».

- Elle s’entendit de même répondre durant la même période, devant des tierces, par son supérieur hiérarchique,  auquel elle avait riposté qu’il était malvenu d’être choqué par un rapport (de l’enseignante à son encontre) quand son Administration la piétinait depuis trente ans, que: « cela faisait partie du passé ».

 Ces harcèlements  continuèrent pourtant, sous tous prétextes jusqu’au départ d’Algérie. Et au-delà .

 

  Le dernier du genre dans le domaine professionnel: Incapable désormais de travailler et se trouvant  dans l’incapacité  physique d’effectuer les déplacements habituels, elle a déposé un dossier de congé maladie de longue durée, au mois de juin 2009, auprès du Médecin contrôle de la Caisse d’assurance sociale des travailleurs, qui avait privilégié cette voie.

Elle a adressé en outre, une demande de  mise en disposition pour l’année en cours pour des raisons de santé au Chef de département, via le Vice-recteur chargé de la Planification ( le seul dont elle avait les coordonnées) par e-mail, en début octobre. Laquelle a été suivie dés le lendemain, d’une demande de départ à la retraite. Au cas où la demande de mise en disposition poserait problème.

Par ailleurs, en ce mois d’octobre 2009, le Chef de département lui adressa, d’après ce qu’il lui dit, une première mise en demeure qu’elle n’a jamais réceptionnée.  

La période allant de la signature des PV de reprise à la mi-septembre au début des examens à la mi-octobre étant généralement  creuse et notamment durant le Ramadhan, il n’avait pas de raison de le faire. Mais surtout, elle était sensée être en congé scientifique d’un mois à l’UCL en Belgique, à partir du 01 octobre, dans le cadre d’une bourse d’études obtenue auprès de son université.

Or, des  mises  en demeure ont été envoyées à une adresse fictive et son salaire a été suspendu, à partir du  mois précité. Alors que son absence avait été justifiée, maintes fois.

Elle sut  durant le stage scientifique finalement décalé d’un mois, à cause du retard du visa,  que le Chef de département qu’elle avait pourtant informé de sa nouvelle date de sortie, soit du 06 novembre au 06 décembre 2009, l’avait déclarée en situation d’abandon de poste –  qu’elle  aurait elle-même demandé, à ses dires - et introduit de ce fait, une décision de révocation de la fonction publique à son encontre.

Et ce, en dépit d’un nombre incalculable de certificats médicaux déposés au cours de l’année écoulée, d’une demande de congé maladie de longue durée et des demandes de mise en disposition récentes et passées. Ainsi que de la demande de départ en retraite.

D’autres pourtant s’absentaient à volonté, parfois durant des années, sans être aucunement inquiétés. Et en cadeau, recevaient des salaires.

Un certificat médical établi par son médecin traitant, n’y changea rien. Un certificat de  son médecin à l’étranger, non plus. Après un tiers de siècle de dévouement.  A défaut d’avoir crevé !  

Les avocats sollicités pour la représenter auprès de son administration restèrent sans réponse.

Les Organisations algériennes des Droits de l’Homme, contactées depuis l’étranger par téléphone  et en ligne, pour la représenter  (ou  la mettre en contact avec un avocat) car incapable de se rendre en Algérie pour des raisons de santé, répondirent qu’elles n’étaient pas habilitées!

Ainsi,  se sont toujours passées les choses depuis sa prise de fonction! A qui s’adresser alors pour sortir du cercle infernal du harcèlement et des  humiliations ?

 

 

 

 

 

 

 

    2e partie-fin

 

 

Chronologie d’une mort suspecte/d’un dessillement : Ayant reçu une éducation rationnelle, dans laquelle la sorcellerie est tenue pour des sornettes, où Dieu préside aux destinées en Toute-puissance, elle était loin d’imaginer ce qu’est l’emprise d’un maléfice. 

C’est en surfant sur Internet quelques mois avant son départ d’Algérie, soit en Août 2009, qu’elle tomba sur  l’explication finale et que ses doutes se dissipèrent.

Et ce, suite à la reconnaissance d’une ossature inhumaine de visage dont l’apparition récurrente dans la maison familiale, le lendemain du décès impromptu d’un membre de sa famille dans des circonstances douteuses, avait rajouté à sa confusion.

La défunte était une jeune enseignante universitaire hors-pair.  Bien portante et sans aucun problème  de santé, elle était tombée malade pour la première fois, lors de l’épidémie de typhoïde de fin de printemps 1994  et n’avait pas reçu les soins adéquats, ni l’assistance médicale nécessaire.

En dépit des symptômes évidents, les médecins privés consultés pendant les  15 jours de son alitement ne lui ont pas prescrit  de traitement contre la typhoïde et  ont fait taire ses craintes. Le dernier l’a vertement tancée, déclarant qu’elle était mal placée pour lui montrer son travail.

Malgré son état visiblement alarmant, les médecins des urgences de l’hôpital où elle a été admise, n’ont rien fait non plus. 

La déléguée de l’hôpital vint ensuite informer sa famille, qu’elle aurait succombé suite à la typhoïde. 

Ce décès, a été le seul de l’épidémie en question. Même si Dieu a  prééminence sur tout, il n’y avait pas alors, l’ombre d’un doute sur la responsabilité des médecins.

Aujourd’hui,  elle ne doute pas que l’action conjuguée de la sorcellerie et de l’indifférence a été la main maléfique par laquelle l’inéluctable s’est  réalisé. La cause directe de l’inéluctable : la haine dévastatrice d’un côté, et le parjure de l’autre. Pour clore une vie.      

Quant à la forme en question, elle ne l’avait jamais vue avant ni revue après. Elle avait été depuis lors, et dés l’heure suivante, totalement évacuée de sa mémoire, chaque jour charriant une cascade de nouvelles  préoccupations ou de soucis. Jusqu’à ce que l’icône-symbole figurant sur la première page d’un fichier d’Internet sur la sorcellerie, vint lui rafraichir la mémoire.

C’est à la lueur de ce signe qu’elle a refait la lecture des désordres et des déconvenues  continus. C’est le fil conducteur dans la trame de son histoire et celle de ses proches.  L’inexplicable s’éclaircissait… Des épreuves certes, mais qui avaient dans ce cas précis, leur cause humaine.

Destinée à colorer son appréhension de la réalité, cette chose n’avait pas trouvé d’écho et  était restée lettre morte. Totalement étrangère à ses préoccupations, à son monde mental, elle n’avait su y mettre un nom. Elle a le mérite aujourd’hui, de forcer à regarder le mal en face. Puisqu’elle en explicite la source.

En ce début juin 1994 cependant, cet incident et les autres qui défilaient sans arrêt (et dont elle ne parlait jamais) n’en furent pas moins une énième preuve de maladie mentale pour la plupart des membres de son  entourage direct.

 

 Psychiatres ou geôliers ? Pour elle qui doutait de ses facultés mentales,  il n’était pas aisé de trancher. Si le psychiatre auquel elle avait parlé de choses et d’autres en rapport surtout avec son activité professionnelle, prescrivait un traitement lourd, il n’en affirmait pas moins, qu’elle avait  des aptitudes psychiques extraordinaires. Quand bien même, son cas relèverait pour d’autres, de la sorcellerie ou de la maladie mentale.

Peut-être  serait-il  pertinent de préciser que ce  médecin changeait radicalement, à chaque séance, de physionomie et de visage. L’une de ses formes la renvoya à celle d’un autre médecin contacté une dizaine d’années plus tôt, et qu’elle comprit fictive quand elle revit ce denier, plus tard.

Ce sont aussi bien ses étranges métamorphoses que ses assertions qui orienteront sa recherche vers l’ésotérisme. Aussi étrange que cela soit pour quelqu’un qui soutenait qu’elle avait des capacités extraordinaires, ce médecin n’appréciera guère cette orientation.

Elle ne parla de ces transformations phénoménales qu’au bout de la quatrième année, lors de la dernière consultation.

Il avait lui-même quitté l’enseignement universitaire, la rassura -t-il dés le départ,  et  trouvait qu’elle avait eu raison d’arrêter. Or, pour elle qui était enseignante par vocation, c’était comme si elle avait arrêté de respirer, mais elle n’avait pas le choix. Epuisée, au bord du gouffre, elle avait décidé d’aller voir ailleurs, la dépression est venue  stopper son dernier sursaut. Les problèmes qui suivirent l’empêcheront longtemps de se ressaisir.   

 Ce psychiatre à qui il arrivait de dire que des activités domestiques moins astreignantes, seraient dans son cas largement suffisantes, trouvait paradoxalement, son retrait autodestructif.  Pourtant, il n’était pas sans savoir que nonobstant les apparences, c’est une loque humaine qui s’était présentée à lui, désocialisée puis traumatisée sur le long terme.

Il fallait, conseillait-il (bien qu’elle n’ait rien dit des apparitions phénoménales, qu’elle ne distinguait pas alors de la réalité) qu’elle ne tienne pas compte de ce qui lui semblait  paradoxal. Et qu’elle agisse, aurait-il pu conclure. Très  simple à dire, quand il arrivait qu’elle ne sache même pas à qui elle avait affaire!   

Elle se rappelle  l’insistance de ce médecin pour qu’elle s’assume et prenne ses responsabilités. Lesquelles se demandait-elle ? Prendre son parti dans la guerre fratricide qui déchirait la société ? Elle avait assumé son rôle envers et contre tout. Quant à faire la guerre, elle ne se sentait pas concernée.

Forcée de quitter l’enseignement, elle n’était pas prête à troquer sa passion de toujours, pour ce qui relevait à son sens  du verbiage et  de la mort commanditée. Au profit du même système! A aucun moment il ne lui est venu l’idée de faire autre chose. En Algérie, son imagination ne l’avait  jamais portée hors d’une salle de cours.

Cependant, était-ce réellement son discours se demande t’elle depuis qu’elle a pris la mesure de ses problèmes sensoriels? Ou servait-il à son insu de courroie de transmission ? Elle ne sait pas et ne saura peut-être jamais. 

 Son collègue – qui garda la même apparence durant les quatre ans de traitement suivants - proposera un internement pour un traitement aux électrochocs, en tant  que meilleure solution à son déséquilibre mental, au premier et unique détail qu’il eût de ses doutes sur la compétence des médecins de sa défunte sœur et des métamorphoses de son collègue. Le traitement chimique était,  assurait-il, insuffisant à lui seul.

Ce médecin qui ordinairement trouvait qu’elle était en superforme, usera longtemps de son pouvoir de dissuasion pour déconseiller la reprise : elle redevenait une malade mentale devant prioritairement se soigner, dés qu’elle parlait de travail. Il s’arrangea à l’occasion de la dernière expertise pour réduire sa maigre pension-maladie à une portion congrue et lui conseilla  pour gagner mieux, de faire des vacations dans les écoles privées à Alger. 

 Il savait, disait-il, par expérience, qu’en raison de ses antécédents médicaux, on ne lui donnera plus de classe, mais  indubitablement  un travail de bureau. Il adressa son certificat d’aptitude à la reprise à l’université même, alors que c’est un autre organisme qui était habilité à statuer : désormais et sans équivoque, elle était une enseignante psychiatrée, échappée du suicide.

Cela s’est passé entre   octobre 1993 et mai 2001. Date à laquelle, elle entama néanmoins ses démarches en vue de réintégrer l’enseignement.

 

Partir pour le meilleur  et  pour le pire : Le temps passait, l’engrenage qui l’aspirait accaparait  comme toujours son temps et son énergie. Quand la poigne de la réalité  l’arrachait à son univers  et que rongée d’inquiétude, elle en faisait part, l’un ou l’autre membre de sa famille la pressait d’aller incessamment consulter un psychiatre.

Or, il y’avait longtemps qu’elle n’y croyait plus. Partir redevenait à nouveau une urgence. Mais comment, quand  les désordres  et le harcèlement ne la lâchaient pas, même en terre étrangère ?

Sa dernière décision de partir et ses démarches en ce sens puis celle de rester,  ont été un long forcing. Les difficultés étaient telles, que l’entreprise semblait relever de l’impossible, vouée d’emblée à l’échec.

Si les contretemps en effet, étaient carrément désespérants avant son départ, les facteurs de perturbation habituels ont persisté après son arrivée.

Ainsi, la manipulation négative de ses objets et  autres phénomènes déstabilisants n’a pas cessé: des choses disparaissaient, d’autres se perdaient. Elle ne reconnaissait pas les lieux, les personnes… Elle était souvent orientée (réellement) en sens inverse, même pour des  vétilles. La méchanceté gratuite de certains, dont ses compatriotes pourtant venues elles-mêmes vers elle, a été aussi de la partie.

En bref, ce qu’elle entreprenait cassait, lui faisant contrepied.  Constamment désorientée, découragée, sa déroute était totale.

Pour compliquer les choses, elle a failli être intoxiquée dans son appartement du Service logement de l’UCL. Ou ainsi semble t-il.

Arrivée grippée de l’étranger - où elle dût se rendre faute d’avoir trouvé un logement - elle ne remarqua pas que l’eau contenait du gaz. Puis sa grippe s’est prolongée du fait que la fenêtre, bien refermée la nuit à cause de sa pharyngite, fut retrouvée un jour ouverte, au petit matin.

Le jour de son installation, la femme de ménage qui  l’avertit que l’eau était saturée, lui conseilla de laisser couler le robinet quelques minutes le matin. Ce qu’elle avait fait, croyant la question réglée.

Cependant, son état de santé déclinait…Puis un jour, à un mois de là, elle éructa une bouffée de gaz qui  déclencha son inquiétude.

Pourtant, l’eau des appartements attenants inoccupés et de la cuisine, goûtée tôt le matin était normale. Celle de la voisine de l’appartement du dessus, qui s’était plainte d’avoir du gaz dans l’eau, tout autant.

N’est-ce pas la même canalisation qui dessert les logements ? Alerté, le Directeur lui assura qu’il n’y avait  absolument rien; qu’il s’agissait d’une impression.

Le médecin, consulté le lendemain, répondit que la fluidité rendait le gaz inoffensif. Mais que l’irruption cutanée à laquelle elle n’avait pas fait attention et qu’il  remarqua sur ses  bras était le signe d’une  infection. Or, elle n’avait aucune  maladie, hormis la grippe et celle-ci ne provoque pas d’allergie.

Elle en portait encore les stigmates quand elle dût changer de domicile, pour la cinquième fois en dix semaines. Son nouveau médecin, n’en retrouva pas de trace dans le bilan sanguin.

Un événement insolite, survenu les premiers jours de son installation lui prédit le pire : elle n’était pas à sa place. Elle n’avait d’autre choix que de retourner d’où elle était venue, si elle ne voulait pas d’ennuis. Dans cet appartement, ces derniers commencèrent le lendemain même.

Ce genre de menaces  et d’avertissements, avait déjà émaillé toute la période de préparation du stage: de l’autre côté, elle n’avait aucune chance, elle jouait sa vie plus que jamais. Comme si elle fuyait la sécurité !

Pour compléter le tableau, elle avait été pendant toute la durée de l’occupation  de l’appartement secouée la nuit par des accès de toux qui avaient tout d’une sensation d’étranglement. Expérience déjà vécue dans son pays, et évoquée plus haut. 

Des événements fâcheux qui suivirent, elle se rappelle de ceux qui dans le domaine des soins et de la santé sont venus en continuité de ce qui arrivait dans le passé.

Souffrant de séquelles de fractures récentes consécutives à une chute, elle a été adressée à l’hôpital pour une  scintigraphie. La technicienne qui  l’installa  dans l’appareil, mit ce denier en marche - et s’assit tout prés - une bonne dizaine de minutes avant de se rendre compte qu’il ne tournait pas.  

Plus tard, chez le dentiste, elle faillit avaler l’instrument avec lequel ce dernier grattait sa carie et qui avait échoué dans sa gorge…

Une autre fois, et pour la premièrement de sa vie, alors qu’elle était tranquillement allongée la nuit dans son lit, sans l’ombre d’un problème,  elle vit une gerbe de feu descendre sur son ventre.  Les minutes suivantes, son colon se mit à spasmer et à gonfler. Les spasmes et brûlures ont persisté insupportables, jusqu’au matin.

Les crises chroniques survenant à tout moment depuis l’hémorragie grave du colon, arrivée les premiers jours de son entrée à l’Université, une semaine durant, suite lui avait-on dit à un virus, étaient pourtant devenues moins fréquentes depuis quelque temps.  

Une infection sévère provoquant une hémorragie qui dura une dizaine de jours aussi, survint dans la même zone, la même semaine de l’étrange  incident. Prédisant le pire, ce dernier fût sans suite.       

 Son contact lui avait dit tout au début de ses démarches, qu’il ne pouvait rien pour elle, et qu’il valait mieux qu’elle reparte. Peut-être avait-il eu raison ?

Mais avait-elle, le choix ? Elle ne pouvait imaginer pire, que ce qu’elle avait traversé : elle était confiante et néanmoins prête à tout. 

Le moins qu’elle puisse dire, est qu’elle ne regrette pas d’être allée jusqu’au bout. Dés le départ, certains facteurs de déstabilisation coutumiers ont disparu. Et depuis prés d’une année en effet, les perceptions à contre-sens sont de moindre gravité, et de bien moindre fréquence. Et c’est déjà, beaucoup.  

Les grands désordres et douleurs physiques (qui lui avaient fait faire en vain le tour des spécialistes, les cinq dernières années avant son départ ) les malaises, l’extrême fatigue et l’insomnie intraitable depuis la nuit de sa fameuse dépression, se sont atténués au bout de quelques mois.

 La manipulation de ses choses et les disparitions ne  sont  plus ce qu’elles étaient. Ou du moins sont- elles remédiables et moins graves. Sous cet angle aussi, l’amélioration est sensible.

D’autre part, elle se pose des questions.  Passés les premiers mois, son état de santé physique n’a pas cessé de décliner. Au point de s’aliter.

Pour ses médecins traitants cependant, rien d’anormal. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

 En ordre général, sa situation améliorée sous certains angles, n’est pas reluisante sous d’autres. Décidée à fuir le harcèlement et les humiliations, elle ne voit toujours pas le bout du tunnel.

 

 De l’intérêt  pour l’éducation et les droits humains à la sorcellerie:  Les désordres  précédemment cités ne se sont pas contentés de provoquer les misères évoquées plus haut. Ces désordres  l’ont également entravée dans son travail  d’enseignante et de  chercheur. 

Militant pour un enseignement invitant à la réflexion sur la condition humaine,  à une culture des droits de l’homme et à la résistance aux forces du mal (soit l’égoïsme outrancier, la méchanceté, l’indifférence et la haine aveugle des hommes) à travers des œuvres et des textes littéraires ou philosophiques pertinents et en butte par la force des choses à des difficultés et des pressions intolérables, la classe au long des années, était devenue  son sanctuaire.

De la première année à la dernière, en effet, les perturbations habituelles y étaient allées crescendo, jusqu’à l’effroi ( notamment remarques, provocations, grossièretés ahurissantes, réactions brutales… qu’elle ignorait tantôt par incompréhension, mépris ou indifférence, tantôt car elle n’était jamais sûre du responsable…). Cela n’était pas nouveau : sa deuxième année d’enseignement au lycée à Alger, n’avait pas été très différente. Quoique dans un autre genre. 

En tout état de cause, la classe était néanmoins, le seul endroit où ces provocations agissaient le moins, car jouant l’imperturbable ( alors que d’habitude elle fuyait ) elle poursuivait son cours, accrochée au fil de son idée, et petit à petit oubliait le reste. 

Elle n’avait d’autre choix, lui semblait-il, que se détacher de la situation. Contre l’internement, le contrôle de soi. A tout prix.

C’était croyait-elle, son unique planche de salut. Non ritualiste sur le plan religieux, elle pensait que le propre de la spiritualité est d’être traduite dans les actes, les rites seuls étant inopérants. Adorer Dieu, pour elle, consistait à faire au mieux et à agir selon sa conscience. C’était aussi, à son sens, la meilleure des protections.

 D’autant plus que des petites satisfactions et des petites solutions venaient à leur moment contrecarrer certains des obstacles administratifs incessamment crées par ses supérieurs. Et la conforter dans le chaos et le désert humain de son environnement social. Confiante, elle se faisait un devoir de relever le défi.

Par ailleurs, et au fil du temps, le centre d’intérêt de la pourfendeuse du système éducatif, Tabou d’entre les tabous, qui mettait l’éducation au centre de tout développement humain et social, s’était déplacé de l’intérêt pour  l’école et l’enseignement vers les tiraillements qui l’interpellaient au quotidien. 

Puis celle  dont les cours  intéressaient tant  les étudiants, se retrouvera bientôt hors-circuit. Car ballotée sans répit, malgré ses protestations, d’un module à un autre et continuellement malmenée par des tracasseries  en tous genres.

Oubliés ses projets d’écriture, ses cogitations d’intellectuelle, son combat acharné pour mener une recherche académique sur l’enseignement et faire une brèche dans le mur, comme elle disait…Dans ce domaine, elle ne finissait rien de ce qu’elle entreprenait pour des raisons indépendantes de sa volonté.

Là où déterminée, cela lui incombait, elle trouvait ses textes saugrenus; à chaque fois qu’elle se relisait, elle se demandait si c’est bien elle qui avait écrit, et finissait par abandonner. Par ailleurs, et consécutivement à ses problèmes continus, elle en était arrivée à penser que dans un milieu aussi haineux, rien ne valait la peine d’être conçu…

Enfin, de guerre lasse et usée, ne pouvant se concentrer, elle se tourna vers la couture, le tricotage…faisant ses vêtements et ceux d’autres à la main, pour  réfléchir à ce qui l’agitait et trouver les réponses. Mais elle  ne faisait que s’enfoncer davantage. 

Si sa  situation professionnelle était peu à peu devenue insoutenable, ce n’était pas meilleur du côté des études. Les pressions  par l’usure, puis par l’humiliation et la calomnie avaient été telles qu’elle avait dû, quelques années plus tôt, abandonner son projet de recherche sur l’idéologie des manuels de littérature, inscrit après de longues démarches, comme sujet de mémoire du Magistère, durant  l’année 1982/1983.

Choquée et définitivement échaudée, elle ne remit plus les pieds à l’université d’Alger depuis 1988 jusqu’à sa réinscription en poste-graduation en 2001).

Ses supérieurs hiérarchiques de l’université Mouloud MAMMERI, ne faisaient pas moins, la privant en sus de ses droits élémentaires. Les représentants des syndicats suivaient… 

Aussi,   décida-t-elle  durant l’année 1992/1993 de mettre fin à sa carrière dans l’enseignement et d’aller voir sous d’autres cieux. C’est alors que ses troubles se compliquèrent, plus que jamais par le passé. La folie contournée jusque-là, tambourinait, pressante dans sa tête.

Après sa dépression, une cessation de travail prolongée et des travaux manuels de haute précision l’aidèrent à prendre de la distance avec ses problèmes. Quand elle se mit à faire de travers et à bâcler plus souvent ses réalisations, elle ralentit la cadence. Les tâches ménagères lui laissant beaucoup de temps, sa quête de sens reprit.

Méthodiquement, cette fois-ci, elle s’absorba dans la recherche.  Elle chercha dans l’une et l’autre voies  préconisées par  ses psychiatres, soit le soufisme, puis la maladie mentale.

Enfin, se croyant sortie d’affaire et apte à nouveau pour la vie active, elle reprit contre l’avis de son deuxième psychiatre et confortée par un troisième consulté sur la question, à la rentrée 2001/2002.

Dés lors, à sa reprise en septembre 2001, le matraquage revint plus violent, et se fit féroce après sa soutenance en juillet 2003. Et la déstabilisation forcenée. Le désarroi continu.   Elle fit beaucoup plus tard un rêve qui la choqua et l’aiguilla, à la fois. Elle reprit dés lors sa recherche et déboucha sur la sorcellerie. Grâce notamment à Internet.

C’est ainsi que celle qui  s’était engagée pour une école et un enseignement responsables, qui promeuvent les droits humains et la dignité, est devenue « un charlatan » qui parle de sorcellerie. De l’une à l’autre, il y avait eu  un long chemin. Un tiers de siècle.

Elle déduit rétrospectivement, aujourd’hui que les choses se sont quelque peu éclaircies, qu’elle n’avait pas plus   le droit à la paix sur place, que le droit  de partir. Non seulement du fait qu’elle était réfractaire à l’ordre établi, et à toute manipulation - quoiqu’elle n’y ait pas échappée- mais surtout parce qu’elle faisait partie, d’un programme spécifique.

 

Objectifs et conséquences : Au fil du temps, comme toutes les portes se fermaient, elle avait appris le renoncement, et pour les raisons ci-dessus évoquées, elle avait appris  la maitrise de soi et le détachement...

C’est ainsi que poussée  vers la folie,  elle  avait trouvé l’ermitage. Et que celle qui  jadis était taxée de folle à lier était désormais considérée soufie.

Elle sait quant à elle, qu’elle n’était  pas plus soufie qu’elle n’avait été jadis, folle à interner. C’était une personne ordinaire. Une personne parmi d’autres au monde, soucieuses de vivre dans le respect de la vie. Sans plus.

Le renoncement n’était pas sa philosophie. Privée de ses droits,  elle a été de renoncement en renoncement, parce que les conditions qui étaient les siennes ne lui avaient pas laissé le choix. Ce renoncement ne cadrait pas avec sa conception de la dignité. Elle était pour le respect et le partage : il n’était pas question qu’elle accepta d’être exclue ou de s’exclure du minimum requis. Ou de cautionner l’arbitraire.

A son retour de congé maladie, son discours qui avait toujours été révolutionnaire et viscéralement  pacifique, dans le sens où il prônait le changement des mentalités  par l’éducation, une conception  humaine de la justice et le respect de la vie, n’était plus le même. Devenu pacificateur, il prônait l’ascèse et le stoïcisme.

Un discours on ne peut mieux détonant, même s’il radicalise  en ce qui la concerne  son attitude première qui consiste à relever le défi par le renoncement plutôt que de céder sur le principe.

Prônant une résistance dans la durée,  il s’inscrivait à contrario des luttes âpres pour le gain et la soif débridée de l’avoir dans une région dominée les dernières décennies par la culture du consumérisme à la faveur de la surenchère politique sur les droits.

Cette approche se plaçait également  à contrario de la philosophie politique de l’islamisme pur et dur : les mentalités étant des automatismes égocentriques, la violence ne sera d’aucun secours : après le chaos, l’injustice se réinstallera à nouveau.

Et de façon plus générale, ce discours  était aux antipodes des rêves de changement d’un peuple qui n’en finissait pas d’être spolié des plus infimes des droits.

A son corps défendant, le nouveau discours de l’ancienne victime  du système, profitait au pouvoir. Sa situation aussi pénible qu’humiliante accréditait on ne peut mieux ce discours. Situation qui arrangeait en fait, ceux qui l’y maintenaient, au regard du rôle qui lui était imparti.

L’épuration ayant fait place nette, la guerre civile n’avait plus de raison d’être. Ainsi que la haine meurtrière fabriquée et attisée dans les coulisses du pouvoir. L’ère de faire des affaires dans la paix étant arrivée, il fallait trouver les boucs-émissaires, réchauffer ou harceler les acteurs supposés faire aboutir le programme.

Rescapée des calomnies et de l’arbitraire sous ses variantes régionales à l’ère du parti unique, puis rescapée de la folie et du suicide de la pré-période de guerre civile, et enfin rescapée de la folie meurtrière de cette dernière pour changement de résidence  et congé maladie pour soigner sa folie, et  enfin, considérée soufie dans la dernière étape, elle servait à pacifier la contestation et désamorcer la rébellion, par l’exemple.

Rebutante pour les modernistes, édifiante pour les croyants, son histoire était une leçon sciemment exposée à tout vent pour inspirer la terreur et  la soumission à l’ordre établi. Elle avait tout intérêt à renverser la situation. Pour ce faire : dénoncer la sorcellerie sur la base de son expérience.   

L’objectif étant de conférer au régime la légitimité manquante, cette dénonciation  servirait notamment à l’accréditer et à instaurer la confiance.    

Sinon, elle pourrait au mieux, crever sur les routes à défaut de se suicider. Car elle était désormais dans le secret du pouvoir et en tant que telle, plus que jamais dans la tourmente!

Une question centrale s’impose : si elle avait tenté jusqu’au bout d’échapper à la folie d’abord, à la manipulation ensuite, dans quelle mesure y est - elle  réellement arrivée, elle qui est là, à parler de magie noire, dans ce discours surréaliste constitué par des milliers d’heures d’immersion dans son univers fictionnel et néanmoins concentrationnaire?  

Elle ne sait pas répondre, si ce n’est qu’elle tente par ses modestes moyens de renvoyer la balle. Elle n’ignore pas par contre, que son indépendance d’esprit a fait beaucoup de mal, là où précisément, elle n’avait jamais pensé qu’on puisse l’atteindre : son cerveau. Et pas seulement. 

Néanmoins, ce qu’elle a graduellement compris, depuis que la réduction des perturbations lui a permis de se rassembler et de réfléchir un tant soit peu, c’est que ses perceptions ont souvent été fausses ou tronquées, à contre-sens des réalités et de ses sentiments les plus intimes. Et ont à terme, modelé ces derniers.

Que c’est également à travers des illusions qu’il arrivait aux autres de la percevoir.

Quant aux quelques éclairs de vérité qui traversaient son chaos, s’ils avaient constitué des raisons d’espérance,   ils n’avaient pas moins été le facteur d’endormissement qui a longtemps trompé sa vigilance,  créditant dans la foulée,  les perceptions fallacieuses.

En résumé, les illusions en question et autres phénomènes avaient eu pour rôle de la dérouter. Et finalement de la manipuler. Faisant écran, elles avaient également barré la voie à la compréhension de la seule vérité qui importait pour elle.

Elle a de même compris que des rêves et des cauchemars, tout comme de pseudo-perceptions, peuvent être envoyés à une cible, par des pratiques paranormales, à des fins manipulatoires.

Que les affects peuvent être manipulés, déviés ou détournés.  L’amour, la haine, la répulsion, la suspicion …peuvent être provoqués. L’aptitude à la cognition peut-être amoindrie ou bloquée, la mémoire affaiblie ou effacée...

Tout comme elle a compris que  des accidents terribles et des désordres organiques et corporels ou matériels de tout ordre peuvent être provoqués.  

C’est en raison de ces abominations que l’Islam interdit la magie et condamne le sorcier à la peine capitale. Même si en définitive, seule la volonté de l’Unique Le tout-puissant l’emporte et compte.

 

En hommage à sa famille: C’est de son expérience que l’auteure a tiré les conclusions du témoignage du texte : « Contre la sorcellerie, l’Amour » ainsi que de l’observation empirique et doit-elle l’admettre, des perceptions débridées ou justes qu’elle avait de l’environnement humain ambiant.

Avait-elle eu tort de généraliser ces conclusions, elle qui regardait dans un miroir cassé ? Elle ne saurait répondre, que de ce qu’elle connait, pour en avoir suivi l’évolution ou en connaitre l’histoire.

 Ceci étant, cette clarification s’imposait d’autant plus que le texte, commis à chaud, a tendance à généraliser  des méfaits hautement déstabilisants ou désastreux, alors qu’ils sont réservés " aux mauvaises graines ".  

Ce dont elle a la certitude, par contre, elle qui est apparemment saine et sauve, c’est qu’elle en est sortie plus sereine que jamais. 

Pour avoir eu la chance inouïe de survivre à l’horreur, c’est aujourd’hui l’occasion pour elle de reconnaitre, que jusque dans les moments où sa raison vaincue avait abdiqué, aller de l’avant et résister envers et contre tout, avait été son credo.  

Sans doute, car confrontée depuis  l’enfance à des phénomènes déstabilisants, elle était suffisamment carapacée pour faire face quand ces derniers s’amplifièrent et confinèrent à l’horreur, plus tard. Mais surtout, pour avoir bénéficié en tout temps, en dépit des divergences des opinions, et d’un caractère plus que difficile, d’un accompagnement sans faille. Tel qu’elle s’en étonne encore, à ce jour.

C’est pourquoi, ce témoignage se veut également un hommage aux membres de sa famille, restée digne et humaine dans la tourmente.  Elle doit à leur vigilance d’être encore en vie. Elle leur doit à tous, de ne pas avoir complètement sombré. Par la grâce d’Allah. Sa reconnaissance et sa gratitude sont illimites.

Puissent-ils pardonner un surplus de souffrances! Et puissent-ils vivre en paix!

Incarnation d’une haine bien algérienne à l’égard de l’autre, de ceux notamment dont les gènes ou les attitudes dérangent, cet harcèlement est un crime sans nom. Car il vise à tuer la victime à son insu, à l’éliminer dans sa tête d’abord et au quotidien, c’est le plus abject et le plus infâme de tous.     

 

En conclusion : Les sortilèges sont des machinations et  des cruelles  astuces pour contrôler autrui par la déstabilisation. L’exclusion étant le but premier. Le génie de l’étape suivante consiste à terroriser la cible qui résiste à la manipulation pour la casser.  Avant l’arrêt final. Qu’à Allah ne plaise!

En ce sens, ce sont des crimes contre l’humanité de la pire espèce. En somme, la barbarie en terre d’Islam.

 

 

C. de Bovigny /  Le 1 novembre 2011

Djouher Khater

 

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10 novembre 2011

Mise au point de Djouher Khater à propos de : "Contre la sorcellerie, l’Amour… "

  (  Témoignage d’un vécu  )

Ayant commis le texte : «  Contre la sorcellerie l’Amour , le cas Algérie » à chaud [ndlr: publié sur ce blogue puis supprimé à la demande de l'auteure] l’auteure a eu la possibilité depuis, de mettre de l’ordre dans son chaos, de cerner le sujet et de le recadrer.

Rétrospective : Pour commencer, c’est en août 2009, qu’elle finit par comprendre en surfant sur une page d’internet, qu’elle était sous l’emprise d’un sortilège si loin que porte sa mémoire. Que ce qu’elle avait vu, une vingtaine d’années plus tôt, lors du décès de sa sœur, et oublié aussitôt, était en fait le symbole de la sorcellerie!

Suite à quoi, elle put mettre un nom sur ce qui la perturbait depuis toujours. Ainsi que ses proches. A commencer par son père, un survivant à l’indicible durant la guerre de libération. Et à son insu, une fois l’Indépendance du pays acquise.

Perturbations démultipliées pour tous, après sa prise de fonction à l’université en 1982, et aggravées depuis.

Conjugué à une persécution administrative multiforme orchestrée sur le long terme ( voir Lettre ouverte à Monsieur le Recteur de l’Université Mouloud Mammeri) ce harcèlement  l’avait  pour sa part, forcée à un arrêt de travail de huit ans, après sa  dépression, en octobre 1993. Que suivit durant prés de deux  années, une obsession  pour le suicide qui la hanta, jour et nuit. Et  l’avait conduite bien avant comme après, à un isolement quasi-total.

Le suivi psychiatrique sur le long terme n’a guère arrangé les choses, même si les phénomènes perturbants s’étaient atténués au bout de la période d’arrêt de travail. A sa reprise en 2001 cependant, le harcèlement  sous toutes ses formes reprit,  plus féroce.

Il s’y était ajouté, tout au long des deux années qui ont précédé le dessillement et durant lesquelles elle s’était enfin mise à se poser des questions et à en poser, précisément dans la rue, une multitude de signaux dont des plaintes d’hommes notamment, autour de frustrations et de peines incriminant la sorcellerie. Au profit des patrons ou des puissances étrangères.

Suite à quoi, ses traditionnels démentis à l’encontre de la magie noire se trouvèrent  ébranlés.    

 Balayant  ses doutes, la découverte en question  déchaina un sentiment de révolte et de culpabilité.  Amalgamant ses problèmes avec ceux des autres, elle a généralisé ses conclusions dans : « Contre la sorcellerie, l’Amour…».

 Du personnel au général: En clair, la généralisation s’est construite sur ce qu’elle avait crû comprendre par l’observation de son environnement social ou crû y percevoir lors de la dernière des deux années ci-dessus évoquées. Signes qui situaient sa propre débâcle au cœur de celle des masses populaires. C’est donc par la force des choses qu’elle est passée du personnel au général.

En vérité, c’est de son propre cheminement, inexplicablement chaotique et horrifique, qu’il a d’abord et prioritairement été déduit.  Ainsi que des difficultés ahurissantes dans lesquelles elle percevait puis voyait ses proches se débattre. Tout allant pour eux à contre-sens, en tous domaines. Quand  le drame n’était pas au rendez-vous, qu’il ait été sans conséquences fatales ou qu’il ait été irrémédiable.

Situations finalement explicitées par le rapprochement avec ses propres perturbations, et relues à la lumière du symbole retrouvé au hasard de la recherche.  

En effet, les troubles psychiques, les dysfonctionnements organiques et sensoriels, les méprises et l’agressivité continue de son environnement social, les contretemps, les déstabilisations en tout genre et leurs corollaires : les échecs en série, les tentatives d’assassinat déguisées sous toutes les formes, dont les accidents et la maladie, les décès suite à une maladie banale ou à une évolution maligne découverte trop tard malgré le suivi…

Tout cela, elle l’avait connu, par expérience personnelle ou familiale et avait jalonné le parcours des uns et des autres. A ce jour.  

En conséquence de quoi, nonobstant ce qu’elle avait perçu dans la rue - dont la véracité reste à prouver, ces personnes étant des inconnus, qui n’ont peut-être  jamais existé, ni leurs révélations et souffrances- il n’y avait pas lieu de généraliser.

Mais les choses s’étaient présentées de telle sorte qu’elle n’avait pu s’en empêcher. Le désastre auquel elle avait assisté impuissante étant conjugué au pluriel et ramené à une dimension nationale, il n’y avait pas lieu de se plaindre de son destin personnel. Ainsi lui avait-il été signifié.

 Elle n’avait dans cette situation, qu’une solution : canaliser sa peine à défaut de trouver la capacité de la ravaler  en la noyant dans celle des autres. Elle était en effet, trop impliquée pour simplement tourner la page.

Autres lieux, autres états : Les choses commencèrent cependant à changer pour elle, après son récent départ d’Algérie.

Elle vit d’abord les insultes et ricanements et autres immixtions dans sa vie privée disparaitre… Elle constata, à près d’une année de là, que les situations à l’origine des perturbations permanentes, devenaient moins fréquentes. Que les perceptions qui venaient, au moment où elle s’y attendait le moins, dévoyer son jugement se faisaient plus rares.    

Elle vit  les douleurs physiques et autres troubles organiques qui l’ont menée d’un spécialiste à un autre, tout au long des cinq dernières années, s’atténuer au sens le plus large du terme.   

Elle vit de même la manipulation de ses objets ou autre matériel, dangereuse ou bénigne, s’amenuiser.

 Mais elle vit aussi son vieux problème de santé, assez bien maitrisé au bout du compte, s’affoler pour  devenir  invivable. Et d’autres se déclencher.  En raison de ses conditions de vie, mais pas seulement, devait-elle comprendre.

Décantation et compréhension : C’est à partir des changements ci-dessus évoqués, que l’évidence s’est peu à peu imposée explicitant les contre-sens et les contretemps:  les illusions ravageuses et autres méfaits  provoqués par les ondes négatives, avaient semé le  chaos dans le champ des univers personnels, puis sociaux et professionnels.

Ces ondes  seraient également responsables  des autres désordres, d’une gravité mortelle ou qui aurait pu être l’être, mortifère ou simplement fâcheuse, quand ce n’est pénible.

A bout de résistance et pour ne pas sombrer, définitivement cette fois-ci, elle a décidé de s’éloigner. La  volonté  de casse délibérée ayant été mise à nu, il lui fallait prendre parti.  

 En tout état de cause, que ses perceptions et autres désordres aient relevé du délire comme le soutient son psychiatre ou d’une illusion d’optique  comme auraient dit ses proches, ou de la magie noire comme elle a fini par comprendre, le résultat est le même: elle regardait à  travers un miroir cassé ! L’acharnement haineux de l’administration s’est chargé du reste.

Prise dans une spirale de problèmes étourdissants, elle avançait en aveugle. Son pressentiment seul avait raison : elle voyait et ne voyait pas.  

Si bien qu’elle n’avait jamais rien compris aux drames et échecs inexplicables qui se suivaient, aux menaces comme aux ricanements qui  les précédaient. Avalanches assommantes, tombant à une cadence infernale conçue pour inspirer la terreur et installer la déstabilisation dans la durée!

Cela n’avait rien de particulier, c’est le sort fait à tout le peuple,  par une volonté étrangère,  fut la réponse…Si elle n’était pas dupe quant aux responsables, elle avait trop mal pour pouvoir regarder la réalité en face.   

Des problèmes sur mesure : Car quelque soit la chape de plomb imposée par les besoins du contrôle social, sa situation ne pouvait être que particulière.  De la particularité de son histoire familiale et personnelle.

Elle résultait d’un règlement de compte dicté et nourri par la haine et l’esprit de vengeance. De l’intérieur, cela est clair! Tant la guerre des intérêts fait rage.

Cette guerre allie l’instrumentation de l’arsenal bureaucratique le plus vicieux au monde à la plus subtilement assassine des guerres psychologiques : la sorcellerie.  

C’est  pourquoi, cette mise au point était nécessaire. A défaut de courage, l’auteure n’a pu s’y résoudre qu’à présent.

Tout d’abord, car déboussolée et éparpillée, incapable de se concentrer, il fallait préalablement qu’elle se rassemble, qu’elle mette de l’ordre dans sa tête. La gageure! Elle n’en est que plus convaincue que ce contre quoi se débattaient ses proches sont des épreuves  produites  par  la maléfique volonté humaine.  

Ensuite, car il n’y a pas lieu de généraliser les hauts méfaits des maléfices. Ces derniers  sont exclusivement destinés aux réfractaires les plus têtus du système. Pour servir de leçon!  

Enfin, il n’est pas facile de s’exposer pour qui croit que le privé relève du domaine personnel et doit rester tel. C’est d’autant plus délicat qu’il est improbable que les autres concernés puissent partager un jour son avis sur la source de leurs déboires.

Mais surtout, et c’est  là que le bât blesse, il n’est pas aisé d’assumer les ratages et les catastrophes qui se sont rajoutés au subtil mécanisme de contrôle à l’encontre de la descendance d’un homme dont la simple survivance était un  affront, à l’Indépendance.

Pour finir : Elle ne peut clore son propos sans conclure, que bouleverser les équilibres de la vie pour se l’accaparer, n’est pas la solution. Si ce n’est dans l’immédiat. Si ce n’est dans l’illusion. Car  détruire l’adversaire vrai ou supposé ne garanti pas l’avenir. Il traduit  et instille plutôt la haine de soi.

C’est donc une pure illusion de puissance née du plus retors des faux calculs,  que de vouloir se substituer à la volonté divine. Car autrui, comme le sphinx renait toujours de ses cendres : il revient confondre le tyran  et mettre le criminel face à lui-même …     

Pour l’auteure, ce témoignage en est l’ultime confirmation.

 

C.A de Bovigny/  06 Novembre  2011

Djouher Khater

 

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20 juin 2011

Fragilités, par Djouher Khater


 

Quand je te regarde
Ta fragilité
M’enjoint
De m’agenouiller
Elle tempête
De m’écrabouiller.

Je souris de tant
De légèreté.
Tu dois le savoir
Ton  si large pouvoir
Je  te  l’ai concédé
Sur  un lâche comptoir
De tractations  bouchères
Quand je n’ai pas cédé
Par  un bon vouloir…  

Pour moins de coups  boutoirs
Soucis et nerfs en foire
J’ai déserté le champ
Pour traquer la fougère
Pour  qu’en  paix  tu digères
Ainsi  reste-il  du vent
De l’homme libre d’antan ...

La terreur de perdre
Du moi, ses atouts
A  la roulette de l’ordre
Susurre à tout goût :
«  Qui ne gagne va perdre »
Puisque  vivre est tout
Pourquoi donc attendre ?

Pour nourrir l’envie
Tu  t’es répété :
La  lutte pour la vie
Passion héritée
Etant  sans merci
Promesse méritée
Fi  des  ressentis!

Et voilà  pourquoi
Ta fragilité
M’enjoint
De m’agenouiller
Elle  tempête
De m’écrabouiller.

Si  cela m’indiffère
De te voir  revêtu
Des fameuses  robes  noires
De feus  mes  pouvoirs
A  présent perclus
D’agapes en fanfares

Tu  ne souffres ma colère!

Nous voilà donc sourds
Aux rappels  de  l’être

Murés par la peur
Dressés contre hier
Oublieux l’un l’autre
Que l’avenir requiert
L’ épaule   d’un vrai frère.

Fine fleur en agonie
Qui  s’en va en guerre
Cueillir des fruits honnis
Et  réchauffe sa galère
Par une tête en tournis
Se soûlant de grands airs
De  fumeuses  harmonies…

Qui veut à tout prix
Saisir ce qui fuit
Son cœur devient pierre
Jeune il peut se faire
Son âge  de lui  rit
Comme  l’ombre le poursuit
Hère qui pleure ou crie…

Quand je te regarde
Je souris
Ma fragilité
M’enjoint
De m’agenouiller
Elle  tempête
De m’écrabouiller,

 

              Moi, ton rétif  ami
              Je me transforme  en  ver
              N’es –tu pas Dieu sur terre ?

             

Alors  l’arbre feuillu
Sorti droit d’une pierre
Seul spectateur  en vue
M’assène   le mot  Salut
D’Allah  douterais-tu
La  Gloire de l’univers ?
Et  l’œil  en sang  se mut…

 

 Alors  Salam en Maitre
                    De le réveiller  de…
                                    Voir  sa main se tendre.

 

Oui, tu peux mon frère
M’écrabouiller
Tu ne peux  mon frère
M’agenouiller!

 

              Depuis  lors je  souris
                 De nos fragilités
                       Depuis lors  j’ai chanté…

             

                                              Quand la joie  dans la main  demeure
                                                          L’hiver  aura ses épis d’or
                                                        Accordés  à un cœur en fleur 

 

                                          

     Juin 2011 

Djouher .Khater

 (à suivre)                                                                                               

 

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24 février 2011

Algérie, une révolution de velours , point de vue par Djohar Khater

   Par doses appropriées d’anesthésiant ou par petites ou grandes flagellations, la dictature fabrique les modèles et contre-modèles. Instrumentés au passage par les adversaires supposés, mais alliés inconditionnels dans la lutte sans merci pour le partage du pouvoir.

C’est par eux, modèles faisant des émules ou boucs-émissaires  suscitant la terreur ou la colère, que se réalisent les visées et les desseins des uns et des autres. Elites et pouvoir.

 

Du ravage du pouvoir et de ses élites :

 En Algérie, le règne de la barbarie fait que le rouleau compresseur de ceux qui détiennent la moindre parcelle de pouvoir et leurs seigneurs et  maitres qui trônent sur la ligne d’arrivée, se rejoignent pour bloquer toute tentative d’émancipation, se faisant un honneur de broyer toute volonté réellement récalcitrante, ou supposée telle.

Ainsi se maintient le régime qui s’est approprié le pays à l’Indépendance. En être esclave ou d’une façon ou d’une autre mourir à la vie. Tel est le décret. Aveugle à tout autre que soi, il veille à tuer dans l’œuf tout éveil à la dignité.

 Une  débauche de haine bien difficile à comprendre pour qui méconnait les scabreux mécanismes  du pouvoir algérien et de la société de violence dont il émane. Rien ne justifie en effet, le harcèlement, l’acharnement à détruire l’intelligence sertie du bien vouloir, si ce n’est le mesquin calcul et la hargne d’obsédés de pouvoir et d’avoir. Et la peur non moins obsessionnelle de les perdre.

Car une fois franchi le premier pas, plus rien ne compte. Sauf prolonger les délices qu’un égo démesuré s’est attribué par l’amputation des droits fondamentaux des autres. Sujets de non-droit, dans les mains desquels on crache, pour mieux les asservir.

C’est que pour le ventre qui crie famine,  la dignité est un crime. Une hérésie à combattre, à abattre, si elle ne se résout à ramper et tel un serpent sortir son venin, à point. Une hérésie à éradiquer par tous les moyens.

En ce domaine, ce ne sont ni l’imagination ni les armes qui manquent. Les plus machiavéliques sont celles qui agissent à votre insu sur le long terme, celles qui vous font regretter la paix des tombes et le jour de votre naissance. Celles qui vous tuent au quotidien, des milliers de fois.

 Au cas où votre tête refuse de comprendre, qu’il lui faut se casser si elle ne veut qu’on s’en charge. Où votre cœur refuse de haïr, de saisir qu’il lui faut se noircir, s’il ne veut qu’on l’assèche. Alors, il faudra s’attendre au pire. Réflexion et sollicitude étant complémentaires, elles sont  pour la dictature  du ventre, un risque intolérable. Un danger d’implosion.

Le fait est que l’instruction, celle qui enseigne à être homme ( non une pseudo-alphabétisation) et inculque  le civisme, l’intelligence en somme, y est indésirable. Et par voie de conséquence, indésirable est l’honnêteté quand d’autant plus, elle s’allie à la claivoyance.  L’opportunisme seul a droit d’existence.

 Aussi, quand l’asservissement du peuple aux fantasmes de ses caïds est de règle, ceux qui tentent de se soustraire au joug de l’esclavage s’attirent-ils une explosion de vindicte. Le drame, c’est quand ils reçoivent les coups dans l’indifférence générale.

Parce que l’instinct de survie des témoins se refuse à tout élan salvateur, là où sa présence  n’a pas encore été bannie du cœur,   le  machiavélisme politique, via la désinformation et l’intox n’a pas réussi son travail de sape pour séparer ses victimes des masses. Et  parce que  le flirt des élites connues avec le pouvoir n’en a pas fini de décrédibiliser quiconque voudrait agir dans le champ politico-social.


 De la responsabilité des acteurs sociaux :

De fait, si un  acteur social, leader d’opinion ou intellectuel, est d’abord un  homme, ce n’est pas un homme ordinaire. Même s’il ne peut qu’être de sa société. La mission qu’il s’est choisie est particulière. S’il est le premier à piétiner l’idéal qu’il est sensé défendre, quel poids donner à cet idéal et comment se fera-t-il entendre ?

C’est pourquoi, la restauration de la confiance ou plus exactement de la construction de ladite confiance - la méfiance envers les  acteurs sociaux de tout ordre ayant toujours été dominante - ne peut avoir lieu que sur le long terme.

Dans une société de violence extrême qui sert de frein à l’avènement d’une émancipation citoyenne, le combat est donc de longue haleine. Il n’ a pas de meilleure amie que la vigilance et l’endurance. Face à la vindicte des forces de l’inertie, ce sont les seules armes à visage humain, dont un acteur social puisse se prévaloir.

Face  aux forces de l’inertie, celle des masses populaires moulées dans le mépris de soi,  l’incertitude du lendemain et l’arnaque comme mode de vie dominant, et d’autant plus violentes et impulsives que manipulables à souhait et celle  d’un système politique oppressant bâti sur le mépris, l’instrumentation de la misère sociale et humaine  et la répression, le courage et la résistance sont de bonne guerre.

Courage et résistance qui  ont du reste, depuis toujours constitué les qualités premières des hommes de valeur de  cette terre  millénairement meurtrie. Et trop souvent  victimes de cette vindicte bien de chez nous, qui a coûté à l’Algérie les meilleurs de ses enfants.

Pourtant, aucun mouvement social d’envergure, qui se veut de changement ne peut se passer de la bonne volonté des acteurs sociaux. Aucune revendication sérieuse, porteuse d’espoir, ne saurait aboutir sans l’abnégation et la sensibilité communautaire qui est la leur.

Il est temps que la société reconnaisse les siens. Aujourd’hui, avant demain. Ils sont la cheville ouvrière qui saura la mener à bon port et déjouer les pièges. 

 

 Manipulations et retour à la case de départ : 

Il faut le dire, les algériens ont toujours fait le jeu des manipulateurs , qui les ont braqués les uns contre les autres, qui les ont fait s’entretuer et se déchirer. Pour des raisons de leadership, par règlement de compte, simple fantaisie ou malveillance dévorante.

 Les ravages en sont aisément identifiables dans  sa tragique  histoire récente. Laquelle force au face-à-face avec la lâcheté et la trahison à large échelle :  tandis que les uns, majoritairement jeunes idéalistes chauffés à blanc ou agissant sous contrainte, étaient prêts au sacrifice suprême, les autres, la plupart des autres, dont les chefs de file, à quelque exception prés, baignaient dans la rapine et la magouille.

 Nombre de ceux qui survécurent, en vinrent eux aussi ou revinrent , par  déception ou par dépit, à la rapine et la magouille.

Le piège du besoin tenaillant de survie ou celui de décrocher le mérite du guerrier,  dans lesquels ils se sont trouvés pris par le truchement d’une manipulation visant à les décharger d’un rôle que le pouvoir politique a désormais endossé, et à les discréditer sur la scène publique, s’ils n’avaient déjà été cassé, leur ont fait oublié  la guerre qu’ils ont eu à livrer, avec ses drames et larmes.

Par conséquent, le plus petit des combats, ou le Jihad el asghar s’arrêta là, et n’eût pas de continuité. Si bien qu’après la guerre, rien ou presque n’a changé aux conditions qui ont suscité leur engagement à mort et souvent à mains nues, quand ce n’est avec des armes rudimentaires, contre un adversaire d’une puissance écrasante. Un scénario qui se reproduit aujourd’hui, encore.

L’évolution des émeutes qui émaillent la vie nationale en est une bonne illustration. La révolte des  jeunes minés par le désespoir est souvent détournée de son sens : elle n’est point dans les médias de l’Etat, l’expression  d’une souffrance induite par le manque de perspectives  dans un pays de grande richesse, où l’on affiche sans scrupules une aisance éhontée aux yeux d’une majorité dont les horizons sont bouchés, mais un chahut de gamins mal éduqués. L’occasion d’une gifle aux parents. Les familles sont donc culpabilisés. Seules.

On ne souffle mot sur les conditions de vie plus que pénibles dans lesquelles se débattent la plupart d’entre elles. De la malvie qui ronge les jeunes qui ont perdu repères et espoir. Dans l’indifférence sourde de l’Etat. Ni sur la responsabilité de l’école et du ministère de l’éducation qui réquisitionnent les enfants- démocratisation de l’enseignement oblige- durant la partie la plus sensible leur vie, pour en faire des sujets de choix. Aucune récrimination non plus, à l’encontre des ministères de la culture, de la formation professionnelle et de la jeunesse et sports. Tous ont fait leur boulot, sauf les parents des voyous !

A ces signaux d’alarme récurrents, on répond par la médiatisation de la plus infime des concessions, comme une avancée de taille dans la résolutions des problèmes.  Récupérant au passage les meneurs, pendant que les autres auront à l’avenir à  montrer patte blanche. Ainsi se resserre le filet. Etranglés, ils rueront plus facilement dans les brancards. Pour se faire tuer. Tous les mouvements contestataires de l’Algérie indépendante, l’ex-FIS y compris, sont passés par là.  

 Par ailleurs, si le spectre du méchant étranger qui fomente des coups, peut être à bon escient rassembleur, dans toutes les politiques nationales, la main de l’étranger a bon dos. Le danger de l’ingérence étant  un autre visage de l’arnaque qui perdure depuis l’Indépendance.

S’il est une évidence que toute nation  se construit au départ sur le dos de pays plus faibles ( autant que sur le dos de ses populations les plus fragiles) et s’ingénie plus tard à les  maintenir dans un état de dépendance, il n’en reste pas moins vrai que ceux qui ont saccagé l’Algérie  sont des algériens.

Qu’ils aient agi sous la férule d’une volonté extérieure ou autochtone ou de leur propre chef, ce sont des algériens. Si tous les crimes sont honnis en tant que tels, il en est qui le sont plus que d’autres: ceux qui sont commis contre soi, contre ses propres compatriotes. Car ils n’ont d’autre justification que le pouvoir et/ ou ses corollaires.

Comparés à ces crimes, les destructions des « petits voyous » montées en épingle par la télévision d’Etat dans ses comptes rendus sur les émeutes, sont un jeu d’enfant. Permettant aux laissés-pour-compte de sortir, ville par ville, leur trop-plein de colère, il désamorce la bombe de l’embrasement social. Mais il sert surtout aux grands voyous à noyer le poisson dans l’eau et continuer en toute tranquillité le pillage des richesses nationales pour toujours plus de pouvoir. Pendant que le peuple était terrorisé, l’avant-garde intellectuelle et les honnêtes gens décapités,  les milliardaires eux poussaient comme des champignons, durant la décennie noire.

Aussi, s’il n’est pas étonnant que le système politique se maintienne par le feu et le sang, instrumentant pour perdurer les hommes qui s’offrent à lui. Il est encore moins étonnant que dans la jungle Algérie, les élites aient tendance à s’adosser à un cercle politique ou un pouvoir administratif pour la protection de leurs droits et tirer avantage de leur position d’expert, de relais ou de contrôle.

Cela va de soi du fait de la nature du pouvoir. Et  faut-il dire, du fait de la tiédeur de la majeure partie des acteurs sociaux, qui auront fort à perdre, dans un bravade contre un pouvoir auquel ils doivent d’exister, dans l’intérêt de sa seule survie.  

Et auront autant à craindre de l’avènement d’une société autonome où une égalité des chances et un accès commun aux droits ne seront plus l’apanage d’une minorité, que le clientélisme et l’entrisme  ont privilégiée ou propulsée au devant de la scène sociale.

C’est pourquoi, le maintien du statut quo est leur priorité : il leur est vital de protéger leurs arrières.

Ce cadre funeste a vidé la société de ses moyens de défense et  ses capacités créatives, produisant le désespoir le plus stérilisant et la violence, et par voie de conséquence, le repli sur soi et le désaffection pour la chose publique, quand ce n’est le dégoût.  

 

 La gangrène de la démission sociale: 

Il est malheureux de constater, qu’en sus du laisser – aller  induit par le climat de déprime générale qui habite et gouverne la société, il y rège   un égoïsme outrancier, une rare  dureté à l’encontre des semblables. A contrario des injonctions du Saint Coran et des présupposés de la modernité. Porte-drapeaux des sensibilités dominantes.

Le Coran s’adresse en effet  à des personnes alertes devant l’injustice, responsables, intelligentes, fraternelles et humaines et les interpelle. Ses recommandations  reviennent dans des versets appris ou retraduits, ponctuant  les conversations, discours et conférences, et rythmant les prises de paroles.

Les valeurs universelles quant à elles, ne prônent pas autre chose que cette exigence de justice, de quête du savoir, de droit au respect et à la dignité pour tout un chacun, imposée par l’Islam. Et par-dessus tout, du droit à la vie.  

Si ces préceptes sont bien présents dans la double culture traditionnelle et moderne des militants ou sympathisants du socialisme ou de la démocratie et autres, ils en sont aussi éloignés dans la pratique que les tenants de l’Islam de leur soi-disant idéal.

Dans la pratique des uns et des autres, c’est le chacun pour soi qui prime.  Peuvent en témoigner les idéalistes de tous bords, qui en ont fait les frais à leur dépens. Les « mon frère- ma sœur » servis à tout propos n’étant que palabres.

Ce qui est tout-à-fait incompréhensible, c’est que ceux-là mêmes dont l’intérêt vital commande de se solidariser, pour peser sur les décisions d’un régime qui accapare tous les pouvoirs, se font la guerre. Passe-droit, gabegie, pot-de-vin, piston, tippa, ruses, délation, peaux de banane, banditisme, braquages ... en tout genre, forment une force majeure. Il en est ainsi du haut en bas de l’échelle.

A la différence que les bas de l’échelle subsistent d’une guerre pour une part de miette. Le plus intelligent, le plus méritant, aura été celui qui aurait arraché sa part de la bouche d’autrui, pour service rendu. Et qu’une justice aux ordres n’aurait pas rattrapé dans l’un des spectaculaires procès ou vendettas, traditionnels.

Oui, le drame est que les concernés par le changement, dont l’avenir des enfants est en jeu, soit la grande majorité du peuple, sa partie active, s’investissent le moins ou pas du tout dans une perspective d’un mieux-être collectif. Que les seuls qui soient conscients de l’importance du combat pour des lendemains autres, et pour la société de justice prônée par leur idéal socio-politique, se contentent d’en discourir pour mieux se vendre.

Ainsi faisaient les partis clandestins satellites du pouvoir avant octobre 1988. Et ainsi depuis, font les partis de l’opposition, parfaits complices du pouvoir, qui se sont partagés le territoire en fiefs. Ainsi font également les majorités non encadrées, dans l’espoir de quelque dividende, ou d’éviter les déboires. C’est là le vrai probléme.

Car un peuple indifférent à son sort, notamment à celui des générations futures et pratiquant la politique de l’autruche, en attendant que les choses s’arrangent et qu’on veuille bien lui offrir ce dont il rêve, cela dépasse l’entendement.

Or, il est plus qu’urgent  de comprendre, une bonne fois pour toutes, que  la médiocrité ne fait pas de cadeaux gratuitement, et ne donne pas des bons points. Ni ne reconnait aux autres des droits. Elle sert du poison. Et se sert de la peur pour durer le plus longtemps.

 

 Telle société, tel pouvoir :  

En matière de gouvernement, il est un axiome  en Islam, comme dans les sciences politiques modernes, que les hommes ont les dirigeants qu’ils méritent. Le Hadith, parole sacrée du Prophète  des musulmans le dit bien : « Il vous sera donné des gouvernants à votre mesure  ». Aussi, si un changement doit avoir lieu, c’est ’abord dans le comportement de tout un chacun, dans la société.

Si la corruption, à titre d’exemple, est érigée en mode de gestion, c’est que la société elle-même est corrompue, à petite et grande échelle. De qui se plaindre, alors? Au nom de quelle légitimité lutter contre un mal qui est une norme sociale?

Au risque de se répéter, en dehors du changement moral des majorités populaires, point de salut. Une revendication n’est légitime que si elle a une assise sociale. Elle aura beau se référer  à des préceptes religieux ou à des valeurs universelles, elle n’en demeurera pas moins sans sens, si l’objet  de la revendication n’est pas enraciné dans la pratique individuelle et sociale.

Pire, elle sera violemment combattue si elle n’y est pas reconnue en tant que code de conduite édicté par la culture du groupe en tant que nécessité absolue à  l’épanouissement dans le cadre de la collectivité.  Sa dénonciation relèverait du crime suprême, là où il représente  un mode de gouvernance ou son objectif implicite, pour revenir au seul exemple de la corruption.

 En clair, l’état d’une société à une époque donnée se colore des attitudes dominantes d’un peuple et de la volonté commune  des membres d’une société à s’engager dans un sens ou dans un autre de l’histoire. Les tendances sociales générales de la période font le lit de la réalité naissante et préfigurent la société à venir.  En tant que produit des actes conjugués des hommes, non du hasard.

En définitive,  ce sont bien les hommes qui font les sociétés et  les systèmes. C’est par eux que se maintiennent et se reproduisent les pouvoirs. S’ils sont le réservoir dans lequel ces derniers puisent leur énergie et leur puissance, ce sont eux aussi qui les défont, qui les rendent obsolètes et qui les forcent au changement. Quand ils ont décidé de prendre leur devenir en main. Risques assumés.

Par conséquent, une société consciente de ses droits s’impose parce qu’elle connait ses devoirs. Parce qu’elle assume les obligations que lui imposent la cohabitation et le vivre-ensemble.  Dont chacun des membres sait  qu’il choisit aussi bien pour les autres que pour lui-même, à chacun de ses actes. Tant pour le présent que pour l’avenir.

Aussi, ceux qui  gouverneront cette société devront-ils respecter leur mandat, s’ils ne veulent pas d’une sanction. Ils savent qu’ils auront à rendre des comptes. Ce qui limitera les dérives. C’est de sa capacité de régulation qu’une société forte tire son pouvoir. C’est ce qui fait la puissance des sociétés développées.

 

Pour un changement dans la durée  :

Nul besoin, pour réaliser un changement de qualité  de faire la guerre au pouvoir, mais à l’Etat de non-droit duquel il tient son pouvoir. Il est vain d’espérer construire quoi que ce soit, hors l’Etat de droit. Et  non moins vain d’escompter l’avènement d’une justice sociale  par le recours aux armes et la violence, qui sont mieux maniées par les forces adverses, et se soldent toujours par des victimes sans nombres dans les rangs des plus faibles.

En cela, la guerre de libération nationale et la guerre civile plus proche, sont suffisamment édifiantes. Leurs fruits ont échus à ceux qui ne les ont pas faites. Malfrats tirant les ficelles et guettant leur heure dans l’ombre. Pour fendre sur la proie et confisquant le butin, se proclamer rois.

Pour ce faire, une résistance pacifique dans la durée, à l’encontre de l’anarchie entretenue, de l’injustice décidée, de l’humiliation programmée. Par une solidarité à toute l’épreuve, une fraternité humaine, un soutien apporté à toute victime, une dénonciation des dépassements, une remise en place du droit bafoué et de l’arbitraire du déviant.

Pour ce faire, une société civile prompte à réagir, une presse et une justice libres. Or, si la presse a fait un grand pas dans ce chemin de croix qu’est la liberté, la société civile et l’indépendance de la justice ne sont pas prés de naitre. 

Leur avènement est tributaire de la volonté d’acteurs sociaux déterminés, soutenus par des masses non moins déterminées à avancer, sur le chemin de la conquête des droits sociaux-économiques et humains. A être les maitres de leur destin. A vivre dans la dignité.

Pour ce faire, nul besoin non plus d’un messie. Il suffit que tout un chacun accomplisse son rôle d’humain responsable, où qu’il soit. Sans quoi, ni le messie ni le meilleur des leaders ne peuvent rien. Hors l’engagement personnel des masses populaires, pour la réalisation du bien-être commun et au-delà, d’un mieux-être individuel, point de salut.

Mais pour en arriver là, il faut que l’esprit de combat, d’aller de l’avant détrône le fatalisme et la paresse, mais surtout la peur. La peur paralysante de perdre une promotion, des droits et des avantages, ou dans un cas extrême,  la vie. Aléatoirement garantis d’ailleurs, même par un Etat de droit qui se respecte.

Ce dont il faut par contre, véritablement  avoir peur, c’est de faillir à son devoir « d’être humain ». C'est-à-dire de surseoir à sa propre réalisation en tant que homme responsable dans son rapport actif au monde. En un mot, de faillir humainement. C’est bien la pire des  faillites.

 Ne pas se laisser aller à la facilité, se brider dans la course au bien-être matériel,  se transcender, c’est cela le plus grand des combats, le Jihad el akbar dont parle le Coran. Et qui est tout bénéfice pour  l’acteur et communauté humaine à la fois.

Le Jihad el akbar, ou le plus grand des  combats, ce n’est ni plus ni moins,  le combat pacifique de tous les jours. Le plus dur des combats, pour la dignité. L’avantage quand il devient une attitude massive, est qu’il protège de l’arbitraire : on ne peut mettre en prison ou tuer tout un peuple. 

Quand à la violence, une fois de plus, elle ne paie pas. Il y a suffisamment eu de morts et d’éclopés, jusque-là. Le peuple, masses et élites socialement engagées, confondues, pour en avoir souffert dans  l’âme et la chair, en sait quelque chose. Les élèves ont bien appris la leçon. Toute goutte de sang supplémentaire est de trop. Il a déjà coulé à flots. Pour rien. Ou presque.

Ce qu’il faut à présent, c’est une révolution de velours. Les aventuriers dont les familles sont au chaud, les  suceurs de sang de tout acabit, peuvent remiser leur cheval de Troie. Les vendeurs de rêves et fanatiques de tous bords sont priés de garder leurs chimères, les mirages ne sont plus de ces temps. Les morsures de la réalité ne permettent plus de continuer à l’aveugle.

Autrement dit, tout un chacun qui assiste indifférent à une injustice ou à  un tort y participe. Il est du tyran, au milieu de son peuple, les yeux et le bras. Il est l’une des mains qui distille la lente mort parmi les hommes. Il n’est pas fortuit qu’il soit dit dans le Coran : «Allah ne changera pas l’état d’un peuple tant qu’il ne se serait pas changé lui -même ». Or si les hommes ne s’aident pas, comment espérer un changement ?

Il ne suffit pas d’avoir à la bouche le fameux Hadith « Dieu aide l’homme tant que l’homme aide son frère » pour s’en sortir. Ce serait pure hypocrisie. Si Dieu  a interdit l’injustice, c’est qu’elle est à la source de tous les maux. En résumé, la société doit changer, si elle veut un changement constructif. Tout le reste est perte de temps ou fuite en avant. 

 

Conclusion :

Le système fabrique les modèles et les contre-modèles. C’est un fait. C’est son rôle. Le problème est que cela semble arranger bien du monde : larrons et victimes. Jusqu’à quand ?

 S’il est vrai qu’hors de la dignité, il n’est nul mérite, il est encore plus vrai que la dignité se mérite.

 

 Le 11/02/2011

 Djohar Khater

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22 février 2011

Qui est responsable de quoi ?

 

Le juge : -Accusé Untel, que répondez-vous aux accusations de crimes contre l’humanité ?

L’accusé : - Votre Honneur, je ne croyais pas si mal faire. Pourquoi, alors ne m’en a t’on pas empêché ? 

                                                         

          Djohar Khater       
Le 21 /02 / 2011

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21 février 2011

Le monde arabe, autrement

 

Honte aux tyrans qui répondent à des revendications pacifiques  par la violence et le feu des armes! L’histoire retiendra demain, qu’ils ont méprisé le peuple et assassiné ses enfants, quand la quête de dignité leur fit  arracher le bâillon. Dans la mémoire collective, ces tyrans sont déjà des tâches noires et des leçons à méditer, pour ceux qui veulent avancer lucidement. Honte aux monstres à visage humain !

                                                                 Le 18/02/2011

Djohar Khater

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